Un éclair Un coup assourdissant Les ténèbres Les ténèbres
Enfin, les ténèbres commencèrent à séclaircir. Une voix résonna :
Véronique Dubois, cest le sauveteur, quelque chose a explosé là-bas.
À travers la douleur, il ressentit un contact de main sur sa nuque. Il essaya dentrouvrir les paupières. Ce fut difficile. Devant ses yeux, un pendentif rectangulaire gravé de signes du zodiaque Les yeux de la femme en blouse blanche
En salle dopération ! sécria une voix tout proche.
Les parents rentrèrent du travail. La mère se précipita aussitôt à la cuisine, jetant un coup dœil dans la chambre où le fils faisait ses devoirs. Pierre, en entrant dans la pièce, remarqua immédiatement que lhumeur de son fils nétait pas au beau fixe.
Antoine, quest-ce qui se passe ? le père lui tapota la tête.
Rien, marmonna le fils, élève de CM1.
Allez, raconte !
Bientôt le 8 mars. Linstitutrice nous a retenus aujourdhui et a dit que nous devions préparer des cadeaux pour les filles.
Et alors, quel est le problème ? sourit le père.
Nous sommes autant de garçons que de filles. Et elle a réparti qui offre à qui, le fils soupira lourdement. Je suis tombé sur la laide, Véronique Dubois.
Toutes les filles veulent un cadeau pour le 8 mars, même les moins jolies, le père essayait de parler à son fils comme à un adulte. Et comment a-t-elle réparti ? Par ordre alphabétique ?
Non, par signes du zodiaque ?
Comment ça ? Pierre ne put sempêcher de sourire à nouveau.
Par compatibilité. Véronique est Vierge, et le Taureau convient le mieux aux Vierges. Et moi, justement, je suis Taureau.
Cest bien si vous êtes compatibles ! Tu grandiras, peut-être que tu tomberas amoureux delle.
Le père ne put se retenir et éclata de rire. La mère entra aussitôt dans la chambre :
Quest-ce qui se passe ici ?
Marie, va à la cuisine, le visage du père devint sévère. Nous avons une conversation sérieuse avec notre fils.
Quand la mère sortit, Antoine demanda dune voix triste :
Papa, et quest-ce que je dois faire maintenant ?
Préparer un cadeau !
Quel cadeau ?
Demain au travail, je ferai un cadeau à ton élue.
Papa, quel cadeau peux-tu faire ? Tu travailles à lusine.
Oui ! Mais je travaille dans la galvanisation. Et nous produisons tous les types de revêtements pour les métaux.
Papa, je nai pas compris.
Demain tu verras !
***
Le lendemain, le père apporta un pendentif sur une chaîne en forme de rectangle qui semblait en or. Sur une face étaient gravés deux signes du zodiaque, le Taureau et la Vierge, et sur lautre, finement mais joliment écrit :
« À ma camarade de classe Véronique pour le 8 mars ! Antoine ».
Oh, comme ce pendentif était beau ! Et quand la mère lemballa dans un sachet en cellophane, il devint tout simplement magnifique.
***
Et voici le 7 mars. Linstitutrice navait pas lintention de donner cours. Dabord, les écoliers lui offrirent un cadeau. Elle les remercia longuement. Puis elle annonça que les garçons devaient offrir leurs cadeaux aux filles.
Ce fut le chaos ! Tous les garçons se précipitèrent vers leurs « élues ». Antoine sapprocha aussi de Véronique Dubois et prononça, comme son père le lui avait appris :
Véronique, je te souhaite une bonne fête du 8 mars ! Peut-être quun jour le destin unira le Taureau et la Vierge.
Après avoir dit la phrase apprise, Antoine retourna à sa place et, bien sûr, ne remarqua pas comment le cœur de cette fille laide, à son avis, se mit à battre.
Bientôt, les parents de Véronique déménagèrent dans un autre quartier, et Véronique, à partir de la cinquième, commença à étudier dans une autre école.
