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033
Notre mariage était dans une semaine quand elle m’a avoué ne pas vouloir se marier. Tout était déjà réglé – la salle, les documents, les alliances, même une partie de la fête familiale. J’avais tout organisé depuis des mois. Durant toute notre relation, j’étais convaincu de faire ce qu’il fallait. Je travaillais à temps plein et, chaque mois, je consacrais environ 20 % de mon salaire pour elle — coiffeur, manucure, ou tout ce qu’elle désirait. Pas parce qu’elle ne travaillait pas — elle avait ses propres revenus et en faisait ce qu’elle voulait. Je prenais en charge les dépenses parce que, comme homme et partenaire, je pensais que c’était mon rôle. Je n’ai jamais demandé qu’elle participe aux factures. Je payais les sorties, les restaurants, le cinéma, les petits week-end — tout. Un an avant le mariage, j’ai vu les choses en grand : j’ai proposé d’emmener toute sa famille à la mer. Pas seulement ses parents et ses frères — mais aussi les neveux, et même deux cousins. Nous étions nombreux. Pour y arriver, j’ai fait des heures supp’ et arrêté de m’acheter quoi que ce soit pour moi, économisant pendant des mois. Quand le séjour s’est concrétisé, j’ai réglé l’hébergement, le transport, les repas — tout. Elle était heureuse, sa famille reconnaissante. Personne ne devinait que, pour elle, cela n’avait aucune importance. Quand elle m’a dit vouloir rompre, elle m’a expliqué que j’étais « trop ». Que j’attendais trop d’amour, d’attention, de proximité. Que je voulais la serrer, lui écrire, savoir comment elle allait. Qu’elle n’était pas comme ça, qu’elle avait toujours été plus distante, et que je l’étouffais. Qu’elle ne pouvait pas me donner ce que j’attendais. Elle m’a aussi avoué quelque chose qu’elle n’avait jamais dit : au fond, elle n’avait jamais voulu se marier. Elle avait accepté ma demande parce que j’avais insisté. Que j’y avais mêlé ses parents, ce qui l’avait mise sous pression. J’avais fait ma demande au restaurant, devant sa famille. Pour moi, c’était beau ; pour elle, un piège. Elle n’a pas pu dire non devant tout le monde. Cinq jours avant le mariage civil, alors que tout était prêt, elle a décidé de me dire la vérité. Elle m’a expliqué qu’elle avait l’impression que je lui imposais une vie qui n’était pas la sienne. Que j’en faisais trop et que ça la mettait mal à l’aise, lui donnait l’impression d’être redevable, coincée. Qu’elle préférait s’en aller plutôt que de s’engager dans quelque chose qu’elle ne ressentait pas. Après cette conversation, elle est partie. Pas de cris, pas de réconciliation, pas de tentative pour arranger les choses. Il restait des contrats, des factures payées, des plans, et un mariage annulé. Elle est restée ferme dans sa décision. Tout s’est arrêté là. C’est la semaine où j’ai compris qu’être l’homme qui paie tout, qui règle tout et est toujours présent, ne garantit pas que quelqu’un voudra rester avec vous.
Le mariage était prévu dans une semaine lorsquelle ma avoué quelle ne voulait pas se marier.
À 65 ans, nous avons réalisé que nos enfants n’avaient plus besoin de nous : comment accepter cette nouvelle réalité et apprendre enfin à vivre pour nous-mêmes ?
