Prêt à pardonner et à accueillir à nouveau – il ou elle ne le fera pas!

Salut, cest moi, alors écoute ce que jai à raconter. Tu te souviens de ce quon dit, « si lesprit est sobre, le corps » ? Élodie, qui a grandi dans un quartier populaire de la banlieue parisienne et qui vit maintenant dans une petite maison où le vin coule à flots, aurait complètement retourné le proverbe : « ce que lesprit sobre pense, le buveur le met en pratique. » Parce que quand on a un verre de pastis ou un verre de rouge, on ne dit pas seulement ce quon pense, on agit parfois carrément différemment.

Son père, Pierre, na jamais caché quoi que ce soit à la famille, jamais crié, jamais fâché. Il buvait calmement, toujours un petit verre de Bordeaux, mais même en état débriété il gardait une certaine dignité. Quand il décida de refaire le plein pour le weekend, il prit la voiture, sarrêta à la maison de campagne avec son sac de bouteilles, et passa la semaine en mode « sest réveillé, a picolé, sest rendormi ». À son retour, tout semblait revenu à la normale, comme si de rien nétait.

À côté, la voisine Lise avait un mari qui courait partout comme un fou, même à la sortie du petitdéjeuner. Un jour, Lise, avec ses deux gamins, sest réfugiée chez Élodie, se plaignant que son mari, contrairement à celui dÉlodie, est bruyant et incontrôlable. En fait, avant Pierre, leur mère Claire avait eu un autre petit ami, mais elle lavait largué parce quil se comportait nimporte comment quand il était bourré.

Élodie a toujours entendu sa mère dire : « si le mec se saoule, cest pas une excuse, tout le monde se saoule ou se perd dans dautres dépendances. » Aujourdhui, on mange le stress avec un verre, mais si sous lemprise de lalcool il commence à faire nimporte quoi, il faut le quitter sans laisser de seconde chance. Cest ce quÉlodie a toujours fait, et ça a créé autour delle une aura de femme qui ne tolère pas livresse à la pelle.

Même si Élodie accepte de temps en temps un bon verre de vin à une occasion spéciale, les potins lévitent comme la peste. « On ne boit pas à côté delle, cest tout. » Cest sûrement pour ça que son troisième mec, après sêtre séparé des deux premiers à cause de leurs conneries en état débriété, a juré dêtre zéro alcool. Ça a été un vrai soulagement, parce quÉlodie, depuis lenfance, a vu plein de niveaux de beuverie et sait ce qui vaut la peine.

Mais bon, chaque homme a ses petites folies. On ne saura quen vivant ensemble si ça marche, et si ça ne plaît pas, on sen va. Aucun de nous nest obligé de se lancer dans le mariage à la légère.

Élodie a fini par rencontrer Nicolas. Tout a commencé après la soirée de remise de diplômes. Elle terminait sa dernière année, Nicolas, diplômé lan dernier, était ami avec plusieurs camarades de promo, alors il sest joint à la petite bande. Où il y a des étudiants, il y a du vin, des amusebouches, et les idées qui fusent, comme « jouons à un jeu de vérité ».

Un de ses potes la poussée à chanter au karaoké. Il a argumenté : « On ta toujours vue refuser dy aller, même quand on te propose un bar sympa, alors montrenous ce que tu as dans le ventre. » Élodie, un peu agacée, a pensé « Je minquiète pour vous, mais bon, cest Halloween, pas vrai ? » Mais elle a fini par prendre le micro et a chanté un couplet avant que le même gars ne lui arrache le micro. « On la demandé, on la eu, » a-til rigolé.

Le reste de la soirée était un vrai carnaval : des devoirs à tricher, des amis qui dansaient en mode « on se la coule douce », le moment où tout a dérapé, Élodie sen souvient à peine. Le perdant de la soirée a été Lucas, toujours sobre, qui sest vu imposer par Marina, lamie amoureuse de Lucas, dembrasser Maëlle. Lucas, les yeux grands ouverts, a souri, sest approché, et a embrassé Maëlle pendant un bon moment. Élodie a eu le cœur qui bat à tout rompre, puis, comme un verre de soda sucré qui explose, elle a lâché un juron, sest élancée hors de la pièce, a couru dans la rue, respirant lair froid qui lui faisait presque pleurer.

Au même instant, Lucas a crié son nom, juste avant quun taxi ne freine brusquement près delle. Elle sest assise sur le siège arrière, a donné ladresse de ses parents, et a attrapé sa sacoche, son téléphone, ses cartes Tout ce quelle ne voulait plus voir.