***
Antoine ouvrit les yeux. Le plafond blanc de la chambre dhôpital. Il essaya de bouger les bras et les jambes. Seule la main gauche bougeait.
Où suis-je ? demanda-t-il sans sadresser à personne en particulier.
On entendit un cliquetis et un patient sur béquilles sapprocha de son lit, le regarda attentivement et demanda :
Tu as repris connaissance ? Tu es au service de chirurgie durgence.
Jai les bras et les jambes intacts ? demanda Antoine dune voix basse.
Il semble que tout soit en place, annonça-t-il la bonne nouvelle avec joie. Tu es juste tout bandé de la tête aux pieds.
Cest bien si tout est intact.
Là, une infirmière sapprocha et demanda avec sollicitude :
Comment te sens-tu ?
Que mest-il arrivé ? répondit Antoine par une question.
Ta vie nest pas menacée. Tes bras et tes jambes fonctionneront. Mais il restera beaucoup de cicatrices, elle lui tendit un téléphone allumé. Ta mère a demandé à appeler quand tu te réveillerais.
Mon fils, résonna la voix de la mère à travers les larmes.
Maman, tout va bien, il essayait de parler le plus joyeusement possible. Ils ont dit que seules de petites cicatrices resteront. On va bientôt te sortir.
On ne ma pas permis de rester avec toi cette nuit. Mon fils, jarrive tout de suite.
Maman, ne tinquiète pas trop !
Il posa le téléphone à côté de lui, essaya de sourire à linfirmière :
Merci !
Eh bien, on ne va pas te sortir bientôt, sourit en retour linfirmière. Tu resteras allongé trois semaines. Cest certain !
Quest-ce qui test arrivé ? demanda le voisin de chambre quand linfirmière sortit.
Je suis sauveteur. À lusine, des bouteilles doxygène ont commencé à exploser, commença à se rappeler Antoine. On nous a appelés. Nous sommes arrivés avant les pompiers. La salle est immense, à lintérieur trois blessés. Nous sommes entrés, il y avait des bouteilles éparpillées, du feu par endroits. Nous avons commencé à sortir les blessés Je sortais le dernier Quand jétais déjà près de la porte, une autre bouteille a explosé Je ne me souviens plus.
Oui, tu as eu ta part.
Moreau Antoine, résonna la voix de linfirmière. Un collègue de travail est là pour toi.
Salut, Antoine ! Comment vas-tu ?
Bras et jambes intacts ! répondit optimistement le blessé. Mais je ne peux serrer la main que de la gauche pour linstant !
Allez, ne dis pas ça !
Quest-ce qui sest passé ensuite ?
Nous sortions déjà quand ça a explosé. Nous nous sommes précipités aussitôt en arrière, nous tavons tiré tu étais couvert de sang les médecins étaient déjà là
Merci !
Antoine, de quoi parles-tu ?! soudain un sourire apparut sur le visage de lami. On veut nous décerner des médailles, il paraît.
À ce moment-là, on maura sorti.
Bon, je men vais. Vous avez la visite maintenant. Linfirmière a dit pas longtemps.
Lami neut pas le temps de partir quun médecin entra, un homme dune quarantaine dannées :
Eh bien, comment ça va, héros ? sapprocha de son lit.
Normal.
Puisque tu parles déjà, ça veut dire que tu vivras. Allez, je vais texaminer !
Cest vous qui mavez recousu ? demanda Antoine.
Non, cest le Docteur Véronique Dubois. Elle viendra après-demain.
***
Deux jours passèrent. Antoine essayait déjà de se lever. Certes, la douleur dans les jambes était encore forte, le bras droit était déchiré. Et des blessures sur tout le corps, pas moins dune dizaine. Deux sur le visage, quand ça a explosé, il a heurté le portail, heureusement quil a réussi à tendre le bras droit en avant à temps. Il se regarda dans le miroir. Le visage était encore enflé.
