« Ma sœur est complètement absorbée par sa carrière, elle ne pense quà son travail », confie Élodie en essuyant une larme. « Elle a quarante ans, célibataire, sans enfant. Elle sest déjà acheté un bel appartement à Lyon et une Peugeot qui brille sur le parking. On échange à peine quelques mots, ni avec moi, ni avec nos parents, mais elle attend toujours quelque chose de leur part. »
Depuis leur enfance, Élodie et sa sœur aînée, Amélie, ont toujours eu une relation froide, figée par leur différence de caractère et dapparence. Élodie est calme, acceuillante, mariée tôt, mère de trois enfants, et tout entière dédiée au foyer. Amélie, elle, est une femme déterminée, ambitieuse, qui na jamais cessé de grimper les échelons. Elle voyage souvent pour le travail, ce qui rend ses visites rares, même pendant Noël dans la maison familiale. Élodie reste très proche de ses parents, qui laident à garder les enfants, les accompagnent aux fêtes scolaires et célèbrent les anniversaires ensemble dans leur grand appartement lumineux de trois chambres.
Aujourdhui, la famille dÉlodie vit à Paris dans un petit studio étriqué. Voyant leur fille et ses enfants confinés, les parents dÉlodie se sont longtemps interrogés sur la meilleure façon daider. Finalement, ils ont décidé de leur proposer un échange dappartements. Leur studio ne suffit plus à la vie dÉlodie, et ils nont pas les moyens dacheter plus grand ou dobtenir un crédit à eux seuls, dautant que seul le mari dÉlodie travaille. Leur geste visait à soutenir Élodie en cédant lappartement immédiatement et en transférant la propriété.
Mais ils ne sattendaient pas à lexplosion dAmélie. Cette dernière, indignée, sest écriée : « Donc tout revient à Élodie, et moi, je compte pour quoi ? Vous avez oublié que je suis aussi votre fille ? » La mère a tenté de calmer la tension : « Ma chérie, comprends notre position. Tu as tout construit de tes propres mains, et si tu veux quelque chose de plus grand, nous sommes certains que tu y arriveras. Mais Élodie a une famille, des enfants, et nulle part où sétendre. Sa situation est plus urgente. » Amélie, malgré les explications, sest sentie rejetée, lamertume couvant dans sa voix.
Dans une ambiance lourde, Élodie a lancé : « Elle réagit comme une enfant qui na pas reçu ses macarons. Maman a raison, nous avons besoin de cet appartement. Elle possède déjà tout. Elle veut soffrir un séjour à Biarritz ? Après tout, cest elle qui séloigne, en ne répondant pas au téléphone pendant des semaines. Elle ne pense quà elle. »
Alors, la question demeure, avec un silence presque tragique : Amélie est-elle centrée sur elle-même, au point doublier les besoins de sa sœur, ou bien sa indépendance et ses droits de fille méritent-ils que lon considère sa part dans lappartement familial ?







