Quand l’amour bat de l’aile : «Et si on essayait le couple libre, Lénie ?» — Quand Victor propose à sa femme des relations ouvertes, en affirmant que «c’est très répandu en Europe, ça ravive le mariage», Elena se retrouve face à un véritable électrochoc conjugal. Entre désir de surmonter la routine, souvenirs de bouquets de lilas offerts aux débuts, et amertume d’avoir partagé vingt-cinq ans entre lessives et espoirs déçus, elle décide d’accepter le pari de la liberté… Mais à quel prix ? Quand la revanche conjugale prend un goût de liberté retrouvée : le récit tendre et acéré d’une femme prête à se redécouvrir dans un Paris d’aujourd’hui, entre disputes familiales, vie de bureau et confidences autour d’un café.

Dis donc, Camille Et si on essayait une relation libre ? a glissé Laurent dun ton prudent.
Hein ? Attends, tu plaisantes, là ? Tu es sérieux ? a rétorqué Camille sans trop comprendre.
Bah, pourquoi pas ? Ça se fait, tu sais. En France, cest devenu super courant. Y en a qui disent que ça fait même du bien au couple, que ça rallume un peu la flamme. Tu disais bien toi-même quun petit écart ne tuait pas, que ça aide à ne pas craquer sur le long terme Bah, cest pareil, faut juste un peu de variété.

Camille a cligné des yeux, perplexe devant ce quelle venait dentendre. Comparer une aventure à une tablette de chocolat, fallait le faire. Soit il se fichait delle, soit cétait du culot à létat pur.

Laurent Si tu veux partir, fais-le franchement. Je vais pas te retenir prisonnier. Tauras toute la liberté que tu veux, mais ne mentraîne pas dans tes combines.
Oh, Camille, tout de suite les piques ! Mais je taime, moi. Cest juste que tout ça, tu vois, ça tourne un peu en rond, on dort dos à dos, on ne parle que des courses ou des factures EDF On sennuie, on a besoin de changer dair, non ? Tu serais pas coincée, on pourrait tous les deux voir ailleurs, ça te ferait peut-être du bien, tu crois pas ?

Camille a plissé les yeux. Un déclic sest fait dans sa tête : il lui mentait, cétait criant. Les doigts nerveusement tapotant la table, les yeux fuyants Il avait clairement envie de retrouver sa liberté. Mais ce nétait pas tout neuf, cette envie.

Dis-moi, Laurent. Tas déjà quelquun dautre, cest ça ? Et tu me proposes ça pour te donner bonne conscience ?
Oh voilà que ça commence Laurent a levé les bras au ciel. Si cétait le cas, tu crois vraiment que je ten parlerais ? Franchement ? Je regrette même davoir lancé le sujet. Tes vraiment coincée, parfois. Allez, oublie.

Il sest levé, très théâtral, comme sil venait de subir une énorme injustice, et il a filé dans la pièce dà côté, laissant Camille seule avec ses pensées.

Vingt-cinq ans. Elle lui avait donné ses plus belles années, encaissé ses hauts et ses bas, les galères dargent, les soirées où il bossait tard qui prenaient soudain une autre saveur Et maintenant, il posait tout ça, tranquille, comme sil voulait lembarquer dans une magouille contre leur propre famille. Quel culot.

Cette nuit-là, ils ont dormi chacun dans leur chambre. Enfin, dormi Camille, elle, avait les yeux grands ouverts. Elle fixait tour à tour le plafond et la fenêtre, repassant dans sa tête comment ils en étaient arrivés là. Pourtant, Laurent, à une époque, lui offrait des bras entiers de pivoines, bossait darrache-pied pour leur offrir un mariage digne de ce nom, et avait pleuré de bonheur pour la naissance de leur fille. Et maintenant Ah, sil pouvait juste prendre la porte, ce serait sûrement plus simple.

Quand tout sétait cassé ? Peut-être le jour où elle a arrêté de se maquiller même à la maison. Ou bien la première fois quil a zappé leur anniversaire, prétextant une urgence au boulot. Quimporte, à vrai dire ?

Dun côté, elle avait envie de tout plaquer, demander le divorce et tirer un trait sur cette histoire. Mais est-ce quon peut jeter à la poubelle la moitié de sa vie avec cette facilité ?

Il y avait peut-être moins de passion quau début, oui, mais il restait la routine, le cocon, le confort de leur petit appartement à Vincennes, leurs habitudes. Et puis Laurent avait rendu service plus dune fois, même pris un crédit pour aider sa mère. Tout le monde naurait pas fait ça.

