Robert et Éloïse sont amis depuis la maternelle. Ils habitent côte à côte dans une jolie rue de Lyon, alors leurs parents ont eu la brillante idée de les inscrire à la même école primaire, dans la même classe, histoire de se simplifier la vie le matin. Ils ont même demandé à la maîtresse de les placer à la même table : avec tous ces garçons un peu trop énergiques, Robert pourrait veiller sur Éloïse en cas de grabuge. Les enfants étaient ravis daller à lécole, et tout roulait comme sur des roulettes la scolarité leur semblait du gâteau.
Mais voilà quen CE2, la maman dÉloïse remarque que sa fille nest plus la petite chipie joyeuse quelle connaît. Elle est nerveuse, a peur de tout et commence à faire la grimace dès quil sagit daller à lécole. Un matin, surprise : Éloïse supplie sa mère de la changer détablissement ! Sa maman tombe des nues et, piquée de curiosité, téléphone aussitôt à la mère de Robert. Là aussi, lambiance est à la soupe à la grimace.
Robert, à son tour, réclame un transfert dans une autre école. Ce jour-là, en rentrant des cours, sa mère se rend compte quil a des bleus sur les bras. Elles décident alors denquêter et de se rendre à lécole ensemble pour tirer cette histoire au clair.
La maîtresse, décorée dun calme olympien, tente de les rassurer : à lécole, tout est sous contrôle, peut-être que les enfants sont chahutés dehors, qui sait À cet instant précis, une horde de gamins déboule dans la classe en braillant comme dans un stade, tirant sur les vêtements de Robert dun côté et sur ceux dÉloïse de lautre.
Les deux mamans foncent secourir leur progéniture en pleine mêlée générale, mais personne ne prête attention à leurs protestations. Même la maîtresse se fait bousculer en cherchant à ramener le silence. Une fille file prévenir la directrice. Cest seulement là que la tempête se calme, comme par magie.
Les mamans de Robert et Éloïse ne comptent pas en rester là. Elles menacent de convoquer les parents des petits caïds ou daller déposer une main courante à la gendarmerie pour coups et blessures. La directrice leur promet de réunir tous les parents le lendemain, pour discuter de la situation, et quelle y sera en personne.
En raccompagnant les mamans, la directrice laisse échapper un soupir philosophe : « Ce sont les enfants des familles aisées du quartier Impossible à gérer. En classe, ils coupent la parole, harcèlent les autres. Les convocations des parents nont rien donné, on dirait quils sont tout aussi malpolis que leurs bambins. »
Le lendemain, à lheure dite, nos mamans sont au rendez-vous. Les parents des terreurs sont déjà là. Comme prévenu, ils se mettent à crier, défendent bec et ongles leurs anges, et refusent net découter la maîtresse la politesse, manifestement, nest pas leur point fort. Il ny a que la directrice qui arrive à imposer un semblant dordre, mais cela ne dure pas longtemps.
Aucune décision nest prise : les parents des petits rois du bitume quittent la salle en balayant les inquiétudes dun revers de la main, estimant quil ne faut pas sattarder sur des « bêtises » denfants. La directrice, refroidie par la situation, se frotte les mains et marmonne : « Que voulez-vous Ces parents-là ont largement financé la rénovation de la cour. On ne peut pas vraiment leur demander daller voir ailleurs. »
De retour à la maison, Robert et Éloïse racontent que ces garçons samusent à humilier toute la classe gare à celui qui se retrouve seul dans le couloir, il finit souvent dans le casier à balais après une tournée de baffes. Robert et Éloïse se sont retrouvés dans le collimateur juste parce quils marchaient ensemble, rien de plus. Le lendemain, les deux mamans nattendent pas leur reste et changent leurs enfants décole.
Peu après, la directrice décide de rendre son tablier : travailler avec des enfants ingérables et des parents qui font la pluie et le beau temps, très peu pour elle. On lui souhaite bon courage et pourquoi pas, une reconversion dans la restauration, au moins là-bas les clients sont parfois polis !