Sa mère, en voyant son visage, a deviné que quelque chose nallait pas. Sans poser de questions, elle lui a versé une tasse de thé chaud et sest assise à côté delle, lui disant que tout sarrangerait, que la farine du malheur finirait par être tamisée. Élodie a soupiré : « Maman, je rentre chez moi, je récupère mes affaires chez lui demain et jemménage. » Sa mère a répondu : « Pourquoi demander la permission ? Ta maison, cest toujours là, personne ne ta chassée, tu peux revenir quand tu veux, la chambre est libre, le mobilier attend. »

Peutêtre que si sa mère lavait poussée à sortir de la maison en lui criant « Va vivre ta vie dadulte, ne reviens plus », elle aurait fini par revenir chez Nicolas et essayer doublier tout ça. Mais maintenant, avec le soutien silencieux de ses parents, elle se sentait forte et ne voulait plus tolérer ce comportement.

Nicolas, en ouvrant la porte, a lancé : « Alors, où étaistu toute la nuit ? » Elle a rétorqué : « Ça ne te regarde plus, » avant de filer dans la chambre, denfourner ses vêtements dans une grosse valise à carreaux. Deux valises suffiront, elle a pensé, puis un taxi, et oublier ces « relations » comme un mauvais rêve.

« Tu veux me quitter comme ça, sans un mot ? » a rétorqué Nicolas. « Tu embrasses ma camarade de promo sous mes yeux, et tu tattends à quoi, un pardon? » Elle a répliqué : « Cest juste un baiser, un devoir qui ma été donné, qui est responsable? » Il a répondu : « Si on mavait demandé de masseoir sur les genoux de quelquun ou de danser en sous-vêtements, ce serait correct? » Elle a haussé les épaules : « Tu compares des choses qui nont aucun rapport. Jai simplement fait ce quon ma demandé. »

« Arrête de réagir à lexcès, » a protesté Nicolas. « Tu inventes des histoires, et maintenant tu veux tout détruire. » Elle a rétorqué : « Tu crois que je vais courir après toi? Jai déjà assez de gars comme toi à la pelle. » « Achètetoi ton petit bout de beurre et laissemoi tranquille. » « Qui a besoin de toi de toute façon ? »

En fait, elle en avait bien besoin. Six mois plus tard, elle a trouvé un nouveau compagnon, vraiment correct, même sil a eu un petit raté la quatrième fois. Quant à Lucas, il la croise encore dans la rue et essaie de la convaincre quelle a tout inventé, quelle a détruit la relation pour rien et quelle va souffrir, mais il reste un gentil gars, toujours prêt à pardonner.

Bref, cest tout. Jespère que tu as bien suivi, et que ça te fait sourire. À bientôt.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

