La Recette du bonheur… Tout l’immeuble observait l’emménagement des nouveaux locataires dans l’appartement du deuxième étage : une famille dont le père était chef d’atelier à l’usine, fierté d’une petite ville de province française. — Mais enfin, pourquoi s’installent-ils dans de l’ancien ? Avec leurs relations, ils auraient bien pu décrocher un appartement dans une résidence neuve, s’étonnait la retraitée Madame Ninon, discutant avec ses voisines. — Arrête de juger selon tes critères, Maman, répliquait sa fille Anne, célibataire de trente ans au maquillage éclatant. Ici, c’est une “Haussmannienne” : hauts plafonds, grandes pièces séparées, vaste entrée et loggia spacieuse… Et puis, ils ont déjà la ligne téléphonique installée ! Dans notre immeuble, il n’y a que trois téléphones pour neuf appartements… — Toujours à bavarder au téléphone, toi, soupirait sa mère. Je t’interdis d’aller sonner chez eux. Ce sont des gens sérieux, occupés… — Ils ne sont pas si inaccessibles ! Ils sont jeunes, ils ont une petite fille de neuf ans, Nathalie. Ils sont quasiment de ma génération, un peu plus âgés seulement… Les voisins étaient polis, souriants : Lydie travaillait à la bibliothèque scolaire, Ivan avait déjà dix ans d’ancienneté à l’usine. Anne racontait tout cela le soir quand elle sortait s’asseoir sur le banc devant l’immeuble avec sa mère et d’autres riveraines. — Mais comment tu sais tout ça ? La miss détective, ricanaient les voisines. — Je vais chez eux pour appeler mes amies. Eux, au moins, me laissent utiliser le téléphone, lançait Anne, piquant au passage ses voisines qui refusaient toujours de l’accueillir, connaissant son goût pour les conversations interminables. Peu à peu, Anne se sentit proche des nouveaux arrivants, passant de plus en plus de temps au téléphone chez eux, offrant à chaque fois un sourire à Lydie qui, de son côté, ne répondait que d’un hochement de tête, les mains couvertes de farine. — Vous préparez encore des gâteaux ? Mais comment faites-vous ? Moi j’en suis incapable, lançait Anne. — C’est pour demain matin, des petites brioches au fromage blanc. Mais je dois finir vite, expliquait Lydie en se retournant vers sa pâte. Anne repartait toujours un peu plus froissée du manque d’enthousiasme de Lydie à son égard. — Lydie, je comprends que tu n’oses pas lui refuser, soupirait un soir Ivan, mais notre téléphone est monopolisé tous les soirs à cause d’elle, je n’arrive même plus à avoir mes amis. — J’ai remarqué. Elle se sent chez elle, acquiesça Lydie. Le soir même, alors que, toute apprêtée, Anne bavardait encore, Lydie se permit de demander, poliment : — Anne, tu ne finirais pas bientôt ? Nous attendons un appel important… D’un geste compréhensif, Anne raccrocha, sortit une tablette de chocolat de sa poche et proposa : — Aujourd’hui, j’ai amené une douceur pour fêter notre amitié. On se fait un thé ? Elle alla en cuisine déposer le chocolat sur la table, mais Lydie répondit : — Non, surtout pas. Nathalie a une allergie, pas de sucreries ici. Le chocolat, c’est tabou chez nous. — Comment ça, tabou ? s’offusqua Anne, rougissant. J’avais envie de vous remercier, c’est tout. — Nul besoin de remerciements, ni de venir souvent. Seulement en cas d’urgence : médecin, pompier, ça oui. Mais pour les bavardages, ce n’est plus possible. Ivan reçoit des coups de fil de l’usine, Nathalie travaille ses devoirs, il faut rester calme le soir. Déçue et blessée, Anne repartait chez elle, persuadée que Lydie était tout simplement jalouse d’elle. — Elle voit bien que je suis plus jeune, plus jolie. Elle doit être jalouse de son mari ! expliquait-elle à sa mère. — Quelle sotte tu fais ! La famille des autres n’est pas un terrain de jeu… Installe ton propre téléphone et laisse-les tranquilles ! Anne tenta encore un rapprochement, demandant le secret des fameuses brioches : — Je voudrais le vrai secret de vos brioches, Lydie, cela me ferait plaisir d’apprendre… — Pourquoi pas demander à votre mère ? Nos parents savent tout ! Moi, je fais “au pif”, sans mesure… Rougissante, Anne retrouva sa propre mère et, dans le vieux cahier de recettes taché et usé du placard, dénicha la recette recherchée. — Tiens, tu veux cuisiner toi maintenant ? s’étonna Ninon. Tu serais amoureuse, par hasard ? Et ce n’est pas fini avec ce Slava ? — Non, non, rien n’est fini ! s’agaça Anne. Je te dirai quand ce sera le cas. Mais quelques jours plus tard, à son retour de promenade, Ninon sentit la douce odeur d’une fournée. — Miracle, ça sent la brioche ! Tu n’es pas amoureuse, par hasard ? — Chut, maman, goûte-moi ça : c’est du gâteau au fromage blanc. Sur la table, tout était prêt pour le thé, et Anne, fière, guettait la réaction de sa mère : — Alors ? C’est bon, honnêtement ? — Très bon ! approuva Ninon, c’est du vrai fait maison, comme autrefois. — Tu ne flattes pas pour rien ? interrogea Anne. — Déguste toi-même, ma fille ! Anne repensa alors furtivement à son père, dont la meilleure note était justement : “c’est mangeable !”. — Tu sais quoi ? Je vais inviter Slava à déguster mes brioches ! s’exclama-t-elle. — Bonne idée ! C’est avec mes gâteaux que j’ai séduit ton père, rit Ninon. Va, continue ! Peu à peu, Slava devint un habitué chez Anne, la mère s’habitua à voir sa fille affairée en cuisine et partageant, rires à l’appui, de beaux moments avec son ami. Et quand Anne annonça leurs fiançailles, Ninon en pleura de joie. Anne changea : plus mince, elle se préparait pour le grand jour et cuisait ses brioches, “spécial mariage”, à la demande de Slava. À l’approche de la cérémonie, la mère, la tante, Anne préparèrent des plats pour la vingtaine d’invités, tous des proches. Après le mariage, les jeunes s’installèrent dans la grande chambre familiale. Les années passèrent, le téléphone fut installé dans tous les appartements, Anne ne monopolisait plus les conversations, préférant s’assurer que le thé était prêt et la pâte bien levée avant le retour de son mari. Quand elle annonça sa grossesse, ce fut la cerise sur le gâteau : dans sa nouvelle vie, entre maternité, rires partagés et brioches dorées, Anne avait bien trouvé sa propre recette du bonheur.