Camille bouillonnait à lintérieur. De la colère, de la peur, de la tristesse. Il se dit sûrement que je ne retrouverai jamais personne pensa-t-elle soudain. Que je suis une vieille quon laisse derrière, à faire des soupes pour les petits-enfants, à attendre bêtement quil daigne rentrer de ses galipettes Ah non. Pas ça.

Très bien, a-t-elle dit à Laurent le lendemain matin, bien droite. On va faire comme tu veux.
Pardon ?
Jaccepte tes histoires de relations libres.

Laurent en a failli avaler de travers son café. Il sattendait à une scène de ménage, pas à ce ok tranquille.

Bah, écoute pourquoi pas. Tu verras, ça peut te plaire aussi dailleurs, il a lancé sur un ton un peu froid. Enfin bref, ce soir, je rentre tard.

Son cœur sest serré. Ça commence si vite que ça ?

La soirée, grise, morne, pesante. Camille se sentait vidée. Comme un vieux pull quon aurait décidé de donner parce quil nest plus à la mode.

Elle sest plantée devant le miroir. Oui, elle avait les traits tirés, quelques rides autour des yeux, le teint fatigué. Mais le corps était toujours là, la chevelure brune épaisse. Peut-être quelle nétait pas si mal, finalement ? Peut-être que le problème, ce nétait pas elle. Dautres la trouvaient séduisante. Prenons Grégoire, le chef du service dà côté, arrivé au bureau il y a à peine un mois.

Un homme charmant, la tempe poivre et sel, la voix légèrement grave, lœil rieur. Il lui faisait souvent des compliments, tenait la porte, lui apportait du café. Quelques invitations à déjeuner, même une proposition de dîner la semaine passée.

Grégoire, je suis au régime Ça sappelle « mariée » ! avait-elle répondu en riant.
Camille, être mariée, cest une ligne sur létat civil, ce nest pas une condamnation, avait-il souri. Je ne force rien, ten fais pas.

Laurent voulait quelle samuse ? Eh bien, très bien.

Bonsoir Grégoire. Ton invitation tient toujours pour ce dîner ? Javoue que jai envie de faire une entorse au régime, jai du temps libre, a-t-elle écrit sur WhatsApp.

Ce nétait pas de la vengeance. Camille voulait juste se sentir à nouveau femme, ressentir quelque chose, réactiver quelque chose en elle que Laurent avait piétiné depuis deux jours.

Le reste de la soirée était un mélange dexcitation et dappréhension. Grégoire sest comporté en parfait gentleman. Il déplaçait la chaise, remplissait son verre, lécoutait avec attention, et la regardait comme si elle était la seule femme du restaurant.

Camille en avait presque honte, mais elle retrouvait ce petit frisson oublié, limpression dexister enfin. Pour une fois, elle était autre chose quune cuisinière et une ramasseuse de chaussettes sales.

On passe chez moi prendre un verre ? On fait un détour à la cave pour choisir une bonne bouteille, et on se met un film sympa, proposa Grégoire, une fois son dessert terminé.

Elle a hoché la tête. Quelque chose en elle lui disait Stop !. Mais elle revoyait le visage blasé de Laurent, lui demandant daller saérer.

Arrivés chez Grégoire, son téléphone sest mis à vibrer follement. Laurent. Elle a rejeté lappel une fois, deux fois. En vain.

Oui ? a-t-elle répondu, dune voix maitrisée.
Tes où, là ?! a éructé Laurent. Il est dix heures, y a rien à bouffer, tes pas là ! Tu te fous de moi ou quoi ?

Elle a été soufflée. Grégoire, entendant le ton tendu, a filé dans le salon. Lambiance sest brusquement refroidie.

Tinquiète, Laurent Je suis en rendez-vous. Oui, en rencard.
En quoi ? Cest une blague ?!
Faut te faire un dessin ? Hier tu parlais de relations libres, que je devais voir du monde. Bah voilà, jai écouté ton conseil. Ça se passe comme tu voulais ?

Un gros silence. On n’entendait plus que la respiration saccadée de Laurent.

Non mais tes sérieuse ? Tu files chez un autre ? Mais cétait une blague ! Jvoulais te tester ! Comprends-le ! Te tes-ter ! Et toi tattendais que ça, hein ? Tu fais genre la victime et hop, direct dans les bras dun autre !

Camille a été désarçonnée.

Et toi, tétais avec qui ce soir ?
Personne ! Jétais au boulot, cest tout, a balancé Laurent. Y a des limites. Cest ça ou je me casse. Prépare tes affaires si tes pas daccord. On divorce.

Il a raccroché. Camille est restée bouche bée, fixant le mur. Elle se sentait salie et humiliée.

Tout va bien ? a demandé Grégoire en revenant doucement.
Oui cest gentil Enfin, pas trop, a bredouillé Camille, tentant un sourire.
Camille franchement, je pense que tas besoin de temps, autant quon en reste là ce soir. Tu veux que je te commande un taxi ?

