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Louis, on va chez papi, il est un peu souffrant, dis-je à mon fils, et il en fut tout heureux ; il adorait passer du temps avec son grand-père.
Jean-Pierre Simon vivait seul depuis que ma mère était décédée il y a cinq ans. Passionné délectronique, il bricolait sans arrêt de nouveaux objets : cela me fascinait quand jétais enfant, et Martin partage la même passion. Papa en est fier comme un coq.
Ma femme, Léonie, et moi sommes mariés depuis douze ans et vivons avec ma belle-mère dans son grand appartement à Lyon. Françoise Dubois, la mère de Léonie, na jamais porté beaucoup destime à mon égard. Elle trouve que je suis trop doux, un peu maladroit, et que mon boulot de réparateur dappareils électroménagers na rien dextraordinaire. Elle ne sest jamais encombrée de compliments pour moi.
Notre chambre déborde toujours de câbles et de bouts de métal. Même à la maison, jaime démonter et remonter tout ce qui me tombe sous la main. Pourtant, grâce à moi, chaque appareil fonctionne à la perfection mais ça, ma belle-mère considère que cest la norme, pas un exploit.
On pourrait tout aussi bien appeler un réparateur en cas de panne, lance-t-elle, sceptique, à Léonie, qui ne partage pas son avis.
Maman, tu oublies que tu vis sans tinquiéter de rien grâce à Louis. Tu ne réalises pas à quel point cest précieux.
Je suis respectueux et ne relève jamais ses piques. Avec Léonie, tout va bien : je laime, tout comme notre fils Martin. Seule Françoise trouve de quoi redire.
Louis, tu devrais monter ta propre affaire, être ton propre patron, me répète-t-elle.
Il faut bien que quelquun fasse tourner le pays, non ? rétorquais-je, et jen restais là.
Le temps passait. Un jour, Françoise croisa un jeune homme fort bien bâti sur le pas de notre immeuble. Il ouvrit la porte avec ses clés et la laissa passer devant.
Merci, dit-elle. Vous vivez ici ?
Oui, je viens dacheter lappartement au troisième étage. Nous serons voisins.
Celui de Madame Moreau, alors, juste en face du nôtre ?
Peut-être le numéro 57.
Oui, cest ça ! Elle est partie chez son fils à Annecy. Elle lexamina, le regard approbateur.
Un bel homme, athlétique, yeux bleu clair et sourire éclatant.
Voilà un gendre idéal, songea-t-elle. Je mappelle Françoise Dubois.
Enchanté, Mathieu Lefèvre, répondit-il avec courtoisie. Nhésitez pas à passer, je vis seul et vous ?
Jhabite ici avec ma fille, son mari et leur fils martinet.
Le lendemain matin, Mathieu se trouvait près de sa voiture lorsque Françoise sortit.
Bonjour Françoise, vous allez au travail ? Je vous dépose, si vous voulez.
Sans se faire prier, elle monta. Sur la route, elle apprit quil avait une entreprise, le reste resta flou.
Le soir, elle ne tarissait pas déloges devant Léonie :
Tu devrais voir ce Mathieu, il a tout pour lui : un business, une superbe voiture, maintenant un appartement
Léonie ny prêta pas vraiment attention jusquau soir où lon sonna à notre porte. Léonie ouvrit et resta bouche bée : Mathieu, en short, torse nu.
Désolé, je suis en mode détente Vous auriez un peu de sel ? Jai oublié den acheter et je nai pas envie de ressortir.
Bien sûr, répondit-elle en allant lui chercher du sel.
Merci, je vous le rendrai, assura-t-il, mais Léonie fit un geste dindifférence.
Françoise surgit alors dans lentrée :
Ah, cest notre nouveau voisin ! Entre donc, Mathieu… Léonie, tu ne vas pas le laisser dehors !
Non merci, vraiment, je ne veux pas vous déranger javais juste besoin de sel, bonne soirée, il fila.
Les jours suivants, toutes les conversations tournaient autour de Mathieu. Françoise racontait comment il lavait aidée à porter ses sacs, Léonie comment il lavait déposée au travail. Bientôt, Léonie se retrouva dans son appartement et ils devinrent amants. Elle ne regrettait rien.
Françoise fit tout pour la couvrir devant moi. Un jour, Martin rentrant de lécole vit sa mère sortir de chez Mathieu, étonné :
Maman, tu tes trompée dappartement ? Léonie était prise de court.