Tu vas rire, mais il faut que je te raconte la petite saga qui sest déroulée chez nous dans limmeuble. Imagine un immeuble typique de Lyon, tu vois le style ancien, plafonds hauts, moulures, parquet qui craque Eh bien, tout le quartier avait les yeux rivés sur le deux-pièces du deuxième étage parce quune nouvelle famille venait dy emménager. Le père, Rémi Leblanc, était chef datelier dans une grosse boîte locale, ce qui, chez nous, cest pas rien hein!

Mais franchement, avec leurs moyens, pourquoi ils ont pris un appart ici, dans de lancien, alors quils pourraient soffrir du neuf en périphérie? demandait toujours Madame Gisèle Leroy, retraitée un peu commère du troisième à ses copines.

Arrête, maman. Les gens veulent du cachet maintenant. Tas vu la taille des pièces! Et la loggia, on dirait une autre chambre. Puis, tas vu, ils ont tout de suite eu la ligne téléphonique, alors que chez nous, ya trois téléphones pour tout limmeuble, et encore! répondait Sabine, sa fille, la trentaine, célibataire, toujours très apprêtée.

Oui, ben, tes bien contente demprunter le téléphone toi Mais je tinterdis daller chez eux, cest des gens qui ont autre chose à faire. Surtout à ton âge, va pas les embêter rouspétait Gisèle.

