Le jour où j’ai réalisé que j’avais vécu pendant onze ans avec un monstre : Comment une vie de famil…

Le jour où jai compris que je partageais ma vie avec un monstre

Depuis onze années onze années flottant dans un brouillard de souvenirs jai cru que javais une famille à Paris. Une épouse, deux enfants, un appartement aux murs saturés dombres silencieuses, une existence qui, vue de la rue ou dun café voisin, semblait parfaitement normale. Nous dînions ensemble, accomplissions les corvées de la semaine, traversions la ville pour les récitals de piano et les matchs de foot des enfants. Une mécanique impeccable. Un théâtre.

Pourtant, un trouble stupéfait glissait sous la surface.

Un soir entre deux autres, mon épouse et moi avions cessé dêtre ce quon appelle un couple. Ni partenaires, ni amants. Même pas ennemis. Deux silhouettes étranges cohabitant boulevard Saint-Germain, liées seulement par les horaires scolaires et les factures EDF. Les disputes sétaient tuées delles-mêmes, remplacées par un échange las liste de courses, relevé bancaire, dentiste à 16h.

Je métais fondu là-dedans, bercé par cette torpeur familière et commode.

Jusquà ce que je la rencontre, elle.

Elle, cétait une apparition rue de Rivoli. Mécanique du cœur à rebours : chaleur, éclats, une énergie animale. Un regard qui ma avalé comme si je nétais quun dieu improbable, unique au monde pour elle. Jai prétendu que cétait un caprice, une folie sorbet-citron, rien de plus.

Mais la braise a couvé, toujours.

Très vite, elle devint mon asile secret. Je volais des minutes hors du monde, nous étions les bandits du temps. Et bientôt, jai ressenti à nouveau ce que signifie être vivant comme dans ces rêves où lon vole au-dessus de la Seine, coeur léger, impossible de tomber.

Mais les secrets ont des jambes longues. Un soir, lorsque la réalité sest effritée, elle ma regardé, nue et sérieuse :

Je ne veux pas vivre dans lombre. Soit tu viens avec moi pour de bon, soit moi, je marrête là.

Son ultimatum dansait dans mon crâne, une musique que je ne pouvais faire taire. Je sentais que la fin approchait, quil me faudrait plonger.

Le dialogue qui ma pulvérisé

Ce soir-là, quand les enfants se sont endormis, jai traversé la cuisine, le carrelage froid sous mes pieds nus, et me suis assis à la grande table couverte de miettes de baguette. Mon épouse était là, téléphone à la main, perdue dans lécran.

Jai toussé doucement.

Il faut quon parle.

Elle a soupiré, levant sur moi des yeux gris, blasés.

Je ne supporte plus ça, jai dit. Je ne taime plus. Ça fait des années. Jai besoin dune autre vie. Mais je resterai toujours là pour les enfants.

Jattendais les éclats de voix, des gerbes de colère, des sanglots.

Mais ce quelle fit fut bien pire.

Elle se leva sans un mot, traversa le couloir. Jentendis la serrure du placard. Elle en revint avec deux valises énormes, les fit basculer devant moi.

Prends-les, dit-elle, sa voix un glacis sans âme.

Jai cligné des yeux, hébété.

Ce nest pas de tant daffaires dont jai besoin. Un sac à dos me suffira.

Alors elle ma souri, mais dun sourire étrange, mathématique, dun contentement glacé, inexprimable.

Tu as promis que tu toccuperais des enfants, non ? souffla-t-elle. Je vais leur préparer leurs valises aussi. Vous formerez une belle famille.

Mon souffle sest dissous. Flottant.

Quest-ce que tu dis ?

Elle sest adossée au chambranle de la porte, les bras croisés, me scrutant avec la patience dun matou guettant une souris.

Je suis fatiguée de cette vie. Jai été lépouse modèle. Jai tout donné. Cest mon tour maintenant. Je vais refaire ma vie, ailleurs, sans les enfants cest bien plus facile.

Jétais gelé, statufié dans ma propre cuisine, le frigo ronflant dans la nuit.

Tu plaisantes ai-je murmuré.

Elle a éclaté dun rire sec, coupant.

Tu as cru que je ne voyais rien ? Que je nai pas remarqué tes retards à répétition, tes yeux fuyants ? Jai tout vu, toujours. Je nattendais que le bon moment.

Elle pianota un SMS rapide, un nouveau sourire fleurit. Mais pas pour moi.

Cest en cet instant que la brume sest levée : je croyais être le joueur, mais elle, elle avait déjà bougé la dame, menfermant. Je croyais rêver, mais je navais plus de réveil possible.

Pris au piège dun rêve fiévreux

Alors jerre dans cet appartement, vidé de couleurs familières.

Une femme me force à choisir. Une autre a déjà tranché pour moi.

Dois-je prendre mes enfants, toquer à la porte de mon amante, espérant quelle ne claque pas la porte ? Ou rester ici, dans une maison devenue étrangère, face à la femme qui ma montré la nuit de son âme ?

Aucune réponse ne me vient. Peut-être quil nen existe pas.

Mais je sais ceci : onze ans durant, jai vu mon épouse comme une compagne ordinaire. Ce soir, dans cette cuisine devenue tanière de loups, jai compris Jai dormi tout ce temps à côté dun monstre.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

sixteen + 10 =

Le jour où j’ai réalisé que j’avais vécu pendant onze ans avec un monstre : Comment une vie de famil…
Mon mari ne m’a pas ramenée de la maternité et est parti en vacances avec une autre femme.