La belle-mère attendait impatiemment que son beau-père rende son dernier souffle. Elle espérait hériter de son appartement parisien, mais le vieil homme avait un tout autre plan depuis longtemps.

Jai veillé sur le grand-père de mon mari pendant dix ans. Nous vivions alors, avec nos enfants, dans un petit appartement en location à la périphérie de Lyon. La sœur de mon mari, Églantine, occupait à cette époque lappartement du grand-père, bien installée à Paris. Personne ne semblait avoir besoin de ce pauvre vieux, ni sa fille, ni ses petits-enfants. Pour moi, la vie navait rien dun roman : je nai jamais terminé ma fac, tombée enceinte, et une carrière flamboyante eh bien, ça reste du domaine du rêve.

Les jours défilaient, tous semblables : un numéro déquilibriste entre changer les couches de Pépé René et courir derrière mes mômes.

Mon cher époux, Hervé, nappréciait guère la tension à la maison. Dès quil y avait un peu de chopine qui traînait, hop, il filait en goguette. Ce nétait pas la cour des miracles chez nous avec deux gamins et sans un sou de côté, aucune autre femme ne se battait pour lui. Donc, quand il avait fini ses bêtises, il revenait évidemment chez moi. Je lui pardonnais, pas par amour, non, ça sétait envolé depuis belle lurette, mais parce quil me donnait un peu dargent pour les enfants et pour René. Églantine, elle, ne passait que rarement, et ce nétait jamais sans raison : réclamer à René sa pension ou pleurnicher sur ses petites misères. Cependant, faut dire quils nétaient pas à plaindre, les siens. Sans loyer à payer, ils soffraient même des séjours à Marrakech ! Elle est pas belle, la vie ?

Il y a cinq ans, Pépé René a réglé la question de la succession :
« Tu comptes plus pour moi que toute la famille réunie. Mon petit-fils, cest une lavette, il donnera mon appart à sa mère ou à sa sœur. Mes arrière-petits-enfants pourront vivre ici, ça sera ta récompense. Comme ça, tu ne men voudras pas de tavoir bouffé ta jeunesse ! »

Bien sûr, personne nétait au courant de cette histoire de testament. Dès que la santé de René a commencé à décliner, et là, comme par miracle, la belle-famille a débarqué. Fille et petite-fille se sont mises à jouer les infirmières modèles. René nétait pas dupe, il a vite compris le cinéma.

À sa mort, chacun avait déjà son plan pour lappartement. Ma belle-mère et Églantine ont convaincu Hervé dabandonner la succession, vu quÉglantine occupait déjà les lieux. Personne ne savait alors pour le testament.

Le lendemain, Hervé a fait ses valises, ma balancé quil avait une nouvelle copine, et quil était resté là uniquement pour laïeul. Il a filé jai respiré comme jamais. Puis, quand la famille a appris pour le testament, ça a été la guerre totale, version commedia dellarte.

Écoute-moi bien, tu nauras jamais cet appartement ! Je sais pas comment tas magouillé René pour quil te le lègue, mais on va te traîner devant les tribunaux ! Tu es une vraie arnaqueuse, et tu finiras par tout perdre. Laisse Hervé tranquille avec ses enfants, maintenant quil sest trouvé une jolie copine.

Tu sais ce que jai compris ? Que je peux enfin me permettre de vous envoyer tous balader, et pour longtemps. Alors, fichez-moi la paix !

Leurs menaces me laissaient de marbre. Pour la première fois depuis des années, jétais sûre que la vie pouvait être douce. Jai trouvé un travail, mes enfants et moi avons notre chez-nous, et surtout, je nai plus rien à voir avec cette belle-famille de feuilleton.

Alors, à votre avis, quauriez-vous fait à la place de cette Française ?

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La belle-mère attendait impatiemment que son beau-père rende son dernier souffle. Elle espérait hériter de son appartement parisien, mais le vieil homme avait un tout autre plan depuis longtemps.
Destins Croisés : Deux vies à la française