Oh, cest pas non plus des ministres, tu sais. Ils sont jeunes, leur fille Lucie a neuf ans. On dirait presque mes copains dâge. Cinq ans de plus, à tout casser.

Il faut dire quils sont adorables, ces nouveaux voisins. Lise, la maman, bosse au CDI du lycée du coin, et Rémi, ça fait plus de dix ans quil est à latelier. Sabine adore raconter tout ça pendant que les doyennes se retrouvent sur les bancs du square.

Comment tu sais tout ça, Sabine? La flic du quartier, vraiment! Oui, ben, je vais chez eux pour téléphoner, vu queux me laissent faire, pas comme certains

Cest comme ça que Sabine sest incrustée à chaque occasion, pour appeler tout le bottin ou papoter une heure avec ses copines de Paris ou Marseille. Elle débarquait avec ses nouveaux foulards, ou parfois carrément en robe de chambre. On voyait bien quelle cherchait à sympathiser avec la famille.

Mais un soir, elle a remarqué que Rémi fermait ostensiblement la porte du salon pour regarder la télé tranquille dès quelle posait ses fesses sur le tabouret du couloir pour appeler. Ça a fini par devenir la routine.

Sabine saccrochait quant à elle à Lise, grimaçait parfois quand elle sentait quelle nétait pas la bienvenue, mais nen démordait pas: Après tout, ils ont le téléphone, pourquoi jen profiterais pas?

Un jour, elle a débarqué avec une tablette de chocolat, pensant amadouer Lise et lancer un goûter.

Non, non. Rangez ça, sil vous plaît Si Lucie voit le chocolat, elle va vouloir, mais elle est allergique au sucre. Chez nous, cest interdit.

Sabine en a rougi jusquaux oreilles. Elle pensait réchauffer lambiance, et là, elle se prenait un vent monumental.

Cétait pour vous remercier, mais bon, comme vous voulez

Merci, cest gentil, mais évitez de venir juste pour papoter. Sauf urgence, appel au médecin, ou les pompiers. Pas pour les bavardages, mon mari a besoin du téléphone pour le boulot et Lucie fait ses devoirs. On essaie de garder le calme chez nous.

Sabine est partie, vexée, convaincue que Lise était jalouse: Elle a peur que je lui vole son mari parce que je suis plus jeune, râlait-elle le soir chez sa mère.

Tes têtue et pas très fine, ma fille, soupirait Gisèle. Tu peux pas aller timposer comme ça dans une famille. Trouve-toi un mec, installe une ligne chez toi, et laisse-les tranquilles.

Sabine, piquée, a quand même tenté la dernière carte: elle sest pointée avec un carnet, réclamant la recette de la pâte à brioche de Lise, les fameuses tartes au fromage blanc. Lise, polie mais pressée:

Va plutôt demander à ta maman, elle doit en connaître des recettes. Et puis, moi je fais ça à loeil, jai pas de mesures précises. Bon, je suis en retard, il faut que je me dépêche. Pars voir ta mère, va

Sabine est rentrée chez elle, encore écarlate. Mais en fouillant dans larmoire de la cuisine, elle a trouvé lantique cahier de recettes de sa mère, taches dhuile et pages cornées le patrimoine culinaire de la famille. Là, parmi les gratins, pot-au-feu et rillettes, elle dégote la fameuse recette de brioche.

Tu vas enfin te lancer dans la pâtisserie, toi? sétonne Gisèle.

Pourquoi pas?

Cest pour qui, pour ton Sébastien? Jcroyais que cétait fini! Avec tous tes rendez-vous loupés

Qui te dit que cest fini?

Cest le moment de tactiver, Sabine, ça fait longtemps que je te le dis

Finalement, deux jours plus tard, un parfum de brioche envahit lappartement. Sabine, toute fière, sert les petites brioches au fromage blanc façon tradition sur la table, comme un soleil. Gisèle nen croit pas ses yeux.

Eh bé, cest pas mauvais du tout! Tas pas perdu la main, finalement. Regarde-moi cette belle fournée

Arrête maman, dis franchement si cest réussi ou pas.

Tinquiète pas, cest mangeable. Ça me rappelle ton père, il disait ça aussi. Ça voulait tout dire.