Journal intime 65 ansAujourdhui, assise devant ma fenêtre, je me surprends à réfléchir sur cette période
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03
Je me suis perdue — Anne ! Qu’est-ce qui t’est arrivé aux mains ? s’inquiéta Nastia. — Tout va bien, répondit Anne, tendue. Demain matin, je file au salon, et on va me refaire les ongles et une peau digne de ce nom. — Comment t’as réussi à mettre tes mains dans un état pareil ? Tu bosses dans une carrière ou quoi ? renchérit Sylvie pour soutenir son amie. — Juste un grand ménage chez un célibataire, lança Anne, agacée. Et pas la peine d’en faire tout un drame ! — Sérieusement ? s’étonnèrent les filles. Pourquoi tu te mets à appeler ton appartement un vrai repaire de célibataire ? T’as toujours dit que c’était ton nid, non ?… Et pourquoi tu fais le ménage toi-même ? Il y a des pros pour ça… — Chez moi, tout est nickel ! s’agaça Anne. Et ça l’a toujours été ! — Tu fais le ménage chez des gens pour de l’argent ? s’offusqua Sylvie. Anne, on est amies ! Si t’as des soucis d’argent, tu sais que je serais toujours là pour toi ! — J’ai des sous, marmonna Anne. Et mon business marche bien. — Anne, je comprends plus rien ! s’inquiéta Nastia. Pourquoi t’es allée mettre de l’ordre chez quelqu’un d’autre ? Et toute seule en plus ? — T’as perdu un pari ? risqua Sylvie. — J’aurais préféré, souffla Anne en évitant leur regard, observant la peinture sur le mur. Je suis tombée, quoi… Je suis tombée si fort que j’aurais préféré perdre mon business et devoir nettoyer les apparts des autres pour gagner ma vie ! Ce qu’elle venait de dire laissa ses amies sans voix. À la question muette qui brillait dans leurs yeux, Anne répondit, contrariée : — J’ai rencontré un homme. Et franchement, j’aurais préféré avoir des poux, des souris et des cafards chez moi… Dans les regards des filles, ce n’était pas l’horreur qui flottait, mais la panique. — Ma cocotte, fuis-le ! Si tu dis ça, fuis ! souffla Nastia. — Je peux pas, grimace Anne. Et je veux pas ! C’est lui que je veux. Je veux rien d’autre que lui ! — Quoi ? s’étonna Sylvie. Anne, c’est bien toi que j’écoute ? T’as toujours été un roc ! On pouvait pas te faire plier ! Et là… un homme, juste un homme !!! — Je sais ! explosa Anne. Je sais tout ! Je me reconnais même plus ! J’étais furieuse, je criais ! J’aurais pu m’exploser la tête contre les murs ! Peut-être que je devrais essayer ? Sylvie et Nastia étaient désorientées. Mais sur la question de la rencontre explosif entre tête et mur, elles furent catégoriquement contre. Et ce qui les perturbait, c’était de voir Anne en colère contre elle-même. — Et Stasik, alors ? lâcha Nastia, à côté de la plaque. Vous alliez bien ensemble ! Et il était tellement serviable ! — Tu peux le garder, répliqua Anne. Il me sert à rien ! Et j’ai vérifié ! Il arrive même pas à la cheville de Stéphane ! — Stéphane ? grimace Sylvie. Sérieux ? T’as troqué Stanislas pour un Stéphane quelconque ? Je pensais que c’était au minimum un Gabriel ! — Écoute ! Avec tes Gabriel ! Emporte Rafaël aussi ! Moi, j’ai Stéphane ! — Il est riche ? demanda Sylvie. — Non, fit Anne en secouant la tête. — Il est séduisant ? demanda Nastia. — Juste ordinaire, répondit Anne. — Jeune et fougueux ? tenta Sylvie, sceptique. — Quarante-et-un ans, prononça Anne, posément. — Mais alors pourquoi tu veux de lui ? se moqua Sylvie. — Il sait aimer ! confia Anne, rêveuse, le visage illuminé. Il sait tellement aimer que je pourrais tout lui donner ! Tout, maintenant ! L’appartement, la maison, les voitures ! Même mon business ! Pourvu qu’il soit avec moi ! Qu’il soit à moi ! Rien qu’à moi ! — C’est grave, soupira Sylvie. — Où tu l’as trouvé ? demanda Nastia. — Sur Internet, sourit Anne. Je cherchais juste un petit frisson pour la soirée… Les femmes qui s’investissent dans le business sont rarement mariées. Ça n’a rien à voir avec le fait d’avoir ou non une famille, mais bien plus avec la difficulté des hommes à supporter la réussite de leur