Aujourdhui, la visite devait être faite par le médecin qui lavait recousu pendant cinq heures daffilée en salle dopération. Antoine était même un peu inquiet.
Et la voilà qui entra. Jeune, élancée, certes avec des lunettes, mais elles ne la gâchaient pas du tout, et la blouse blanche lui allait parfaitement. Antoine, à ses vingt-sept ans, était déjà marié. Mais au bout de six mois, ils se sont séparés leurs caractères ne saccordaient pas, comme il était écrit dans la demande, mais en réalité, son ex-femme naimait pas le salaire dun sauveteur.
Bonjour ! dit le médecin et se dirigea vers son lit.
Bonjour ! Cest vous qui mavez recousu ?
Moi, sourit-elle. Quelque chose ne va pas ?
Laissez-moi vous examiner !
Et elle se pencha sur lui Devant ses yeux, un pendentif avec des signes du zodiaque, se balançant à son cou :
Véronique Dubois !!! sexclama-t-il.
Elle regarda attentivement son visage enflé.
Excusez-moi ! dit-elle, sans le reconnaître.
Je suis Taureau, et il indiqua le pendentif.
Antoine Moreau ? ses lèvres tremblèrent. Tu te souviens encore de moi ?
Mais quest-ce que tu dis, Véronique ? voyant les larmes dans les yeux de la femme, il posa sa paume sur sa main.
Pardon ! elle sortit un mouchoir et sessuya les yeux. Je nai jamais pensé que nous nous rencontrerions ainsi.
Ce jour-là, Véronique ne revint plus dans sa chambre. Mais Antoine avait déjà compris que son emploi du temps, comme le sien : jour, nuit et deux jours de repos.
Il ne voulait pas du tout paraître impuissant devant elle. Toute la journée suivante, il essaya de marcher dans la chambre en sappuyant sur les lits, deux fois, en se tenant au mur, il sortit dans le couloir.
Le soir. Le médecin de jour était parti. La nouvelle équipe arriva on le sentait aux conversations dans le couloir. Bientôt la visite
Et soudain des cris, des pas précipités dans le couloir. Cest comme ça quand on amène un nouveau blessé.
Il était déjà dix heures. Linfirmière entra, éteignit la lumière dans la chambre. Mais il narrivait pas à dormir. Déjà après minuit, des pas se firent entendre dans le couloir, ils sarrêtèrent, et dans ce silence, Antoine sentit plutôt quil nentendit que quelquun pleurait dans le couloir. Il se leva et sortit prudemment dans le couloir.
Assise à la table de garde, la tête dans les mains, pleurait son ancienne camarade de classe. Il sapprocha et posa sa main valide sur son épaule :
Quest-ce qui se passe, Véronique ?
Elle se leva et se blottit contre son épaule :
Jai opéré une femme, elle a été renversée par une voiture, étouffée par les larmes, elle commença à raconter. Jai fait tout ce qui était possible et impossible Elle est maintenant en réanimation, mais elle ne va pas sen sortir. Elle a deux enfants son mari est avec elle dans la chambre
Calme-toi, Véronique !
Ça fait trois ans que je travaille comme chirurgienne et je narrive toujours pas à mhabituer à ce que des gens meurent.
Calme-toi, calme-toi ! Cest comme ça dans nos métiers à nous deux. En cinq ans, jai vu autant de morts, mais nous avons aussi sauvé beaucoup de vies, Antoine soupira lourdement. Cest pour ça que ma femme ma quitté. Elle dit que je rentre à la maison pas dans mon état normal et que je gagne peu dargent. Mais jai toujours quarante, on peut vivre.
Moi aussi, cest pareil, elle le regarda dans les yeux. Les garçons me regardent comme si jétais folle. Je ne me suis jamais mariée, je vis encore avec mes parents comme une gamine.
Allez, nous navons que vingt-sept ans toute la vie est devant nous.
