Papa, comment as-tu pu ?! Comment as-tu pu faire ça à maman ?!

Papa, comment as-tu pu ?! Comment as-tu pu faire ça à maman ?!

Claire se promène dans le parc avec son amie, lorsque soudain, elles aperçoivent un homme et une femme enlacés, lhomme murmurant des mots doux à loreille de sa compagne qui arbore un sourire radieux. Claire les fixe, yeux écarquillés, incapable de détourner son regard.

Claire, ça ne va pas ? Allô, Claire ! sétonne son amie.

Non, ce nest rien. Allons-y, lance soudainement Claire.

Les deux jeunes filles se disent au revoir et Claire prend la direction de son immeuble. Elle narrive pas à croire ce quelle vient de voir.

Claire et son amie sortent dun cours du soir. Claire na pas envie de rentrer chez elle tout de suite et propose :

Louise, viens, allons nous promener au parc !

Bonne idée ! Il fait encore assez clair, accepte lautre.

Le parc nest certes pas sur le chemin du retour, mais se dégourdir les jambes leur fait envie.

Elles empruntent une allée tranquille en observant du coin de lœil les couples damoureux riant sur les bancs, indifférents à leur présence.

En senfonçant dans une allée plus isolée, Claire et Louise aperçoivent un homme et une femme. Ils senlacent, il lui susurre quelque chose à loreille et elle sourit, rayonnante. Lhomme a assurément passé la cinquantaine, constate Claire, même sil leur tourne le dos.

Louise ne leur prête aucune attention, jusquà ce quelle remarque que Claire sest figée, les yeux grands ouverts, spectatrice de la scène.

Claire, tu es sûre que ça va ?

Oui, oui Allez, viens, répond Claire brusquement, séloignant rapidement.

À la sortie du parc, Claire garde le silence, préoccupée. Les deux amies se quittent rapidement et Claire rentre chez elle, la tête baissée. Elle rumine, envahie par le doute et lincompréhension.

Ce visage lumineux, ces gestes tendres, cet homme absorbé par sa compagne au point de ne même pas voir sa propre fille !, pense Claire.

Papa, comment as-tu pu, alors que jai toujours cru que tu étais parfait Tu as une maîtresse ? Je ne laurais jamais cru si je ne lavais pas vu de mes propres yeux !

Claire rentre tard à la maison.

Viens dîner, me lance sa mère, un peu sèchement. On nallait tout de même pas tattendre, toi et ton père.

Je vais dabord me laver les mains, répond gênée Claire.

Elle reste longtemps dans la salle de bain. Quand elle en ressort, son père nest toujours pas rentré. Claire dîne sans mot dire, puis se réfugie dans sa chambre.

Elle allume son ordinateur, mais ses pensées la ramènent sans cesse à la scène dans le parc. Impossible dy croire.

Cest pourtant mon père ! Comment ladultère et le mensonge peuvent-ils être aussi naturels pour les adultes ? Que lui manque-t-il dans sa vie ? Est-ce quil serait capable de nous quitter, maman et moi, pour cette femme ? Et cette maîtresse, se doute-t-elle même que jexiste ?

Claire imagine soudain un plan : il suffit que cette femme sache qui elle est pour renoncer à son père.

Un bruit de clé dans la porte la sort de ses pensées :

Désolé, chérie, murmure la voix fatiguée de son père. Journée difficile.

On croirait que tes journées sont toujours difficiles à la fin du mois, argue sa mère, déjà prête à semporter. Mais maintenant, cest chaque jour la galère !

Jeanne, cest comme ça pour le moment

Son père entre dans la chambre, comme à son habitude, pour déposer un baiser sur le front de sa fille, mais Claire le repousse.

Va dîner, sinon ça va être froid.

Quest-ce qui se passe, ma puce ?

Pour moi, rien. Et pour toi ?

Il hésite, la fixe longuement, puis file à la cuisine sans un mot.

Claire passe la soirée seule dans sa chambre. Elle élabore un plan pour « récupérer » son père. Cest avec cette idée quelle sendort et quelle se réveille au matin, entendant ses parents parler.

Paul, tu vas où comme ça ?

Au boulot, cest urgent.

On est samedi, tu pourrais passer la matinée avec nous, non ?