partenaire. À moins d’être des parasites assumés sur les finances de leur compagne. Anne s’était choisie depuis le lycée. À l’époque, elle se passionnait pour les perles. Et en un an, elle réalisait déjà des bijoux vendus à ses camarades. Et pas contre des bonbons ! Mais les études — économie — et son savoir-faire l’ont menée à l’idée d’en faire sa source de revenus. — Non, pas juste des perles ! corrigeait Anne en riant. Des créations faites main ! Des pièces uniques ! Et sur-mesure ! — Il y a des dizaines d’artisans comme ça, lui rétorquait-on. Tu vas galérer parmi des milliers, à vivoter ! — Qui a dit que je voulais rester artisan ? Ce serait trop étriqué, et en plus, on ne grimpe pas vraiment comme ça. On peut vivre, mais pas comme on le voudrait. Anne a donc rassemblé les créateurs sous sa direction. Le travail était colossal : pub, catalogues, clients, négociations, contrats. Puis les points de vente. Et encore de la pub, pour positionner sa boutique comme la référence pour ceux qui savent vraiment apprécier ! Ce n’était pas juste un job — c’était un travail titanesque ! Et à trente-cinq ans, Anne était devenue une businesswoman accomplie, qui avait tout, et même plus. Appartement, maison de campagne, garage pour six voitures — et des voitures loin d’être bon marché. Sans parler du compte en banque. Son moindre désir était exécuté en un claquement de doigts ! Mais la famille, dans tout ça, n’avait pas de place. Et ça ne lui manquait pas vraiment. Pour sa santé, son humeur et sa productivité, Anne avait ses “petits mecs”. Ils étaient prêts, contre rémunération, à aimer et adorer jusqu’à ce qu’elle s’en lasse. Et puis disparaissaient dès que l’intérêt retombait. Dernièrement, Anne voyait souvent Stasik. Un gentil garçon. Et ses copines pensaient même qu’elle allait le garder sérieusement. — Peut-être qu’elle va l’épouser ! s’enthousiasmait la romantique Nastia. — Alors, adieu Stasik pour nous, se lamentait Sylvie. Elle sortait aussi avec Stasik de temps en temps. Personne ne comprit ce qui poussa Anne à ouvrir une appli de rencontres express. Sans doute un soir d’ennui. Elle voulait s’amuser. À force d’avoir Stasik collé en permanence, on a envie de sel plus que de sucré. Mais les propositions qui pleuvaient ressemblaient toutes à Stasik. Barbant. C’est le « Bonsoir ! » d’un certain Stéphane qui retint l’attention d’Anne. — On discute ? lança-t-il sans attendre de réponse. Anne décida de discuter avec ce Stéphane tout en lisant son profil et en regardant les photos. Et là, tout de suite, elle eut une exclamation intérieure : — Mais tu vas où, toi ? Tu vois pas ? Sur les photos, je suis en voiture, sur yacht, couverte d’or et de diamants ! Et toi ? Chez toi, dans un salon comme chez ma grand-mère ! Et à sa tête, jamais vu un dermato ! Franchement, pas le niveau ! Mais la conversation continua. Sur tout et n’importe quoi. Elle dut reconnaître que Stéphane était cultivé et instruit. — Mais alors pourquoi il n’est pas riche ? Anne le demanda franchement. — Pourquoi faire ? répondit Stéphane. Cette réponse la secoua. — Comment ça, pourquoi ? Pour vivre confortablement ! — J’ai tout ce qu’il me faut, répondit Stéphane. Je manque de rien ! Une montre à un million affiche la même heure qu’une montre à cinq mille euros. La conversation dura toute la nuit, jusqu’à l’aube. — Je dois aller bosser, écrivit Anne. — Bonne route, répondit Stéphane. Moi j’ai un emploi du temps flexible. C’est plus simple ! Toute la journée, Anne n’eut pas le temps de penser à ce curieux interlocuteur du matin. Mais ses pensées revenaient à lui, encore et encore. Le soir, elle déclina l’invitation à l’ouverture d’un nouveau restaurant, lancée par le patron lui-même. Elle prétexta des affaires urgentes. Mais s’installa sur son canapé avec sa tablette et écrivit à Stéphane : — Salut ! Tu m’as pas oubliée ? — Salut ! J’ai pas d’amnésie. Mais si j’oublie un truc, ça me fait toujours plaisir ! Et c’est reparti pour une nuit à discuter. Anne ne