VengeanceIl traça silencieusement les pas de son ennemi, déterminé à rendre justice à tout prix.

Il y a deux ans, Vincent avait tout : une famille, une épouse, des projets davenir, des rêves Aujourdhui, il ne reste plus rien. Il ne sait pas comment vivre avec la douleur de cette perte. Sil pouvait remonter le cours du temps, il ferait tout pour que ce jour funeste ne se produise jamais. Sil pouvait

Pour la première fois depuis deux ans, Vincent sengage dans la morne quiétude de la maison vide qui le hante. Maintenant, enfin, il sent que la vengeance pour la mort dÉlise peut commencer. Il avait pensé passer au supermarché du quartier pour acheter une bouteille de vodka, mais il a renoncé. Linstant de la revanche est arrivé; il doit garder lesprit limpide. Il se couche tôt, sendort rapidement, puis, deux heures plus tard, il se réveille le cœur qui bat à tout rompre, haletant. Il voit encore le visage dÉlise, sent son souffle près de lui et espère ouvrir les yeux pour la retrouver à ses côtés. Mais le drap nest pas froissé. Il replonge dans le sommeil.

Vincent passe la main sur le drap. Celui devient immédiatement chaud sous son toucher, lui donnant lillusion trompeuse que son épouse se trouve encore à quelques centimètres. Il ne parvient plus à se rendormir. Il reste allongé, le regard fixé sur le plafond blanchâtre dans lobscurité, repensant aux deux années dattente, de tristesse et de désir de vengeance. Lennemi est revenu. Il le sait au plus profond de lui.

Ce jour maudit, Élise a quitté son travail plus tôt que dhabitude pour se rendre à la consultation gynécologique afin de passer une échographie. Elle était en retard sur son cycle et ne faisait plus confiance aux tests de grossesse. Après tant dannées defforts et despoirs, elles attendaient un enfant.

Élise se tient au bord du trottoir. De lautre côté de la chaussée, le feu piéton passe au vert, et elle franchit la chaussée en premier. Elle ne voit pas la voiture qui fonce à toute vitesse, cherchant à passer avant la foule de piétons. Le conducteur aurait pu sen sortir sil ny avait pas eu le cycliste qui arrive en sens inverse. Limpact était inévitable, mais le conducteur tourne brusquement le volant à droite, dirigeant la voiture sur lallée dÉlise. Elle meurt sur le coup.

Le juge condamne le conducteur à deux ans de prison. Élise nen a jamais eu. Le cycliste ne subit que des contusions. Les médecins affirment quÉlise nétait pas enceinte.

Lennemi continue de vivre avec sa femme et son fils. Vincent, quant à lui, na plus rien, plus despoir. Il a décidé depuis longtemps quil tuerait celui qui a causé tout ça, le frappera avec toute la puissance du moteur, comme sil voulait que la famille de lennemi subisse ce quil a enduré. Il ne fuira plus, même si cela doit le coûter la vie. Il est mort avec Élise il y a deux ans, et le temps dattente de la vengeance ne peut plus être considéré comme une vie.

Il revient parfois au carrefour où Élise a été percutée, achète des fleurs et les dépose au bord du trottoir. Les passants les remarquent, les laissent passer. Vincent sarrête, tente dimaginer ce qui traversait lesprit dÉlise dans la dernière seconde de son existence. Peutêtre espéraitelle enfin entendre une bonne nouvelle. Elle prend une dernière respiration et franchit le passage piéton

Il se rend au cimetière, visite léglise, mais ny trouve aucun réconfort. Seule la vengeance pourra le libérer.

Épuisé, sans sommeil, Vincent se lève, prend une douche, se rase soigneusement. Il grignote lentement un croissant avec un thé, le regard perdu sur une tache sur le mur. Élise prévoyait de refaire le papier peint; il ne le fera pas. Cette tache fait partie du souvenir dÉlise. Il enfile une chemise propre, jette un dernier regard à la pièce, se demande sil reviendra.

Au début, il se contente de flâner en ville, tuant le temps. Il est trop tôt. Son ennemi se prélasse encore sur les draps propres à côté de sa femme, ou bien il sest déjà levé, sest étiré, sest rendu aux toilettes, se gratte discrètement la jambe sous le short. Après avoir fait ses besoins, il bâille, prend une douche. Sa femme a déjà préparé le petitdéjeuner. Il sort de la salle de bain, parfumé au gel douches, embrasse sa femme et sassoit face à son fils à la table

«Ça suffit,» sinterrompt Vincent. «Lennemi a lair trop bien. Le meurtrier de ma femme ne peut pas être aussi charmant.»