La parenthèse enchantée sétait refermée dun coup. Le prince charmant retrouvait sa réalité, loin des histoires de familles compliquées. On ne pouvait pas lui en vouloir. Il voulait juste un dîner léger, il sest retrouvé piégé dans un feuilleton.

Peut-être quelle aurait dû demander le divorce tout de suite. Mais évidemment, cette idée narrive jamais au bon moment.

Cette nuit-là, Camille nest pas rentrée. Elle a pris une chambre à lIbis du coin. Elle navait pas la force daffronter Laurent, il lui fallait un peu de temps pour admettre que leur vie davant ne reviendrait jamais.

Trois ans sont passés.
La vie, comme une sculptrice, sest chargée de gommer tout ce qui était en trop, même si ça faisait mal.

Laurent a retrouvé une copine très vite, limite avant que le divorce ne soit signé. Sauf quelle la planté quelques semaines après la vente de leur appartement commun, empochant au passage sa part des économies.

Rien na marché non plus avec Grégoire. Ils se croisaient au bureau, échangeaient juste un « bonjour », mais cétait tout. Camille a compris que beaucoup dhommes si prompts à jouer les amants disparaissent dès quon attend deux un peu plus de soutien ou de présence.

Mais Camille na plus cherché qui que ce soit. Une fois dans son nouveau F2 à Bordeaux, elle a découvert un monde insoupçonné de temps libre et dénergie. Auparavant, tout ça était englouti dans la gestion du couple et les caprices de Laurent. Désormais, elle pensait à elle, pour elle.

La piscine à 7h, miracle pour son dos, les cours danglais, histoire de garder son cerveau aiguisé. Elle sest fait couper les cheveux court et a refait toute sa garde-robe.

Et surtout elle est devenue grand-mère.

Sa fille, Mathilde, a accouché il y a six mois. Au départ, lors du divorce, elle sétait fâchée contre Camille. Laurent jouait la victime à fond, disait à Mathilde que sa mère avait tout détruit, quelle lavait quitté pour un autre.

Mais le temps a tout remis à plat. Un jour, Mathilde est venue voir sa mère, avec lintention davoir une explication franche. Ce quelle a trouvé, ce nétait pas une femme volage comme décrite par Laurent, mais une mère fatiguée, honnête, capable enfin de raconter ce qui sétait vraiment passé. Que tout ça, cétait le choix de Laurent. Quelle, Camille, sétait sentie seule avec lui depuis des années. Mathilde, aujourdhui mariée elle-même, a compris sa mère. Et quand Laurent sest affiché avec une nouvelle copine, la cause de Camille est devenue limpide.

Là, Camille était dans la cuisine de Mathilde à Paris, la toute petite Louise gazouillant dans ses bras, saccrochant à son doigt.

Papa a encore appelé ce matin, a lâché Mathilde, lair bougon. Il veut passer voir Louise.
Tu lui as dit quoi ? a demandé Camille tranquillement.
Jai dit quon partait en week-end, Mathilde a soupiré. Franchement, jai plus envie de le voir, maman. Il alterne entre dire du mal sur toi et me demander darranger les choses entre vous. Ça me stresse à chaque fois. En plus, je ne veux pas quil tente de retourner Louise contre toi. Quil profite de sa liberté, hein

Camille na rien répondu, elle sest juste serré un peu plus contre Louise.

Laurent a eu ce quil voulait : la liberté, la vraie. Plus personne pour lui demander de lattention, personne pour perturber ses soirées devant la télé. Seulement la liberté, ça a parfois un sale goût damertume. Mais il la compris trop tard.

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Quand l’amour bat de l’aile : «Et si on essayait le couple libre, Lénie ?» — Quand Victor propose à sa femme des relations ouvertes, en affirmant que «c’est très répandu en Europe, ça ravive le mariage», Elena se retrouve face à un véritable électrochoc conjugal. Entre désir de surmonter la routine, souvenirs de bouquets de lilas offerts aux débuts, et amertume d’avoir partagé vingt-cinq ans entre lessives et espoirs déçus, elle décide d’accepter le pari de la liberté… Mais à quel prix ? Quand la revanche conjugale prend un goût de liberté retrouvée : le récit tendre et acéré d’une femme prête à se redécouvrir dans un Paris d’aujourd’hui, entre disputes familiales, vie de bureau et confidences autour d’un café.
«Elle se levait tous les matins à 6h pour préparer son smoothie au céleri» — J’ai 53 ans, j’ai vécu pendant 3 mois avec une femme de 35 ans : voici ce que j’ai compris sur 18 ans de différence d’âge… et comment cela a bouleversé ma vie pour toujours