dormit que deux heures avant le boulot. Mais le soir, elle rentrait vite à la maison pour s’écrire avec Stéphane. Deux semaines d’échanges en ligne mirent Anne dans un tel état qu’elle brûlait de le rencontrer en chair et en os. Fidèle à ses habitudes, elle le lui demanda. Et reçut : — Viens ! Il lui envoya l’adresse. Anne resta figée. Une main sur la tablette, l’autre suspendue en l’air. Comme quand on perd la parole, face à quelqu’un. — Comment ça, viens ? marmonna-t-elle à voix haute. Elle écrivit la même chose. — Juste viens, répondit Stéphane. Dis-moi juste si tu bois du thé ou du café ? Et les éclairs à la crème, ça va ? Ou bien tu préfères les steaks à la poêle ? Si c’était quelqu’un de son entourage depuis longtemps, rien d’étonnant, mais pour un premier rendez-vous — direct chez lui ? Chez une femme ? Seule ? Bien sûr, Anne aurait aimé envoyer balader ce sans-gêne, mais l’envie de le voir était trop forte. Elle essaya la diplomatie : — Je pensais à un café, ou un resto, répondit-elle. — Pfff ! La flemme ! répondit-il. Là, Anne repensa à leur différence de statut social et financier. — D’accord ! Je paye ton taxi aller-retour, et le dîner et tout le reste ! Habituée à payer pour ses “petits mecs”, elle écrivit ça sans arrière-pensée ni gêne. — Je peux tout payer moi-même, répondit Stéphane. C’est juste que j’ai la flemme ! Se préparer, s’habiller, sortir… Et après il faut rentrer ! Et il fait pas top dehors. En gros, j’ai la flemme d’aller nulle part ! Si tu veux me voir, viens ! L’adresse est là. — Non mais ! Tu te fous de moi ! s’indigna Anne, jetant la tablette. Et elle la laissa de côté deux jours. Elle s’en voulait, mais résista. Bien sûr, elle espérait que Stéphane s’excuserait, demanderait pardon, lui proposerait les restos les plus chics ! Elle attendait tout ça. Mais, quand elle reprit la tablette et ouvrit la discussion, son message était resté le dernier. Il n’avait même pas répondu. Son indignation monta en elle comme une bouilloire oubliée sur le feu ! Anne se lâcha contre Stéphane pendant deux heures ! Et, une fois calmée, elle comprit que cet échange lui manquait. Et l’envie de le voir était intacte, voire plus forte. — Impossible de m’en défaire, ce mec-là ! grommela-t-elle en reprenant la tablette. Il aurait pu être vexé par son dernier message. — Salut ! écrivit Anne, impatiente. — Salut, répondit Stéphane. Ça va ? Un message neutre. Comme si leur dernier échange s’était terminé sans accroc. — Ça va, répondit Anne. Et si on se voyait ce soir ? Ou t’as encore la flemme ? Elle tenta un petit pic, au cas où. — Tu t’en doutais ! répondit Stéphane, avec un smiley qui rigole. J’ai tellement la flemme que même pour du pain je fais des galettes à la poêle ! — Mais alors, on se verra jamais si t’es toujours flemmard ? demanda Anne. — Tu conduis une voiture ? demanda-t-il. — Oui, j’en ai une ! — Elle roule ? — Oui, répondit Anne, déconcertée. Elle en avait six. Et si un souci, direct en garage ou vendue. — Je peux donner l’adresse encore une fois si tu l’as effacée, écrivit-il. Viens ! *** — Attends ! Attends ! interrompit Sylvie, prenant Anne par la main. Tu as vraiment été chez un homme inconnu ? — Oui, confirma Anne en hochant la tête. — Mais t’as pas eu peur ? demanda Nastia, perplexe. Et s’il était… dangereux ? — J’ai pris une bombe lacrymo, répondit Anne. Mais je n’en ai pas eu besoin. — T’es sérieusement partie chez un type rencontré sur Internet ? Direct chez lui ? s’alarma Sylvie. T’es vraiment dingue ! — Oui, déclara Anne. Et je n’ai pas regretté une seconde ! Les filles, je me suis perdue ! Et après, une fois que j’ai compris pour moi-même, je me suis traitée d’idiote pour les deux jours où je l’ai fait languir ! Si j’y étais allée tout de suite, j’aurais été heureuse deux jours plus tôt ! — Heureuse ? s’étonna Sylvie. — Oui, de ce genre de bonheur pour lequel je donnerais tout ! répondit Anne avec sincérité. — T’es sérieuse ? Même pour la boîte et les biens ? Sylvie fronça les sourcils. — Je suis prête à prendre un crédit pour lui ! Et bosser dans une carrière si besoin ! répondit Anne, la main sur le cœur. Nastia ouvrit la bouche d’un air médusé. — Raconte la suite ! exigea Sylvie. Donc, tu y es allée ! — J’y suis allée…