Non, Antoine, nous avons déjà vingt-sept ans.
Docteur Véronique Dubois, son pouls disparaît, cria linfirmière en sortant.
Excuse-moi ! et Véronique se précipita vers la réanimation.
Antoine ne put pas dormir cette nuit-là. Le matin, linfirmière vint, comme dhabitude, lui fit une piqûre.
La femme quon a opérée cette nuit, elle est vivante ? demanda-t-il, même à sa propre surprise.
Elle est vivante, mais son état est extrêmement grave.
***
Trois semaines passèrent. Les blessures sur le corps dAntoine se cicatrisèrent. Avec Véronique, ils se voyaient lors de ses gardes, de plus, il était de plus en plus attiré vers elle. Mais le service de chirurgie durgence nétait pas lendroit pour parler de choses très personnelles.
Et voilà que lors dune des visites matinales, le médecin homme annonça :
Aujourdhui, je te sors, sourit et ajouta. De lhôpital, je veux dire. Tu iras directement à ta clinique, et là ils décideront combien de temps encore tu resteras en arrêt maladie.
Je peux me préparer !
Oui, oui ! Ne te presse pas trop. On va préparer ta sortie maintenant.
Quand le médecin sortit, Antoine se rasa. En se regardant dans le miroir, il nota avec satisfaction que les deux cicatrices restantes ne gâchaient pas le visage, elles ajoutaient plutôt de la virilité. Pour les autres cicatrices, il ne fallait pas y prêter attention.
Il se prépara, sortit dans le couloir. En face, une patiente marchait en se tenant au mur.
« Elle sen est tout de même sortie ! » une pensée joyeuse traversa son esprit.
Linfirmière sortit, lui donna la sortie :
Au revoir, Antoine ! Ne reviens plus nous voir !
***
Il avait son propre appartement dune pièce, mais il alla chez ses parents. Car sa mère lattendait tant et sinquiétait. Elle avait même pris des congés.
Mon fils ! elle se jeta dans ses bras.
Tout va bien, maman ! Comme tu vois, je suis vivant et en bonne santé.
Allons, je tai préparé à manger. Comme tu es devenu maigre.
Oh, comme la nourriture maison ma manqué !
Tant que tu ne seras pas rétabli et marié, tu vivras dans la maison familiale. Ta chambre est toujours vide, et elle cria comme à un enfant. Va te laver les mains !
***
Jusquau soir, Antoine alla chez le coiffeur. Il entra dans son appartement. Il prit quelques vêtements. Sa mère se mit aussitôt à les ranger.
Le soir, le père rentra du travail. Ils sassirent, comme autrefois, tous ensemble et parlèrent jusquà la nuit.
Il alla se coucher dans sa chambre, où sétaient passés son enfance et sa jeunesse, mais ne sendormit pas tout de suite :
« Demain, il faut aller à la clinique. Puis au travail. Et le soir »
Cest avec cette pensée du soir suivant quil sendormit bien après minuit.
***
Le lendemain, Antoine alla le matin à la clinique. Jusquà midi, il passa dun cabinet à lautre. Après le déjeuner, il alla à son travail, cétait justement son service.
Où vas-tu ? senquit le père.
Papa, tu te souviens il y a longtemps, quand jétais encore en CM1. Tu mas fait un pendentif pour un cadeau à ma camarade de classe ?
La vilaine Véronique Dubois ? Je men souviens.
Tu te souviens, tu as aussi dit : « Tu grandiras, peut-être que tu tomberas amoureux delle ».
Et je men souviens.
Papa, Véronique est maintenant chirurgienne. Cest elle qui ma opéré. Et elle porte toujours ce pendentif autour du cou.
Eh bien, ça alors !
Papa, tes paroles se sont réalisées. Jy vais !