Il simagine alors son ennemi la veille du meurtre, ayant trop bu pour rattraper les deux années perdues. Le matin suivant, il se réveille avec une migraine violente et une soif dévorante. Il se crache de leau sur le visage, boit à la même façon quil faisait en prison, sans se raser. En short et débardeur, il sassoit à la table. «Voilà, cest ça le vrai ennemi. On ne le regrette pas.»

Vincent déboule sa voiture et se dirige vers la maison de lennemi. Il se gare dans lallée pour avoir une vue sur lentrée. Deux enfants jouent sur le terrain de jeu. Il se prépare à attendre. Tôt ou tard, lennemi sortira, seul ou avec sa famille; peu importe. Pas aujourdhui, mais la prochaine fois, la vengeance le rattrapera.

Nous sommes aux derniers jours davril. Sur les buissons et les arbres, surtout du côté ensoleillé de la cour, de jeunes feuilles percent. Lasphalte nest pas encore sec après la pluie nocturne. Le ciel est couvert, le temps frais.

Soudain, un garçon denviron six ans sort de lentrée du bâtiment. Il court vers le terrain, mais sarrête devant le VUS de Vincent, qui sapproche lentement. «Peutêtre que ce petit est le fils de lennemi?» pense Vincent, et il abaisse la vitre.

Questce que tu veux, petit?
Rien. Le garçon le regarde droit dans les yeux, sans peur. Mon père avait aussi une voiture, pas aussi grosse que la vôtre.
Et où estelle passée? Vendue?
Oui. Il a eu un accident, il na pas encore acheté de nouvelle.

Vincent scrute le visage du garçon, cherchant un trait familier à son ennemi. Il ne trouve rien. «Peutêtre que ça ressemble à sa mère», se ditil, sans se rappeler son visage. Il note la forme du parebrise, les gouttes de pluie qui y tombent.

Tu veux tasseoir? Viens, sinon tu te mouilles. Il ouvre la porte passager.
Le garçon hésite un instant, puis la pluie sintensifie. Il grimpe sur le siège, ferme la porte. Le bruit de la pluie satténue dans lhabitacle. Il observe le tableau de bord aux lumières rouges.

Le siège est chauffé? Ça consomme beaucoup dessence? Demandetil, imitant les grands.
Vincent répond avec plaisir, même sil sait quil ne devrait pas rester là, au milieu du parc, avec un enfant.

On fait un tour? La pluie continue.
Le garçon le regarde dun air suspicieux.
Si tu ne veux pas, on peut juste rester assis, dit Vincent à haute voix.
Il se dit intérieurement : «Quel gamin audacieux.»

Ma mère va me gronder. Je comprends.
Le garçon se tourne à nouveau vers Vincent.
Elle ne sen soucie pas. Ce ne sera pas long.

Vincent repart, se demandant sil a été vu. Les enfants ne comptent pas, ils ne se soucient pas des marques des voitures.

Un souvenir revient: la meilleure vengeance, cest de tuer ce que lon aime le plus. La décision surgit delle-même.

Comment tappellestu?
Vadi, répond le petit avec un sourire.
Ah! On a le même prénom. Je mappelle aussi Vincent.

«Je ne tuerai pas, je ne le pourrai pas. Le petit nest pas responsable. Lennemi est une autre histoire. Je le conduirai loin et je le laisserai. Il ne pourra pas séchapper. Quil cherche son fils, quil souffre.»

Le garçon interrompt Vincent.
Quoi? répète Vincent.
Jai entendu mon père dire quil na pas heurté la femme. Cest ma mère qui conduisait. Mon père était à côté.
Quelle femme? Un frisson parcourt la colonne vertébrale de Vincent.
«Ce nest pas lennemi qui a frappé Élise, cest sa femme», marmonne Vincent sans le vouloir.

Oui. Mon père a pris la responsabilité. Ma mère ne tiendrait pas la prison. Elle est malade, souvent à lhôpital.
Doù saistu ça?
Je ne suis pas si petit. Jai entendu mes parents se chuchoter, et ma mère la même dit.

