Diane se lève tôt comme chaque matin, car elle ne manque jamais son jogging, même quand il pleut à Paris. Ce jour‑là, elle se sent soudainement lourde et fatiguée.
« Je vais peut‑être sauter une séance », pense‑telle en jetant un œil à son mari, Antoine, qui dort encore.
Mais elle se donne du fil à retordre, sort du lit et s’étire. « Une fois que je me relaxe, la paresse me rattrapera », se dit‑elle en se dirigeant vers le parc.
Son état la dérange; ce n’est pas la première fois qu’elle flâne et s’irrite pour des broutilles. « Ai‑je vraiment commencé à vieillir ? », se demande‑telle, horrifiée à l’idée d’avoir quarante‑six ans. « C’est sûrement la fatigue… »
En courant, elle repense à la soirée d’hier : elle a grimpé sur la balance, a vu trois kilos de trop et Antoine, d’un ton moqueur, a lancé :
« Descends, sinon tu te brises ! »
« Je n’ai que trois kilos en trop, » réplique‑t-elle irritée, « et toi, regarde ton ventre ! »
Diane a fini par se résigner aux remarques constantes d’Antoine, qui trouve toujours quelque chose à redire. Mais ces trois kilos la tracassent ; elle veille toujours à son poids, pratique le sport depuis toujours, s’est remise rapidement après chaque grossesse. Leur fils Arsène a maintenant vingt‑et‑un ans, et elle garde la silhouette de ses vingt‑ans, pourtant ces trois kilos la gênent.
« Qu’est‑ce qu’on mange ce soir ? », demande Antoine le soir. Diane file à la cuisine.
Elle adore cuisiner. Ses amis et sa famille se pressent toujours chez eux, dévorent tout le plat et s’exclament :
« Diane, tu devrais être cheffe dans un grand restaurant, on n’aurait jamais assez de places pour goûter ! »
Elle sert la viande sur une assiette, mais Antoine pioche à la fourchette, insatisfait :
« Pas assez cuite, on ne peut pas la manger ! »
« Faux », s’indigne Diane, coupe un morceau et le pousse à sa bouche :
« Il fond dans la bouche, c’est délicieux. »
Antoine reprend son morceau.
« Arsène a appelé, il ne vient pas, même s’il avait promis d’arriver plus tôt », annonce‑t-il.
« Peut‑être il a une petite amie et ses études se terminent, ah, la vie d’étudiant, le plus beau des temps, » répond‑t-elle en rêvant.
De retour de son jogging, Diane se précipite sous la douche, puis fait des œufs brouillés. Antoine, à moitié endormi, grogne :
« Encore des œufs ? J’aurais préféré la viande d’hier. »
« Mais hier, tu te plaignais qu’elle était dure, » réplique‑t-elle. « Tu voulais bien un œuf au petit‑déjeuner. »
« Et alors si je veux de la viande ? »
« Ces derniers temps, tu deviens insupportable : la nourriture, ma tenue, même mon poids, tu critiques tout alors que je cours chaque matin. »
« Si je prends du poids, c’est parce que tu me nourris avec des plats riches, il faut que je mange plus léger. »
« Tes remarques, ça suffit ! », s’écrie‑t-elle, sentant une vague de haine monter. « Tu ne comprends rien, toujours épuisé du travail. »
Antoine rétorque :
« Je travaille dur, et grâce à mon salaire, on vient d’acheter un appartement pour Arsène. Le soir, je fais le service en cuisine parce que tu veux toujours changer de menu. »
Diane quitte la cuisine, le café à la main, s’habille et sort. Antoine reste perplexe ; il voit la femme douce et patiente d’autrefois se transformer en quelqu’un de constamment irrité, qui le reproche même de gagner moins. Cette fois, il se fâche vraiment :
« Très bien, je te montre qui je suis, » hurle‑t‑il, prend son sac, jette quelques affaires, saisit les clés du nouvel appartement destiné à Arsène, qu’ils prévoyaient de louer. Le soir, pour ne pas s’ennuyer, il invite Lise, une collègue qui le regarde avec intérêt.
Diane travaille tranquillement jusqu’à midi, puis se sent soudain très mal. « J’ai sûrement mangé quelque chose de douteux au café, » pense‑t‑elle, la tête qui tourne, la faiblesse qui l’envahit, et elle s’effondre dans son bureau.
Elle se réveille à l’hôpital, subit des examens, et le médecin lui annonce un diagnostic terrible : suspicion de cancer.
En rentrant, elle trouve sur la table une note d’Antoine : « Je te quitte, je demanderai le divorce plus tard. » Ils ne se parlent plus, la rancœur les sépare. Diane éclate en sanglots, c’est le moment le plus dur : son mari l’a trahie comme un couteau dans le dos.
« Que faire ? » se dit‑elle. « Je n’appellerai pas Antoine pour le supplier de revenir, je ne dirai rien à Arsène pour l’instant. »
Diane, femme forte, ne se laisse pas submerger par la panique. Elle téléphone à son amie Julie, infirmière à la clinique où elle doit être prise en charge.
« Julie, j’ai besoin de ton aide, » implore‑t‑elle.
« Tiens bon, ma chère, je ferai tout ce que je peux, nous allons nous battre, » répond Julie, rassurante.
Diane rencontre le meilleur spécialiste de la ville. Il lui annonce :
« C’est un stade précoce, on peut le soigner, mais il faut une opération et les frais sont élevés. La clinique est privée. »
Elle accepte, mais l’argent manque. Les économies ont servi à acheter l’appartement. Emprunter à des connaissances la fait flipper, le remboursement n’est pas garanti. Elle décide alors de vendre sa voiture récente, publie une annonce en ligne.
Antoine, pensant que c’est à elle de rappeler, ne l’appelle pas. Un jour, il tombe sur l’annonce de la vente.
« Pourquoi vend-elle une voiture à peine utilisée ? Nous voulions la revendre pour en acheter une neuve… Elle doit avoir un amant ! », se dit‑il, outré.
L’idée de la rappeler lui traverse l’esprit, mais l’annonce l’éloigne. Diane, allongée sur son lit d’hôpital, regarde les réseaux et voit Antoine souriant avec une jeune femme. Le choc la fait éclater en sanglots, elle pose son téléphone et se tourne vers le mur.
Le samedi, Arsène arrive à la maison sans prévenir, voulant faire une surprise. Il ouvre la porte, crie :
« Maman, papa, je suis là ! »
Personne ne répond, il parcourt la maison, trouve le vide. Il tente d’appeler son père, mais la ligne est occupée, puis sa mère. La conversation le bouleverse, il apprend où se trouve l’hôpital et s’y précipite. En voyant sa mère, encore assez alerte, il se réjouit.
« Maman, comment ça se passe ? » ils parlent longuement, elle lui raconte tout.
« Je repasserai ce soir, j’ai des choses à faire, » lui dit‑il, l’embrasse sur la joue et s’enfuit.
Antoine, avec Lise, boit un verre de vin blanc, rigole, passe une soirée agréable. Soudain, la porte s’ouvre, Arsène entre, l’air mécontent.
« Bonsoir, » lance‑t‑il d’un ton sarcastique.
« Arsène, d’où viens‑