***
Vingt-sept ans, ce nest pas si vieux pour commencer une vie avec la personne quon aime.Un éclair Un coup assourdissant Les ténèbres Les ténèbres
Enfin, les ténèbres commencèrent à séclaircir. Une voix résonna :
Véronique Dubois, cest le sauveteur, quelque chose a explosé là-bas.
À travers la douleur, il ressentit un contact de main sur sa nuque. Il essaya dentrouvrir les paupières. Ce fut difficile. Devant ses yeux, un pendentif rectangulaire gravé de signes du zodiaque Les yeux de la femme en blouse blanche
En salle dopération ! sécria une voix tout proche.
Les parents rentrèrent du travail. La mère se précipita aussitôt à la cuisine, jetant un coup dœil dans la chambre où le fils faisait ses devoirs. Pierre, en entrant dans la pièce, remarqua immédiatement que lhumeur de son fils nétait pas au beau fixe.
Antoine, quest-ce qui se passe ? le père lui tapota la tête.
Rien, marmonna le fils, élève de CM1.
Allez, raconte !
Bientôt le 8 mars. Linstitutrice nous a retenus aujourdhui et a dit que nous devions préparer des cadeaux pour les filles.
Et alors, quel est le problème ? sourit le père.
Nous sommes autant de garçons que de filles. Et elle a réparti qui offre à qui, le fils soupira lourdement. Je suis tombé sur la laide, Véronique Dubois.
Toutes les filles veulent un cadeau pour le 8 mars, même les moins jolies, le père essayait de parler à son fils comme à un adulte. Et comment a-t-elle réparti ? Par ordre alphabétique ?
Non, par signes du zodiaque ?
Comment ça ? Pierre ne put sempêcher de sourire à nouveau.
Par compatibilité. Véronique est Vierge, et le Taureau convient le mieux aux Vierges. Et moi, justement, je suis Taureau.
Cest bien si vous êtes compatibles ! Tu grandiras, peut-être que tu tomberas amoureux delle.
Le père ne put se retenir et éclata de rire. La mère entra aussitôt dans la chambre :
Quest-ce qui se passe ici ?
Marie, va à la cuisine, le visage du père devint sévère. Nous avons une conversation sérieuse avec notre fils.
Quand la mère sortit, Antoine demanda dune voix triste :
Papa, et quest-ce que je dois faire maintenant ?
Préparer un cadeau !
Quel cadeau ?
Demain au travail, je ferai un cadeau à ton élue.
Papa, quel cadeau peux-tu faire ? Tu travailles à lusine.
Oui ! Mais je travaille dans la galvanisation. Et nous produisons tous les types de revêtements pour les métaux.
Papa, je nai pas compris.
Demain tu verras !
***
Le lendemain, le père apporta un pendentif sur une chaîne en forme de rectangle qui semblait en or. Sur une face étaient gravés deux signes du zodiaque, le Taureau et la Vierge, et sur lautre, finement mais joliment écrit :
« À ma camarade de classe Véronique pour le 8 mars ! Antoine ».
Oh, comme ce pendentif était beau ! Et quand la mère lemballa dans un sachet en cellophane, il devint tout simplement magnifique.
***
Et voici le 7 mars. Linstitutrice navait pas lintention de donner cours. Dabord, les écoliers lui offrirent un cadeau. Elle les remercia longuement. Puis elle annonça que les garçons devaient offrir leurs cadeaux aux filles.
Ce fut le chaos ! Tous les garçons se précipitèrent vers leurs « élues ». Antoine sapprocha aussi de Véronique Dubois et prononça, comme son père le lui avait appris :
Véronique, je te souhaite une bonne fête du 8 mars ! Peut-être quun jour le destin unira le Taureau et la Vierge.
Après avoir dit la phrase apprise, Antoine retourna à sa place et, bien sûr, ne remarqua pas comment le cœur de cette fille laide, à son avis, se mit à battre.
Bientôt, les parents de Véronique déménagèrent dans un autre quartier, et Véronique, à partir de la cinquième, commença à étudier dans une autre école.