three × four =

Prêt à pardonner et à accueillir à nouveau – il ou elle ne le fera pas!
Le destin d’une naissance Nathalie était furieuse. Cela faisait bien longtemps qu’elle ne s’était pas mise dans un tel état. Tout était clair désormais : elle était enceinte. Hélas, ce n’était vraiment pas le bon moment. On était en 1993, une époque troublée où ceux qui avaient du travail étaient considérés comme des chanceux. Nathalie venait tout juste de décrocher un CDI, avec un salaire plus que correct pour l’époque. À peine sa vie avait-elle commencé à s’améliorer… que voilà ce coup du sort. Qui voudrait encore d’elle après un nouveau congé maternité ? Ils avaient déjà un garçon, Vlad, entré en CP cette année. Avec son mari Nicolas, ils avaient jadis parlé d’un deuxième enfant, du temps où la France connaissait un semblant de stabilité, mais cela n’était pas arrivé, et à présent, ce n’était plus d’actualité. Le dîner s’éternisa dans une ambiance lourde et difficile. Finalement, Nathalie et Nicolas décidèrent ensemble de recourir à une IVG. Le couple habitait un grand village, la maison de santé était à quelques minutes à peine. À l’époque, il n’y avait pas de « période de réflexion », personne n’encourageait les femmes enceintes à reconsidérer leur décision, et Nathalie put prendre rendez-vous aisément. On lui demanda simplement si elle comptait poursuivre sa grossesse ou non. L’« exécution » devait être pratiquée par la seule gynécologue du village, réputée pour son expérience. Par une chaude matinée d’été, Nathalie quitta la maison direction l’hôpital, un peu plus loin que la maison de santé. Il faisait déjà près de 30 degrés, l’air était brûlant, la marche de vingt minutes sembla interminable. Les jambes de Nathalie devinrent de plus en plus lourdes, sa tête se mit à tourner, la fatigue l’envahit. Comprenant qu’elle n’irait pas jusqu’au bout, elle rentra chez elle. Elle dormit tout le reste de la journée. Le lendemain matin, arrivée enfin à l’hôpital, elle apprit que la gynécologue était souffrante – absente pour au moins deux semaines. *** – Deux semaines, maman, vous réalisez ?! criait Nathalie au téléphone, c’est une catastrophe pour moi ! Le petit va déjà commencer à bouger dans mon ventre ! Sa belle-mère, patiente, soupira : – Ma grande, ce n’est peut-être pas le destin ? – Le destin, maman ? Comment veux-tu qu’on s’en sorte, Nicolas et moi ? Qui voudra de moi après un nouveau congé mat ? – On vous aidera, ton beau-père et moi… On pourra garder le bébé… – Non, maman ! trancha Nathalie. La belle-mère, femme de foi, n’aimait guère l’idée de sa belle-fille, mais n’osa discuter. Après tout, ce n’était pas sa vie. *** Nathalie chercha désespérément une autre solution. À l’hôpital départemental, l’attente pour une hospitalisation dépassait trois semaines. *** – Nathalie, j’ai une amie au centre-ville qui peut t’aider ! gazouilla Olga, sa vieille copine, – Combien ? demanda Nathalie sans préambule. – Ce sera raisonnable, j’ai négocié. Mais il faut que tu viennes demain avant 10h. C’est le Dr Élise Grimaud, retiens bien le nom ! Le lendemain matin, dans le car, Nathalie se sentait presque en forme malgré les nausées. Son envie de se débarrasser de ce « problème » était devenue obsessionnelle. Arrivée en ville, sous une pluie désagréable, elle se pressa jusqu’à l’hôpital quasi désert. Les lieux ressemblaient à un vieux film d’horreur : peintures écaillées, silence assourdissant. Dans le bureau d’accueil, elle frappa à la porte : — Bonjour, je cherche le Dr Élise Grimaud ? — Y a pas de Grimaud ici ! répondit la secrétaire d’une voix grinçante, sans même lever les yeux. — Comment ça, y en a pas ? interrogea Nathalie, surprise. — J’vous dis qu’y en a pas ! La femme leva alors la tête et Nathalie faillit crier : ses yeux semblaient de verre ; son sourire laissa entrevoir des dents noires et pointues. Terrifiée, Nathalie s’enfuit en courant, oubliant jusqu’à la raison de sa venue. *** — Mais où étais-tu ? s’emporta Olga au téléphone, le docteur t’a attendue toute la matinée ! — Je… je préfère attendre notre docteure Anne Petit, balbutia Nathalie avant de raccrocher. La pluie martelait les vitres. Nathalie se demanda pourquoi, malgré ses efforts, une force invisible semblait toujours l’empêcher d’atteindre son but. Elle observa la cour vide, puis aperçut une femme et deux enfants : le grand frère poussait la poussette de sa petite sœur, tous riaient sous la pluie, la maman tentant de les abriter. Un pincement au cœur. Et si, dans quelques années, ils promenaient leur deuxième enfant ainsi, malgré l’averse… *** — C’est trop tard, ma belle, les délais sont dépassés, sourit Anne Petit en fixant Nathalie de ses grands yeux brun-cerf. — Et ce serait une raison pour faire la fête ? plaisanta Nathalie, soulagée, au fond. — En tout cas, ce n’est pas une raison de s’en arracher les cheveux, répondit Anne. Apaisée, Nathalie annonça à son mari qu’ils auraient cet enfant. Cette nuit-là, elle rêva : dans un parc baigné de soleil, parmi mille fleurs, une grande adolescente blonde lui souriait — fossettes aux joues, multitude de taches de rousseur, yeux verts en amande comme ceux de Nicolas. Elle voulut la serrer dans ses bras, mais la jeune fille lui fit un signe de la main : — Appelle-moi Lila ! Et s’éloigna en riant. *** Seize ans passèrent. Nathalie, observant sa fille Lila, grande, blonde, avec ses petites fossettes et ses taches de rousseur, repensa souvent à tous ces obstacles. Elle raconta finalement la vérité à sa fille, redoutant sa réaction. Mais Lila sourit, et l’enlaça. Depuis, Nathalie était persuadée qu’on se trompe en disant « ce ne sont pas les enfants qui choisissent leurs parents » : eux aussi, cherchent ceux qu’ils aiment… et parfois leur envoient des signes bien avant leur naissance.