Je vais inviter Sébastien à venir goûter, tu crois quil aimera?

Bien sûr! Cest comme ça que jai conquis ton père. Par la pâtisserie et le sourire!

Petit à petit, Sébastien est revenu, puis ils se sont remis ensemble. Moins de disputes, plus de rires à deux dans la cuisine, Sébastien venait aider à touiller la pâte et Sabine rayonnait.

Quand elle a annoncé à Gisèle quils avaient déposé le dossier à la mairie pour se marier, la mère en a eu les larmes aux yeux.

En attendant la fête à la maison, tous sy sont mis: Sabine, sa mère et sa tante ont commencé à cuisiner trois jours à lavance. Bon, il ny avait quune vingtaine dinvités, mais tout le monde allait être gâté.

Après le mariage, ils se sont installés dans la grande chambre de la coloc et bientôt tout limmeuble a eu le téléphone dans chaque appartement. Sabine, elle, navait plus besoin daller chez les voisins. Elle appelait vite ses copines pour donner des nouvelles, puis filait en cuisine la pâte montait, Sébastien rentrait du boulot, et bientôt il y aurait un bébé à préparer. Mais ça, cest une autre histoire Et entre nous, le secret du bonheur dans tout ça? Un peu de brioche, beaucoup damour et savoir laisser son voisin respirer!