***
Antoine ouvrit les yeux. Le plafond blanc de la chambre dhôpital. Il essaya de bouger les bras et les jambes. Seule la main gauche bougeait.
Où suis-je ? demanda-t-il sans sadresser à personne en particulier.
On entendit un cliquetis et un patient sur béquilles sapprocha de son lit, le regarda attentivement et demanda :
Tu as repris connaissance ? Tu es au service de chirurgie durgence.
Jai les bras et les jambes intacts ? demanda Antoine dune voix basse.
Il semble que tout soit en place, annonça-t-il la bonne nouvelle avec joie. Tu es juste tout bandé de la tête aux pieds.
Cest bien si tout est intact.
Là, une infirmière sapprocha et demanda avec sollicitude :
Comment te sens-tu ?
Que mest-il arrivé ? répondit Antoine par une question.
Ta vie nest pas menacée. Tes bras et tes jambes fonctionneront. Mais il restera beaucoup de cicatrices, elle lui tendit un téléphone allumé. Ta mère a demandé à appeler quand tu te réveillerais.
Mon fils, résonna la voix de la mère à travers les larmes.
Maman, tout va bien, il essayait de parler le plus joyeusement possible. Ils ont dit que seules de petites cicatrices resteront. On va bientôt te sortir.
On ne ma pas permis de rester avec toi cette nuit. Mon fils, jarrive tout de suite.
Maman, ne tinquiète pas trop !
Il posa le téléphone à côté de lui, essaya de sourire à linfirmière :
Merci !
Eh bien, on ne va pas te sortir bientôt, sourit en retour linfirmière. Tu resteras allongé trois semaines. Cest certain !
Quest-ce qui test arrivé ? demanda le voisin de chambre quand linfirmière sortit.
Je suis sauveteur. À lusine, des bouteilles doxygène ont commencé à exploser, commença à se rappeler Antoine. On nous a appelés. Nous sommes arrivés avant les pompiers. La salle est immense, à lintérieur trois blessés. Nous sommes entrés, il y avait des bouteilles éparpillées, du feu par endroits. Nous avons commencé à sortir les blessés Je sortais le dernier Quand jétais déjà près de la porte, une autre bouteille a explosé Je ne me souviens plus.
Oui, tu as eu ta part.
Moreau Antoine, résonna la voix de linfirmière. Un collègue de travail est là pour toi.
Salut, Antoine ! Comment vas-tu ?
Bras et jambes intacts ! répondit optimistement le blessé. Mais je ne peux serrer la main que de la gauche pour linstant !
Allez, ne dis pas ça !
Quest-ce qui sest passé ensuite ?
Nous sortions déjà quand ça a explosé. Nous nous sommes précipités aussitôt en arrière, nous tavons tiré tu étais couvert de sang les médecins étaient déjà là
Merci !
Antoine, de quoi parles-tu ?! soudain un sourire apparut sur le visage de lami. On veut nous décerner des médailles, il paraît.
À ce moment-là, on maura sorti.
Bon, je men vais. Vous avez la visite maintenant. Linfirmière a dit pas longtemps.
Lami neut pas le temps de partir quun médecin entra, un homme dune quarantaine dannées :
Eh bien, comment ça va, héros ? sapprocha de son lit.
Normal.
Puisque tu parles déjà, ça veut dire que tu vivras. Allez, je vais texaminer !
Cest vous qui mavez recousu ? demanda Antoine.
Non, cest le Docteur Véronique Dubois. Elle viendra après-demain.
***
Deux jours passèrent. Antoine essayait déjà de se lever. Certes, la douleur dans les jambes était encore forte, le bras droit était déchiré. Et des blessures sur tout le corps, pas moins dune dizaine. Deux sur le visage, quand ça a explosé, il a heurté le portail, heureusement quil a réussi à tendre le bras droit en avant à temps. Il se regarda dans le miroir. Le visage était encore enflé.
