Lhomme de mes rêves a quitté sa femme pour moi, mais jamais je naurais imaginé que tout cela finirait par se retourner contre moi.
Je ladmirais depuis nos années à la Sorbonne. On pourrait parler dun amour absolu naïf, aveugle. Et lorsque, enfin, il a posé les yeux sur moi, jai complètement perdu la raison. Cela ne sest produit que quelques années après la fin de luniversité nous nous sommes retrouvés à travailler ensemble dans la même entreprise. Après tout, nous avions fait les mêmes études, cela navait donc rien détonnant. Mais à mes yeux, cétait le destin.
Pour moi, il était lhomme idéal, le prince charmant. Et, dans ma jeunesse, cela métait bien égal quil soit déjà marié. Je navais jamais été marié et jignorais totalement ce quon ressent à voir un mariage seffondrer. Voilà pourquoi ma conscience est restée muette lorsque Guillaume a quitté sa femme pour moi. Qui aurait cru que cela napporterait que tant de douleur ? On dit vrai : on ne construit pas son bonheur sur les ruines du malheur dautrui.
Lorsquil m’a choisie, jétais au comble du bonheur, prêt à lui excuser nimporte quoi. La vérité, cest quau quotidien, il était tout sauf le prince charmant que lon devinait en société. Il laissait ses affaires traîner dans tout lappartement et refusait catégoriquement de faire la vaisselle. Toutes les tâches ménagères retombaient sur mes épaules. Mais, à cette époque, je nen avais cure.
Il a très vite tiré un trait sur son ancienne vie. Il navait pas eu denfant et, daprès lui, ce mariage navait été quun arrangement concocté par les parents de sa femme. Avec moi, disait-il, tout était différent.
Mon bonheur a été de courte durée. Tout a changé lorsque je suis tombé enceinte. Au début, Guillaume se montrait sincèrement ravi à lidée de devenir papa. Nous avons même organisé une grande fête de famille pour lannoncer. Tous nous ont souhaité bien des joies et, surtout, la santé pour notre futur enfant.
Ce soir-là reste pour moi un merveilleux souvenir. Je ne regrette rien en y repensant. Mais à partir de ce moment, mon amour, jusqualors aveugle, a commencé à sétioler.
Plus mon ventre sarrondissait, plus Guillaume devenait rare. Jétais en congé maternité, alors désormais je ne le voyais plus que très tard le soir, toujours retenu au bureau ou en soirée dentreprise. Au début, cela ne me dérangeait pas, mais rapidement, cela ma pesé. La vie quotidienne devenait de plus en plus difficile je narrivais même plus à me baisser pour ramasser ses chaussettes abandonnées partout dans lappartement.
Durant cette période, je me suis souvent demandé si nous navions pas été trop pressés davoir cet enfant.
Je savais que les sentiments sémoussaient avec le temps, mais jamais je naurais cru que cela irait si vite. Guillaume moffrait encore des fleurs, du chocolat, mais tout ce que je désirais, cétait simplement quil soit là, près de moi.
Il devint bientôt évident quil ne participait pas à toutes ces soirées dentreprise sans raison. Certains collègues, autour dun café, ont évoqué larrivée dans notre service dune nouvelle recrue, toute jeune. Il est vrai quon manquait de personnel, et depuis mon départ en congé, la situation était devenue critique. Quelle ironie.
Je nétais pas certain que ce soit elle, mais mon mari avait sûrement quelquun dautre, car il navait plus aucun temps libre. Toujours entre le travail, une réunion, ou une soirée professionnelle « à ne surtout pas manquer ». Un jour, jai trouvé un petit mot dans la poche de sa veste, signé avec des initiales inconnues. Je ne sais pas pourquoi, mais je lai remis en place, puis décidé de faire comme si je navais rien vu.
Cétait terrible de rester seul alors que jen étais déjà au septième mois de grossesse, alors que Guillaume me reprochait sans cesse de devenir trop nerveux. Chaque dispute finissait par un soupir de sa part, plein de lassitude. Sans savoir comment, jai compris que si jabordais franchement le sujet, je risquais fort de me retrouver seul. La peur de perdre mon mari était si envahissante que je ne pensais plus à rien dautre. On dit quà trop craindre une chose, on finit par la provoquer.
Aussi attentionné puisse-t-il avoir été, Guillaume nétait pas un vrai gentilhomme. Les mots les plus cruels que jaie jamais entendus sont sortis de sa bouche : « Je ne suis pas prêt à avoir un enfant. » Et : « Jai rencontré quelquun dautre. » Je ne me souviens même plus comment il me la dit, mais jai eu limpression de devenir fou.
Je ne mattendais pas à trouver en moi la force de demander le divorce. Il ne sattendait pas, lui, à ce que je refuse de continuer à tout supporter, encore moins à ce que je balance toutes ses affaires dehors, dès le lendemain. Jétais heureux, à ce moment-là, que lappartement soit seulement en location, cela épargnait le partage.
Et pour lenfant ? Tu devrais y penser ! Comment vas-tu ten sortir ?
Je vais me débrouiller. Je travaillerai à distance. Et puis, mes parents ont toujours proposé leur aide. Ma mère ma répété mille fois que Guillaume nétait pas digne de confiance jaurais dû lécouter.
Prendre soin de mon futur fils ma sans doute donné le courage dagir. Si javais été seul, jamais je naurais eu la force de partir.
Mais jai compris aussi que je ne voulais pas que mon enfant ait un père comme lui.
Sa trahison a été si vile que je ne voulais plus jamais rien avoir à faire avec cet homme. Comme si on mavait ôté un bandeau des yeux.
Les mois qui ont suivi le divorce, y compris laccouchement, furent terriblement difficiles. Je suis retourné vivre chez mes parents, qui étaient fous de joie, surtout mes grands-parents qui rêvaient depuis longtemps dun petit-fils. Je mentirais en disant que Guillaume ne me manquait pas, mais jai tâché de ne plus y penser. Au fond de moi, jétais certain davoir bien fait et dêtre capable doffrir à mon fils le meilleur.
Et puis, brusquement, Guillaume a refait surface.
Apparemment, il regrette amèrement ses choix. Il veut rencontrer son fils. Mais ai-je vraiment envie de cela ? Ou ne vaudrait-il pas mieux minstaller dans une autre ville ?