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La Recette du bonheur… Tout l’immeuble observait l’emménagement des nouveaux locataires dans l’appartement du deuxième étage : une famille dont le père était chef d’atelier à l’usine, fierté d’une petite ville de province française. — Mais enfin, pourquoi s’installent-ils dans de l’ancien ? Avec leurs relations, ils auraient bien pu décrocher un appartement dans une résidence neuve, s’étonnait la retraitée Madame Ninon, discutant avec ses voisines. — Arrête de juger selon tes critères, Maman, répliquait sa fille Anne, célibataire de trente ans au maquillage éclatant. Ici, c’est une “Haussmannienne” : hauts plafonds, grandes pièces séparées, vaste entrée et loggia spacieuse… Et puis, ils ont déjà la ligne téléphonique installée ! Dans notre immeuble, il n’y a que trois téléphones pour neuf appartements… — Toujours à bavarder au téléphone, toi, soupirait sa mère. Je t’interdis d’aller sonner chez eux. Ce sont des gens sérieux, occupés… — Ils ne sont pas si inaccessibles ! Ils sont jeunes, ils ont une petite fille de neuf ans, Nathalie. Ils sont quasiment de ma génération, un peu plus âgés seulement… Les voisins étaient polis, souriants : Lydie travaillait à la bibliothèque scolaire, Ivan avait déjà dix ans d’ancienneté à l’usine. Anne racontait tout cela le soir quand elle sortait s’asseoir sur le banc devant l’immeuble avec sa mère et d’autres riveraines. — Mais comment tu sais tout ça ? La miss détective, ricanaient les voisines. — Je vais chez eux pour appeler mes amies. Eux, au moins, me laissent utiliser le téléphone, lançait Anne, piquant au passage ses voisines qui refusaient toujours de l’accueillir, connaissant son goût pour les conversations interminables. Peu à peu, Anne se sentit proche des nouveaux arrivants, passant de plus en plus de temps au téléphone chez eux, offrant à chaque fois un sourire à Lydie qui, de son côté, ne répondait que d’un hochement de tête, les mains couvertes de farine. — Vous préparez encore des gâteaux ? Mais comment faites-vous ? Moi j’en suis incapable, lançait Anne. — C’est pour demain matin, des petites brioches au fromage blanc. Mais je dois finir vite, expliquait Lydie en se retournant vers sa pâte. Anne repartait toujours un peu plus froissée du manque d’enthousiasme de Lydie à son égard. — Lydie, je comprends que tu n’oses pas lui refuser, soupirait un soir Ivan, mais notre téléphone est monopolisé tous les soirs à cause d’elle, je n’arrive même plus à avoir mes amis. — J’ai remarqué. Elle se sent chez elle, acquiesça Lydie. Le soir même, alors que, toute apprêtée, Anne bavardait encore, Lydie se permit de demander, poliment : — Anne, tu ne finirais pas bientôt ? Nous attendons un appel important… D’un geste compréhensif, Anne raccrocha, sortit une tablette de chocolat de sa poche et proposa : — Aujourd’hui, j’ai amené une douceur pour fêter notre amitié. On se fait un thé ? Elle alla en cuisine déposer le chocolat sur la table, mais Lydie répondit : — Non, surtout pas. Nathalie a une allergie, pas de sucreries ici. Le chocolat, c’est tabou chez nous. — Comment ça, tabou ? s’offusqua Anne, rougissant. J’avais envie de vous remercier, c’est tout. — Nul besoin de remerciements, ni de venir souvent. Seulement en cas d’urgence : médecin, pompier, ça oui. Mais pour les bavardages, ce n’est plus possible. Ivan reçoit des coups de fil de l’usine, Nathalie travaille ses devoirs, il faut rester calme le soir. Déçue et blessée, Anne repartait chez elle, persuadée que Lydie était tout simplement jalouse d’elle. — Elle voit bien que je suis plus jeune, plus jolie. Elle doit être jalouse de son mari ! expliquait-elle à sa mère. — Quelle sotte tu fais ! La famille des autres n’est pas un terrain de jeu… Installe ton propre téléphone et laisse-les tranquilles ! Anne tenta encore un rapprochement, demandant le secret des fameuses brioches : — Je voudrais le vrai secret de vos brioches, Lydie, cela me ferait plaisir d’apprendre… — Pourquoi pas demander à votre mère ? Nos parents savent tout ! Moi, je fais “au pif”, sans mesure… Rougissante, Anne retrouva sa propre mère et, dans le vieux cahier de recettes taché et usé du placard, dénicha la recette recherchée. — Tiens, tu veux cuisiner toi maintenant ? s’étonna Ninon. Tu serais amoureuse, par hasard ? Et ce n’est pas fini avec ce Slava ? — Non, non, rien n’est fini ! s’agaça Anne. Je te dirai quand ce sera le cas. Mais quelques jours plus tard, à son retour de promenade, Ninon sentit la douce odeur d’une fournée. — Miracle, ça sent la brioche ! Tu n’es pas amoureuse, par hasard ? — Chut, maman, goûte-moi ça : c’est du gâteau au fromage blanc. Sur la table, tout était prêt pour le thé, et Anne, fière, guettait la réaction de sa mère : — Alors ? C’est bon, honnêtement ? — Très bon ! approuva Ninon, c’est du vrai fait maison, comme autrefois. — Tu ne flattes pas pour rien ? interrogea Anne. — Déguste toi-même, ma fille ! Anne repensa alors furtivement à son père, dont la meilleure note était justement : “c’est mangeable !”. — Tu sais quoi ? Je vais inviter Slava à déguster mes brioches ! s’exclama-t-elle. — Bonne idée ! C’est avec mes gâteaux que j’ai séduit ton père, rit Ninon. Va, continue ! Peu à peu, Slava devint un habitué chez Anne, la mère s’habitua à voir sa fille affairée en cuisine et partageant, rires à l’appui, de beaux moments avec son ami. Et quand Anne annonça leurs fiançailles, Ninon en pleura de joie. Anne changea : plus mince, elle se préparait pour le grand jour et cuisait ses brioches, “spécial mariage”, à la demande de Slava. À l’approche de la cérémonie, la mère, la tante, Anne préparèrent des plats pour la vingtaine d’invités, tous des proches. Après le mariage, les jeunes s’installèrent dans la grande chambre familiale. Les années passèrent, le téléphone fut installé dans tous les appartements, Anne ne monopolisait plus les conversations, préférant s’assurer que le thé était prêt et la pâte bien levée avant le retour de son mari. Quand elle annonça sa grossesse, ce fut la cerise sur le gâteau : dans sa nouvelle vie, entre maternité, rires partagés et brioches dorées, Anne avait bien trouvé sa propre recette du bonheur.
Lorsque, avec ma mère, nous rentrions du marché vers la maison, je le remarquai pour la première fois.