Aujourdhui, la visite devait être faite par le médecin qui lavait recousu pendant cinq heures daffilée en salle dopération. Antoine était même un peu inquiet.
Et la voilà qui entra. Jeune, élancée, certes avec des lunettes, mais elles ne la gâchaient pas du tout, et la blouse blanche lui allait parfaitement. Antoine, à ses vingt-sept ans, était déjà marié. Mais au bout de six mois, ils se sont séparés leurs caractères ne saccordaient pas, comme il était écrit dans la demande, mais en réalité, son ex-femme naimait pas le salaire dun sauveteur.
Bonjour ! dit le médecin et se dirigea vers son lit.
Bonjour ! Cest vous qui mavez recousu ?
Moi, sourit-elle. Quelque chose ne va pas ?
Laissez-moi vous examiner !
Et elle se pencha sur lui Devant ses yeux, un pendentif avec des signes du zodiaque, se balançant à son cou :
Véronique Dubois !!! sexclama-t-il.
Elle regarda attentivement son visage enflé.
Excusez-moi ! dit-elle, sans le reconnaître.
Je suis Taureau, et il indiqua le pendentif.
Antoine Moreau ? ses lèvres tremblèrent. Tu te souviens encore de moi ?
Mais quest-ce que tu dis, Véronique ? voyant les larmes dans les yeux de la femme, il posa sa paume sur sa main.
Pardon ! elle sortit un mouchoir et sessuya les yeux. Je nai jamais pensé que nous nous rencontrerions ainsi.
Ce jour-là, Véronique ne revint plus dans sa chambre. Mais Antoine avait déjà compris que son emploi du temps, comme le sien : jour, nuit et deux jours de repos.
Il ne voulait pas du tout paraître impuissant devant elle. Toute la journée suivante, il essaya de marcher dans la chambre en sappuyant sur les lits, deux fois, en se tenant au mur, il sortit dans le couloir.
Le soir. Le médecin de jour était parti. La nouvelle équipe arriva on le sentait aux conversations dans le couloir. Bientôt la visite
Et soudain des cris, des pas précipités dans le couloir. Cest comme ça quand on amène un nouveau blessé.
Il était déjà dix heures. Linfirmière entra, éteignit la lumière dans la chambre. Mais il narrivait pas à dormir. Déjà après minuit, des pas se firent entendre dans le couloir, ils sarrêtèrent, et dans ce silence, Antoine sentit plutôt quil nentendit que quelquun pleurait dans le couloir. Il se leva et sortit prudemment dans le couloir.
Assise à la table de garde, la tête dans les mains, pleurait son ancienne camarade de classe. Il sapprocha et posa sa main valide sur son épaule :
Quest-ce qui se passe, Véronique ?
Elle se leva et se blottit contre son épaule :
Jai opéré une femme, elle a été renversée par une voiture, étouffée par les larmes, elle commença à raconter. Jai fait tout ce qui était possible et impossible Elle est maintenant en réanimation, mais elle ne va pas sen sortir. Elle a deux enfants son mari est avec elle dans la chambre
Calme-toi, Véronique !
Ça fait trois ans que je travaille comme chirurgienne et je narrive toujours pas à mhabituer à ce que des gens meurent.
Calme-toi, calme-toi ! Cest comme ça dans nos métiers à nous deux. En cinq ans, jai vu autant de morts, mais nous avons aussi sauvé beaucoup de vies, Antoine soupira lourdement. Cest pour ça que ma femme ma quitté. Elle dit que je rentre à la maison pas dans mon état normal et que je gagne peu dargent. Mais jai toujours quarante, on peut vivre.
Moi aussi, cest pareil, elle le regarda dans les yeux. Les garçons me regardent comme si jétais folle. Je ne me suis jamais mariée, je vis encore avec mes parents comme une gamine.
Allez, nous navons que vingt-sept ans toute la vie est devant nous.