Je ne pars pas pour longtemps. Je serai là à midi et on fera quelque chose tous ensemble.

Claire sort de sa chambre en traînant les pieds, bâillant ostensiblement.

Où vas-tu, toi ? demande sa mère en la voyant filer.

Maman, jai des révisions à la bibliothèque, je vais être en retard

Je ne comprends pas, soupire sa mère. Toute la journée occupés

Mais Claire a déjà disparu à la salle de bains. Elle shabille rapidement. Son père, dans le couloir, lui propose :

Viens, je taccompagne jusquà la bibliothèque.

Bois au moins ton café ! lance sa mère depuis la cuisine. Je viens juste de le faire couler.

Allez, file boire ton café, je tattends, lui dit son père avec un petit sourire triste.

Claire avale sa tasse debout, fonce enfiler ses baskets et rejoint son père.

Ils marchent quelques minutes en silence. Paul entame la conversation.

Tu men veux pour quelque chose ?

Non, papa Cest sûrement le fameux âge ingrat, hésite Claire, puis se lance : Je taime, papa !

Moi aussi, ma chérie !

Plus que tout au monde ?

Son père marque un arrêt, la regarde, comme sil se méfiait de la question, puis tranche :

Plus que tout au monde.

Ils marchent encore, évitant soigneusement de croiser le regard lun de lautre.

Cest bon, papa, la bibliothèque est par là. On se revoit à midi pour passer le week-end ensemble, tu as promis !

Claire part dans une direction, puis se cache derrière un buisson pour épier son père. Lorsquelle est sûre quil ne se retourne pas, elle commence discrètement à le suivre.

Elle espère encore quil se rend bien à son bureau, mais il bifurque ailleurs. Après une longue marche, il sarrête devant un immeuble, sappuie contre un arbre et passe un coup de fil.

Cinq minutes plus tard, une femme sort. Claire, malgré elle, la dévisage.

Elle est belle, souffle-t-elle. Il préfère vraiment cette femme à maman et moi ?

La femme rejoint Paul, lembrasse, ils séloignent bras dessus, bras dessous, vers un square désert. Installés sur un banc, ils discutent longtemps, puis échangent un long baiser.

Claire les observe de loin, envahie de colère et de tristesse.

Ils finissent par revenir vers limmeuble de la femme. Un dernier baiser, une ultime caresse ; Paul prend le chemin de la maison, la femme disparaît dans limmeuble.

Claire, encore hésitante, prend une décision : elle doit parler à cette femme. Cest alors quelle la voit ressortir avec un grand sac poubelle, se dirigeant vers les conteneurs.

Claire sapproche et lui barre la route.

Bonjour.

Bonjour, vous désirez ? réplique la femme, surprise.

Écoutez-moi bien. Si jamais vous revoyez Paul, il va vous en cuire.

Pardon ? Cest qui, vous ?

Tu comprends pas ?

Quest-ce que tu veux à la fin ? interroge la femme, perdue.

Sors ton téléphone.

Tiens, dit-elle, interloquée.

Appelle-le, et tu vas lui dire de ne plus jamais venir ici. Je suis sa fille, et il aime vraiment ma mère !

La femme compose le numéro. Claire entend la voix de son père au bout du fil.

Marianne, que se passe-t-il ?

Paul, il vaut mieux quon arrête là.

Mais pourquoi ?

Ça ne marchera pas. Tu as une famille, et puis, je quitte Paris à la fin de lannée.

Marianne, si jamais

Claire sent une note de soulagement dans la voix de son père.

Cest terminé, Paul. Ne reviens plus, ne téléphone pas.

Daccord, Marianne. Adieu.

Quand Claire rentre à la maison, ses parents terminent le déjeuner en discutant calmement.

Pourquoi tes toute souriante ? bougonne sa mère en se levant de table. Tu veux manger ?

Oui, jai faim !

Tu rayonnes, Claire, remarque son père.

Dis, papa, tu maimes toujours ? lance Claire dans un éclat de voix.

Mais oui !

Et maman ?

Un silence puis, résolu, son père répond :

Jaime ta mère, cest la vérité. Je vous aime toutes les deux !

Je vous aime aussi, jure-t-il encore, rayonnant de sincérité.

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La Reine Suprême