Cher journal,
Hier soir, je suis rentré dun dîner dentreprise aux petites heures du matin. Ma femme, Claire, dormait profondément, le visage paisible. Je me suis glissé à côté delle sur le lit et, dès que ma tête a touché le coussin, je me suis endormi comme un loir.
Ce matin, en me levant, Claire a découvert un trait de rouge à lèvres dun rouge intense sur ma chemise. Au même instant, mon téléphone a vibré : un SMS qui disait « Bonjour mon chéri ! ». Elle a littéralement failli seffondrer de surprise. Aucun de mes gestes ne la laissait deviner une telle attention.
Nous partageons déjà dix belles années de mariage, et nos deux petites filles, Zoé (5 ans) et Léa (9 ans), ronflaient encore dans leur chambre. Claire a eu envie de me réprimander sur le champ, mais elle a retenu son souffle et sest dirigée vers la salle de bain.
Assise sur le rebord, les larmes aux yeux, elle sest murmurée : « La facilité serait de lancer une dispute. Mais une querelle, dans ce contexte, ne ferait que creuser davantage le fossé. Et si je le perds, comment pourraisje élever seules nos deux enfants ? » Elle a ensuite pris une douche, séché ses cheveux au sèchecheveux et sest coiffée avant de préparer le petitdéjeuner.
Jai émergé plus tard, aux alentours de midi, avec un air de fatigue. « Quelle journée », aije lancé en me frottant les yeux.
« Tu veux que je te prépare un café ? », a répliqué Claire, un sourire forcé sur les lèvres. Jai senti quelle puisait dans ses réserves pour garder ce sourire. Après le café, elle ma lancé, un brin sérieux :
« Nicolas, jespère que demain tu ne resterais pas tard au bureau, jai une seconde équipe et je dois récupérer Violette à la crèche. »
« Bien sûr, bien sûr », aije acquiescé.
Je travaille comme coiffeur dans un salon du centreville. Après ma deuxième équipe, je suis rentré avec une boîte de chocolats fins, offerts par un client régulier, Monsieur Dupont, qui se fait toujours tailler.
« Un petit sucre, ça te tente ? », aije demandé en ouvrant la boîte.
« Cest gentil, mais ces chocolats ne sont pas donnés à tout le monde. Pourquoi les accepter ? » ma reproché Claire.
« Il ne ma pas invitée à sortir, cest tout », aije rétorqué. La discussion sest arrêtée là.
Quelques jours plus tard, je suis revenu du travail avec un bouquet de roses, également offert par Monsieur Dupont.
« Encore lui ? », aije entendu demander Claire en ouvrant la porte.
« Nicolas, hier tu es rentré tard, je ne tai pas interrogé sur tes alléesetvenues, et tu moffres ce bouquet », aije rétorqué, un brin irrité.
Plus tard, en sortant du salon pour ma seconde équipe, je lai croisé dans le hall.
« Tu as laissé les petites filles seules ? », ma demandé Claire, inquiète.
« Non, je les ai bordées, puis jai pensé à te rejoindre en voiture. »
« Ce nest quà cinq minutes à pied, non ? » a-t-elle répliqué.
De retour à la maison, je me suis penché vers elle :
« Élodie, puisje te retrouver après chaque service ? »
« Tu me jalouses ou quoi ? »
« Un peu, je lavoue. Les hommes noffrent pas de tels cadeaux sans raison. »
Elle a souri, puis a admis :
« Javoue aussi être un peu jalouse de tes heures supplémentaires. Et si quelquun se glisse dans ta vie, je le remarquerai. »
Je lai rassurée :
« Tu nas rien à craindre, jai besoin de personne dautre que toi. En plus, les nouvelles installations informatiques au bureau ont éliminé les heures sup : plus dastreintes, plus de doute. »
Notre confiance sest peu à peu reconstruite. Pourtant, de temps à autre, en rentrant, Claire dépose sur la table une nouvelle boîte de chocolats onéreux. Quand je lance un regard réprobateur, elle répond avec un léger rire :
« Mes clients me les offrent du fond du cœur, je ne peux pas les refuser. »
Leçon du jour : la confiance est comme une plante fragile ; elle nécessite de lattention quotidienne, de la transparence et, surtout, le courage de parler avant que le doute néclate.
Nicolas.