Je texplique Je suis foutue. Camille ! Mais quest-ce que tas fait à tes mains ?! s’est exclamée
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02
La rivale est venue réclamer ses affaires — Moi, c’est Laura, nous sommes collègues. On s’aime, mais vous faites obstacle ! Rendez-moi Pierrot ! — Mais en quoi je vous gêne ? — s’étonna sincèrement Svetlana-Anatole. — Donnez-moi des preuves ! — Eh bien… — balbutia la femme. — Il ne veut pas partir de chez vous ! Pierrot, t’es bouché ou quoi ? Ces mots géniaux, c’est le petit Serge qui les a prononcés dans la nouvelle de Véronique Panova, après que l’oncle Pierre lui a « offert » une friandise : sous le joli papier, il n’y avait rien… Et, pour tout dire, il était sacrément bouché. Comme le disait Desproges : il n’y a pas de maladies mentales, juste des… bouchés ! C’est exactement ce que Svetlana-Anatole a fini par dire à son mari. Pas après l’arrivée de sa maîtresse (ça, la femme avait encaissé !), mais un peu plus tard. Eh oui, son Pierre, Pierrot—petit coq au panache doré, avec qui elle avait partagé tant d’années—s’était trouvé une amourette. Mais la nouvelle n’est pas venue en cachette, elle est arrivée avec des exigences : « On s’aime, rendez-moi votre mari ! » À force, Svetlana s’était déjà mise à avoir des soupçons ! Pierrot s’était mis à se raser tous les jours—avant c’était tous les deux jours. Il s’était offert une nouvelle eau de Cologne, et même, récemment, il avait repassé ses jeans avec un pli bien marqué. Svetlana n’a pas voulu décevoir son mari, se disant avec ironie : c’est bien fait pour lui ! Et lui, répandant un parfum étranglé d’essence importée, partit dans la nuit : il était « de garde » ! Oui, lui—cadre intermédiaire ! — Tu comprends, ma chérie, — expliquait-il tout inspiré au dîner, — notre société de bâtiment est toute petite, et le gardien a démissionné ! Et le budget est serré ! Alors on se relaie la nuit pour dormir au bureau et éloigner les voleurs ! Je préférerais mille fois rester à la maison… il n’y a même rien pour dormir là-bas ! — Tu vas passer la nuit comment, du coup ? Assis sur une chaise ? — demanda Svetka, façon terroir. Pierre fit la grimace : ça se dit, « assis » ? Mais c’est un participe, certes vieilli ! Sa femme le savait, elle qui enseignait le français au collège, contrairement à lui. Svetlana avait compris depuis longtemps que son mari lui racontait des cracks et qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Ils étaient mariés depuis vingt ans. Leur fille vivait déjà sa vie. Et voilà que son époux avait sans doute une maîtresse… Bon, ça arrive, on tombe amoureux : qu’il le dise, franchement, et s’en aille—l’appartement appartenait à Svetlana-Anatole avant leur mariage. Enfin, c’est comme ça ! Un petit diable dans la tête, et tout le tralala. Mais Pierre ne se pressait pas de l’avouer. Pourquoi ? Il aimait Svetka ? Peut-être que de l’autre côté, ce n’était pas sérieux ? Mais le fait était là : monsieur vivait à la maison, comme si de rien n’était… et même, il remplissait son devoir conjugal ! Hormis quelques indices confirmant ses soupçons, Svetlana n’avait pas de preuve solide. Peut-être qu’elle se trompait ? Bon, la Cologne ! Les pantalons bien repassés ! Svetlana était prête à passer l’éponge sur ces manies, et puis voilà qu’elle débarqua : la sulfureuse briseuse de ménage « Rose Duchamp ». Pierre n’était pas là. Svetlana faisait le ménage dans son deux pièces. Et voilà qu’elle sonne : bonjour tout le monde ! La naïve Svetka, comme dans son film préféré, l’a laissée entrer—après tout, qui sait ce que voulait la dame ? Qu’elle expose ses revendications ! D’ailleurs, on allait découvrir plus tard que « la passion » du mari avait cinq ans de moins que Svetlana. Mais elle