Vincent sent la chaleur monter. Il serre le volant avec les deux mains trempées.

Pourquoi me le dire? Tu penses que je porterai plainte?
Vadi répond avec un air las.
Mon père a déjà purgé. On ne peut pas être puni deux fois pour le même crime.
Peu probable. Cest ce que je pensais, répond Vincent en forçant un sourire.

Sans le remarquer, ils dépassent la ville. Vadi regarde le bitume, mouillé, dessiné de lignes blanches.

Où allonsnous? demande le garçon.
Dans la voix de Vadi, Vincent perçoit une pointe de peur.
Je réfléchis. Il ralentit au bord de la route, baisse la vitre, respire lair frais et humide. Le bruit des voitures qui passent devient plus net.

Vous avez mal? La voix du garçon, maintenant inquiète, montre une compréhension qui fait frissonner Vincent. «Les enfants et les animaux ne mentent pas. Que suisje en train de faire?» Il fait demitour et rentre en ville.

«Élise ne reviendra jamais. Lennemi na pas frappé ma femme, il a chargé la faute sur sa propre épouse. Elle a souffert, il a purgé. Qui fautil venger maintenant? Elle sest déjà punie, il ne lui reste que peu de temps. Que dit Vadi? Sa mère na plus quun rein qui faiblit. Et moi? Jai décidé de venger linnocent.»

Avec qui étaistu quand ta mère était à lhôpital?
Avec ma grandmère. Elle a le cœur malade, elle naime pas ma mère.

Vincent observe le ruban dasphalte qui séloigne sous la pluie qui cesse.

Tu as quel âge?
Sept ans. Jirai à lécole en septembre. Vous avez des enfants?
Vincent frissonne. Il ne sait pas comment dire à un petit garçon quil aurait voulu un fils.

Nous sommes arrivés, ditil.

Ils entrent dans la cour. Les enfants se réfugient chez eux pour échapper à la pluie. Personne ne court partout en hurlant. Vadi ouvre la porte du garage.

Vous veniez à qui? demandetil.
Vincent met du temps à répondre.
À des amis. Mais ils nétaient pas là.
Vadi saute hors du garage.
Vous reviendrez?
On verra. Si je reviens, tu feras un tour avec moi? Je nai pas de fils, pas de fille, personne. Il hésite. Si ton père achète une nouvelle voiture, prendsla, il ne le regrettera pas.

Merci. Au revoir. La voix claire se mêle au claquement de la porte.
Au revoir, répond Vincent dune seule phrase, un sourire en coin.

Vadi sarrête à lentrée, se retourne. Vincent lève la main, sort du garage, achète une bouteille de vodka à quinze euros dans le petit magasin du coin. Il sassied sur lherbe humide au bord de la Seine, boit dun trait. Le brûlement envahit son estomac. Il se laisse tomber sur le dos, les yeux rivés au ciel. Les nuages se dissipent, laissant apparaître un bleu limpide.

Hé, oncle, vous allez attraper froid? Un souffle rauque se fait entendre.
Vincent ouvre les yeux. Deux adolescents se tiennent au-dessus de lui. Il a clairement fait un somme. Il se lève dun bond, se dirige vers la voiture.

Hé, on veut de la vodka? Crie lun des ados.
Vous êtes trop jeunes pour boire, répond Vincent en ramassant la bouteille presque pleine qui traînait au sol.

Un juron retentit derrière lui, mais il ne se retourne pas.

Il monte dans la voiture et rentre chez lui. Pour la première fois depuis deux ans, il se sent libre.

Seigneur, jai failli commettre lirréparable. Merci de mavoir préservé. Jaimerais tant avoir un fils murmuretil, tandis que la route se brouille sous le flux de larmes qui lui montent aux yeux.

«La vengeance devient une vie dévouée à la haine dun autre. En voulant se venger, on sacrifie sa propre existence unique; même si on gagne, on perd.»

Автор: Марк Дюпонт.

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VengeanceIl traça silencieusement les pas de son ennemi, déterminé à rendre justice à tout prix.
Monique a suivi les conseils de sa famille et a laissé sa nièce entrer dans son appartement. Mais elle était loin d’imaginer comment tout cela allait se terminer pour elle.