Non, je navais plus de sel, alors je suis allée en demander…
Mais Martin ouvrit le placard en rentrant :
Pourtant on en a trois paquets, maman !
De manière candide, il me raconta tout. Javais déjà senti le changement : Léonie avait changé ses habitudes, ses vêtements, son parfum… Jai vite compris.
Françoise, évidemment, soutenait sa fille. Moi, jétais perdu. Que faire ? Faire un scandale ? Et Martin ?
Je me suis dit quil fallait penser à Martin. Peut-être Léonie réalisera-t-elle que ce nest quune erreur passagère.
Françoise, elle, jubilait et me lançait souvent :
Si tu avais monté ta boîte, tu aurais déjà une voiture, et ce nest pas le voisin qui conduirait ta femme !
Mais Léonie était éprise et un soir, ce que je redoutais arriva :
Louis, il faut quon divorce.
Et Martin ?
Mathieu est quelquun de bien, il lélèvera comme son propre fils,
Comme Mais Martin a un père, cest moi. Il vivra avec moi.
Le lendemain, Martin me raconta que Mathieu lui avait offert une console. Je lui proposai :
Tu voudrais habiter avec moi, chez papi ?
Oh oui, papa !
Mais Léonie sopposa :
Martin vivra ici, il est chez lui !
Difficile dexpliquer à Martin pourquoi il irait chez papi. Il sen doutait déjà, mais insista pour quon se voie souvent.
Le week-end suivant, on se promenait au parc. Je tentai dexpliquer la situation :
Tu sais, parfois, les parents…
Ce nest pas la peine papa, jai compris. Cest à cause de Mathieu. Cest lui qui nous a séparés.
Je nai rien su répondre.
Un dimanche, Martin me confia :
Papa, jai rendu la console à Mathieu, je ne vais plus chez lui. Il ma giflé alors que maman ne regardait pas, il ma dit daller chez ma mamie.
Vraiment ? Et maman ?
Je ne lui ai pas dit. Je voudrais tellement que tu reviennes…
Son regard me bouleversa.
Léonie ne pensait quà sa nouvelle passion et vivait chez Mathieu. Martin se retrouvait seul, Françoise ne pensait quà elle-même.
Viens, Martin, rentrons. Ce Mathieu na pas à lever la main sur toi.
Nous rentrâmes. Françoise buvait son thé, Léonie était absente.
Oh, revoilà le gendre… dit-elle sans conviction, Tu pourrais regarder la machine à laver ? Mathieu ny connaît rien
Françoise, comment avez-vous laissé Mathieu lever la main sur mon fils ?
Quand donc ? Ça nest pas arrivé Martin ?
Martin raconta tout : gifle, bousculade, et linsulte. Françoise nen revenait pas. Je suis monté directement chez Mathieu.
Lui ouvrit, surpris. Léonie apparut également.
Tu nas pas le droit de lever la main sur mon fils !
Je ne lai queffleuré ! Et alors ? On élève les garçons comme ça, sil nest pas content quil vive avec son père, je nen veux pas ici.
Léonie nen croyait pas ses oreilles. Françoise était bouche bée.
Je mis un coup de poing à Mathieu qui se tint le nez, puis je sortis avec Martin. Les larmes aux yeux, Léonie et Françoise nous rattrapèrent.
Pardonne-moi, Louis, pardonne-moi, pleurait Léonie, pourquoi ne mas-tu rien dit, Martin ?
Tu ne maurais pas cru, maman.
La discussion dura longtemps. Françoise mimplora de pardonner à Léonie. Ma femme sanglotait :
Je ne sais pas ce qui ma pris Pour Martin, reste
Le regard de Martin, embué de larmes, ma arrêté. Impossible de partir.
Bon, je reste. On verra, et Martin sest jeté à mon cou.
Papa, tu es le meilleur ! Pardonne maman, sil te plaît !
Louis, pardonne-moi aussi, ajouta Françoise, cest peut-être moi la plus fautive, cest mon erreur, je veux essayer de réparer.
Le temps passa, tout retrouva sa place. Dans lappartement, le calme revint, la machine à laver ronronnait, Françoise rayonnait davoir pu réparer (du moins un peu) son erreur. Léonie faisait tout pour rattraper ses fautes, convaincue un peu plus chaque jour que, finalement, son mari est le meilleur.
Jai compris que parfois, on a le droit à lerreur, mais lamour, la sincérité et la famille sont les vraies bases du bonheur. Et cest cela que je veux transmettre à mon fils.