avait l’air d’une bonne quarantaine bien tassée ! La voilà qui pose ses conditions : — Je suis Laura, nous sommes collègues, on s’aime, et vous êtes l’obstacle ! Rendez-moi Pierrot ! — Mais en quoi je vous gêne ? — s’étonne Svetlana-Anatole, à juste titre. — Soyez concrète ! — Eh bien… — balbutie l’intruse. — Il ne veut pas vous quitter… — Mais c’est lui qui ne veut pas partir ! Moi, je vous le donne avec plaisir ! Je vous fais ses valises sur-le-champ ! — propose Svetlana et demande : — Qu’est-ce qu’il vous a raconté ? Que je suis mourante et qu’il ne peut pas me quitter ? — Non, pas tout à fait mourante… — hésita la visiteuse, — mais presque. Pour être honnête, elle n’en avait jamais parlé avec Pierre ! Et ils ne se parlaient pratiquement jamais : à part le fait d’une erreur d’un soir, tout le reste venait de l’imagination… Mais ça, Svetka ne le savait pas. — Mais vous voyez bien que je suis en parfaite santé ! Donc, vous pouvez prendre Pierrot—je ne fais aucune réclamation, demain je demande le divorce ! Je vous souhaite tout le bonheur du monde ! — sourit la femme en échangeant la politesse. — Vous êtes sérieuse ? — se réjouit l’invitée. — Vous êtes vraiment positive ! Je ne m’y attendais pas ! J’étais prête au pire ! « Tu n’as pas idée d’à quel point je peux être positive ! » pensa Svetka, toujours souriante, et ajouta tout haut : — Mais voyons ! Pierre et moi, on se fait confiance ! On se respecte ! Je vais tout lui transmettre, et vous pouvez partir tranquille ! En gros, « reposez-vous en paix ». Mais l’invitée, toute excitée, ne remarqua rien. — Eh bien, dites-lui que je l’attends ce soir avec ses affaires ! — conclut Laura en offrant à sa rivale abattue une de ces sourires conquérants et s’en alla vers son bonheur. — Parfaitement, ma chère ! — conclut la prof de français. — Attendez-le ! Le soir, lorsque Pierre rentra du travail, il trouva dans l’entrée une valise bouclée : il n’avait pas tant d’affaires à emporter—à tout prendre, on est payé selon ses biens. D’après la tête de son mari, Svetka comprit qu’il était absolument au courant de rien. Pierre-Etienne, sans aucun signe d’émotion, embrassa sa femme, comme d’habitude, et demanda : — Ma chérie, qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Et pourquoi il y a une valise dans l’entrée ? Tu pars quelque part ? — Ta copine est venue ! — lança la femme sans détour. — Ma copine ? — s’étonna Pierre. — Mais oui, la gardienne ! Celle avec qui tu montes la garde la nuit pour le matériel ! Pierre rougit et demanda tout bas : — Laura, c’est ça ? Je n’ai jamais fait de garde avec elle ! — Il y en aurait-il d’autres que Laura ? Tu deviens dragueur sur le tard ! — Ce n’est pas ce que tu crois… — commença l’homme. — Tu crois que je pense quoi ? Allez, devine, Nostradamus ! — dit Svetka. — Allez, tu vas me dire qu’il s’est rien passé ! Ou que c’est elle qui est venue toute seule ! — Je ne dirai rien ! — fit Pierre en reniflant. — Oui, une fois ! Tu te souviens du soir où je suis rentré ivre ? Voilà ! Je ne voulais pas—sur la vie de Svetka ! Elle m’a sauté dessus ! C’est l’instinct ! Bon, voilà… — Je comprends, Pierrot—l’amour, c’est comme ça, impossible d’y échapper ! Et puis… c’est la jeunesse, comme disait Polycarpe Charron ! Fais pas le timide, j’ai tout pigé. Bref, tout est réglé. Laura t’attend : j’ai promis de te laisser filer ! — Où m’en aller ? — blêmit Pierre : Laura était « venue d’ailleurs » et louait une chambre dans une vieille coloc. — Pourquoi je partirais ? — Parce qu’il ne faut pas se cacher ses sentiments, Pierre ! Je le vois bien à tes yeux ! Allez, bon vent et que tout te réussisse ! — Mais je ne veux pas partir ! — fit l’homme penaud, qui n’en avait vraiment pas envie ! — Elle transpire trop ? — lança la femme, piquant son mari au vif. — Trop chaud pour dormir ? Sa collègue était en effet bien en chair. Et tout au long de la conversation, elle essuyait la sueur de sa lèvre supérieure avec un mouchoir brodé. Pierre demeurait muet, effondré. Avec