Le Retour à la Vie : Une Nouvelle Aube à Paris

Retour à la vie

Claire Moreau navait pas mis les pieds dans lappartement de son fils depuis longtemps. Elle ne voulait pas. Elle nen pouvait plus. Les larmes sétaient taries depuis des mois; le chagrin sétait mué en une douleur sourde, constante, un gouffre sans issue.

Son fils, Sébastien, avait vingthuit ans. Il ne se plaignait jamais de sa santé. Diplômé de luniversité, il travaillait dans une société dingénierie, fréquentait la salle de sport et sortait avec sa petite amie.

Il y a deux mois, il sétait couché et navait jamais repris conscience.

Claire avait divorcé de son mari quand Sébastien navait que six ans, elle était alors trente. La raison était simple : linfidélité, à plusieurs reprises. Lexépoux ne payait plus la pension alimentaire, il se dérobait. Le garçon a grandi sans père, soutenu par les parents de Claire.

Des amours sont passés dans sa vie, mais elle na jamais osé un nouveau mariage.

Claire travaillait durement pour gagner sa vie. Dabord elle louait un petit comptoir dans un supermarché du centre de Lyon pour y tenir une boutique doptique. Médecin ophtalmologiste de formation, elle a finalement contracté un prêt, acheté un local et créé sa propre «Optique du Centre», où elle exerçait aussi son cabinet. Elle conseillait, ajustait les lunettes, organisait les rendezvous.

Lan passé, ils ont acheté un appartement à Sébastien. Une petite pièce, sur le même étage que lappartement de Claire, légèrement rénovée. Un toit, un lieu où vivre.

Poussière partout, Claire saisit un chiffon. En déplaçant le canapé, un téléphone tomba de dessous. Elle le chercha, puis le remit sur le chargeur.

Assise, les yeux embués, Claire feuilleta les photos sur le téléphone de son fils: Sébastien au bureau, en vacances avec des amis, avec sa petite amie.

Au sommet de lappli, un message de son ami Denis. Une image: une jeune femme inconnue, tenant un petit garçon. Le gamin, deux gouttes deau, ressemblait à son Sébastien.

«Tu te souviens de la soirée du Nouvel An chez Léa, à luniversité? Léa avait une amie Jai revu cette amie avec son fils, elle loue un appartement en face. Le petit, cest un vrai petit bout de chou! Je tenvoie la photo, histoire de te rappeler», écrivait Denis, le jour même de la tragédie. Donc le fils savait et nen avait rien dit à sa mère! Voilà le drame.

Claire connaissait ladresse de Denis.

Le lendemain, après le travail, elle gara sa voiture devant limmeuble. Le petit garçon, quelle reconnut immédiatement, courait après un autre garçon à vélo, suppliant davoir un tour.

Claire sagenouilla et demanda: «Tu nas pas de vélo?»

Le garçon secoua la tête.

Une jeune femme sapprocha. Elle avait à peine vingtetun ans, un maquillage criard qui masquait à peine son visage. «Qui êtesvous?», demanda-telle.

«Je suis la grandmère de ce petit,» répondit Claire.

«Je mappelle Maëlys, je suis la mère, enchantée.»

Claire les conduisit au café du coin. Le petit, prénommé Julien, prit une glace ; Claire et Maëlys commandèrent du café.

Maëlys raconta quelle était venue de la campagne il y a six ans, à dixsept ans, pour étudier la couture à la maison des jeunes. Pendant les vacances de Noël, son amie Léa lavait invitée chez elle. Léa et son frère étaient partis chez leurs parents. Léa fréquentait Denis, qui était venu fêter le Nouvel An avec son ami Sébastien. Ce soir-là, Maëlys et Sébastien eurent une aventure. Sébastien laissa son téléphone, promit de rappeler, mais ne le fit jamais.

Quand Maëlys découvrit quelle était enceinte, elle le contacta. Sébastien, furieux, la repoussa, lui donna de largent pour interrompre la grossesse, puis la supplia de disparaître. Elle ne le revit plus jamais.

Elle abandonna ses études, fut expulsée du foyer étudiant, et ne put retourner à la campagne: sa mère était décédée, son père et son frère étaient alcooliques. Elle loua une petite chambre chez une vieille veuve, gardait le bébé pendant que Maëlys travaillait, et rendait presque tout ce quelle gagnait. Pas de place en crèche, elle travaillait dans un atelier de raviolis, salaire modeste, mais suffisait.

Le jour suivant, Claire déplaça Julien et Maëlys dans lappartement de Sébastien. Une nouvelle vie souvrait à elle.

Julien fut inscrit dans une crèche privée respectable. Claire devait acheter des vêtements pour Maëlys et le petit, et passait des heures à soccuper deux. Le garçon était le portraitrobot de son père: le regard, les gestes, même lentêtement.

Claire prit sous son aile Maëlys. Elle lui montra comment se maquiller sans excès, comment shabiller, comment prendre soin delle, cuisiner, garder son appartement rangé. En un mot, elle lui enseigna tout.

Un soir, elles étaient assises devant la télévision, Julien se blottit contre Claire et murmura: «Tu es ma préférée!»

À cet instant, Claire sentit le vide qui habitait son cœur depuis des années se dissiper. Le chagrin ne pesait plus comme une enclume. Elle comprit quelle était revenue à une existence normale, où la joie pouvait à nouveau prendre place. Tout cela grâce à ce petit être, son «petitfils».

Deux ans sécoulèrent. Claire et Maëlys accompagneront Julien à la rentrée en première classe.

Maëlys travaille désormais pour Claire, devenue son assistante indispensable.

Maëlys a trouvé un compagnon sérieux, désireux dune relation durable. Claire na rien contre; la vie continue.

Il semble que, bientôt, elle aussi se mariera. Un vieil ami de confiance lencourage. Pourquoi pas? Elle est belle, indépendante, dune silhouette harmonieuse, au caractère doux, et na que cinquantequatre ans.

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