Non, Antoine, nous avons déjà vingt-sept ans.
Docteur Véronique Dubois, son pouls disparaît, cria linfirmière en sortant.
Excuse-moi ! et Véronique se précipita vers la réanimation.
Antoine ne put pas dormir cette nuit-là. Le matin, linfirmière vint, comme dhabitude, lui fit une piqûre.
La femme quon a opérée cette nuit, elle est vivante ? demanda-t-il, même à sa propre surprise.
Elle est vivante, mais son état est extrêmement grave.
***
Trois semaines passèrent. Les blessures sur le corps dAntoine se cicatrisèrent. Avec Véronique, ils se voyaient lors de ses gardes, de plus, il était de plus en plus attiré vers elle. Mais le service de chirurgie durgence nétait pas lendroit pour parler de choses très personnelles.
Et voilà que lors dune des visites matinales, le médecin homme annonça :
Aujourdhui, je te sors, sourit et ajouta. De lhôpital, je veux dire. Tu iras directement à ta clinique, et là ils décideront combien de temps encore tu resteras en arrêt maladie.
Je peux me préparer !
Oui, oui ! Ne te presse pas trop. On va préparer ta sortie maintenant.
Quand le médecin sortit, Antoine se rasa. En se regardant dans le miroir, il nota avec satisfaction que les deux cicatrices restantes ne gâchaient pas le visage, elles ajoutaient plutôt de la virilité. Pour les autres cicatrices, il ne fallait pas y prêter attention.
Il se prépara, sortit dans le couloir. En face, une patiente marchait en se tenant au mur.
« Elle sen est tout de même sortie ! » une pensée joyeuse traversa son esprit.
Linfirmière sortit, lui donna la sortie :
Au revoir, Antoine ! Ne reviens plus nous voir !
***
Il avait son propre appartement dune pièce, mais il alla chez ses parents. Car sa mère lattendait tant et sinquiétait. Elle avait même pris des congés.
Mon fils ! elle se jeta dans ses bras.
Tout va bien, maman ! Comme tu vois, je suis vivant et en bonne santé.
Allons, je tai préparé à manger. Comme tu es devenu maigre.
Oh, comme la nourriture maison ma manqué !
Tant que tu ne seras pas rétabli et marié, tu vivras dans la maison familiale. Ta chambre est toujours vide, et elle cria comme à un enfant. Va te laver les mains !
***
Jusquau soir, Antoine alla chez le coiffeur. Il entra dans son appartement. Il prit quelques vêtements. Sa mère se mit aussitôt à les ranger.
Le soir, le père rentra du travail. Ils sassirent, comme autrefois, tous ensemble et parlèrent jusquà la nuit.
Il alla se coucher dans sa chambre, où sétaient passés son enfance et sa jeunesse, mais ne sendormit pas tout de suite :
« Demain, il faut aller à la clinique. Puis au travail. Et le soir »
Cest avec cette pensée du soir suivant quil sendormit bien après minuit.
***
Le lendemain, Antoine alla le matin à la clinique. Jusquà midi, il passa dun cabinet à lautre. Après le déjeuner, il alla à son travail, cétait justement son service.
Où vas-tu ? senquit le père.
Papa, tu te souviens il y a longtemps, quand jétais encore en CM1. Tu mas fait un pendentif pour un cadeau à ma camarade de classe ?
La vilaine Véronique Dubois ? Je men souviens.
Tu te souviens, tu as aussi dit : « Tu grandiras, peut-être que tu tomberas amoureux delle ».
Et je men souviens.
Papa, Véronique est maintenant chirurgienne. Cest elle qui ma opéré. Et elle porte toujours ce pendentif autour du cou.
Eh bien, ça alors !
Papa, tes paroles se sont réalisées. Jy vais !
***
Vingt-sept ans, ce nest pas si vieux pour commencer une vie avec la personne quon aime.