Laura, c’était un soir d’ivresse, à la fête du bureau, et c’était tout. Pas d’amour là-dedans. En revanche, elle s’est mise à le harceler. Et dans la tête de Svetka, tout s’est vite éclairci. Si vous saviez combien il y avait d’épouses de Mike Brant dans les asiles à l’époque ! Des myriades, étoilées à perte de vue. Et aujourd’hui, des folles, il n’en manque pas ! Il y a des Pierres à foison en France… Pour le reste, ce sont des gens normaux ! Mais sur ce sujet, ils deviennent incontrôlables… Mais Laura avait pris son jour de congé pour régler les choses avec Svetka. Pierre en fut soulagé : devant une équipe restreinte, il avait honte. Pierre, goûtez donc ces crêpes—c’est moi qui les ai faites ! On dirait que votre femme oublie de vous nourrir ! Alors, ce week-end, comment ça s’est passé ? Vous ne voulez pas en parler ? Eh ben, figurez-vous que je vous ai rêvé cette nuit ! Vous voulez savoir ce qu’on a fait ensemble ? « Quelle bourde ! — se morfondait Pierre. — J’aurais dû me tenir ! Je vais finir par devoir démissionner ! » Il avait cent fois regretté cette faiblesse d’un soir. Qui aurait cru que Laura serait si… perturbée ? — Soit, — dit la femme, — admettons que tu dises vrai, Casanova. Mais comment tu envisages la suite ? J’irais encore m’allonger dans le même lit après tout ça ? — Je dormirai sur le canapé ! — répondit l’homme fautif avec enthousiasme. Il était prêt à dormir sur le paillasson du couloir, pourvu que Svetka ne le mette pas dehors. Et sa femme accepta : on verrait bien ! Le lendemain, samedi—Laura débarqua au matin : alors, on part ensemble ? Je comprends que tu n’aies pas pu hier ! Pierre, venant lui ouvrir, fut interloqué : tout cela était allé bien trop loin ! Et il essaya de faire entendre raison à la femme surexcitée : la phase maniaque, ce n’est pas du gâteau… — Madame Laura Duchamp, ma chère, — et là, Laura se crispa : voilà, on y est ! — Rentrez chez vous ! Doucement, il fait glissant aujourd’hui ! — Et vous ? — s’étonna la collègue. — Moi, je reste ici ! — répondit Pierre, tentant d’être ferme. — Avec ma femme ! — Mais on s’aime ! — insista Madame. — Tout cela, c’est le fruit de votre imagination ! Rien… rien du tout ! — dit Pierre, tout en sachant parfaitement qu’il y avait eu un épisode. Mais essayez donc de le prouver ! Et même s’ils étaient sortis ensemble… peut-être se sont-ils séparés aussitôt après ? Et tout le monde au boulot savait que Laura était un peu… dérangée. Alors Pierre décida de s’en tenir à cette version jusqu’au bout. Dans la tête de Laura, les pensées tournaient en boucle ; elle resta muette, fixant l’objet de sa passion. Tout allait bien ! Et sa femme l’avait laissé partir ! Alors, pourquoi ? — Au revoir ! — lança Pierre-Etienne en fermant la porte. Et c’est là que sa femme prononça ces fameuses paroles de la nouvelle de Panova sur l’oncle Pierre. Elles collaient parfaitement à la situation. Et Pierre resta bouche bée : silence radio, vous savez ce que ça veut dire… Laura resta un moment devant la porte close : changerait-il d’avis ? Puis elle repartit : une nouvelle défaite ? Pierre n’était pas son premier : deux collègues avaient déjà démissionné à cause des harcèlements de Laura. Et eux, ils n’avaient même rien eu avec elle ! Lundi, Laura Duchamp ne revint pas bosser : elle avait soudain démissionné. Peut-être que trois fois suffisent pour tenter sa chance ailleurs. Peut-être n’était-elle pas si dérangée après tout… Pierre poussa un soupir de soulagement : il avait même pensé tout quitter ! Dieu merci, pas d’enfant à la clef… Quant à la bonne Svetka, elle pardonna son mari. Bah, une erreur d’aiguillage un soir de fête… Mais, finalement, tout le reste était vrai ! On découvrit ensuite que toute l’équipe masculine faisait bien la garde au bureau de la petite société de bâtiment, chacun leur tour : la patronne était vraiment radine sur la sécurité ! Et le nouveau parfum et les jeans repassés, ça n’avait rien à voir. Juste une malheureuse coïncidence ! Ou alors c’était la faute de Mercure rétrograde et des orages magnétiques. Pratique, au moins, on pouvait tout lui faire porter… En conclusion ? Ne vous soûlez pas aux fêtes du boulot, les amis ! L’amour peut être sacrément toxique. Et aujourd’hui, ce n’est pas ce qui manque. Heureusement, il n’y a pas eu de chantage. Mais pour accuser Mercure, ça commence à faire court…
Rivale daffaires venue réclamer son dû Je suis Claire, nous travaillons ensemble. Nous nous aimons, et
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046
Mon mari ne m’a jamais trompée, mais il y a des années, il a cessé d’être mon époux. Dix-sept ans de vie commune : nous nous sommes connus jeunes, partageant rêves et premiers emplois, balades à Montmartre, sorties entre amis, projets à deux. Au début, il était attentionné, bavard, tendre. Pas parfait, mais toujours présent. Puis sont venus le mariage, les responsabilités, le travail, les factures, notre appartement à Lyon… Les choses ont changé sans que je sache quand. Il n’y a jamais eu de trahison. Pas de messages suspects ni de femme qui surgit de nulle part. Juste, un jour, son regard n’était plus le même. Nos échanges se sont réduits à l’essentiel : quoi acheter, quelle facture payer, à quelle heure partir. On a cessé de se demander si ça allait. Si je lui racontais ma journée, il hochait la tête sans quitter des yeux son portable ou la télé. Si je restais silencieuse, il ne posait pas de question. La proximité a disparu, sans un mot. J’ai d’abord cru au stress, puis à la fatigue, puis à des habitudes qui s’installent. Les semaines défilaient, le vide grandissait. On dormait dans le même lit, chacun de son côté. Je tentais de me rapprocher, de provoquer la conversation, de planifier des week-ends à la campagne ; il était toujours trop fatigué, absorbé par le boulot ou disait simplement : « On verra demain. » Ce “demain”, je l’attends encore. J’ai compris qu’il n’était plus mon mari, juste un colocataire. On partage les frais, la routine, les engagements familiaux. En public, il a l’air du mari parfait : calme, travailleur, respectueux. Personne ne devinerait ce qui se passe derrière la porte fermée. Personne ne voit le silence. Personne ne sent son absence émotionnelle. J’ai essayé de parler, de lui dire que je me sentais seule, qu’il me manquait, que j’ai besoin de plus qu’une simple cohabitation. Jamais il ne s’est énervé. Jamais une voix haute. Ses réponses étaient toujours brèves : « Tu exagères. » « C’est normal, au bout de longues années de mariage. » « On est bien, non ? » Cela me déstabilisait le plus : aucune grosse dispute qui justifierait de partir. Pas d’infidélité. Mais plus d’amour. Je me sentais invisible dans ma propre histoire. Les années ont passé. J’ai cessé d’insister. J’ai arrêté de me donner du mal pour lui. Je ne partageais plus mes pensées. J’ai appris à tout garder pour moi. Je me suis habituée à ne rien attendre, à vivre comme si ça n’avait plus d’importance. Parfois, je me suis dit que j’en demandais trop. Aujourd’hui, j’ai compris que toutes les séparations ne se font pas avec des valises.
Mon mari ne ma jamais trompée, et pourtant, depuis des années, il nest plus vraiment mon époux.
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01
La Fille Non Reconnaue Olga, à seize ans, était ingérable : traînant avec une bande de jeunes hommes qui chapardaient, rentrait rarement chez elle et faisait tourner sa mère en bourrique. Heureusement, elle évita la prison quand ils furent arrêtés. Elle découvrit alors qu’elle était enceinte de Mikaël, l’un d’eux, incarcéré pendant quatre ans. Panicée, Olga cacha d’abord sa grossesse à sa mère, dépassa le délai légal pour avorter et dut garder l’enfant, malgré la désapprobation de la belle-famille, et la froideur inflexible de la mère de Mikaël, Tamara Afanassievna : “Ton enfant n’est pas le nôtre, résous tes problèmes seule !” Olga, fière, ne s’imposa pas. Résignée, elle confia tout à sa propre mère et donna naissance à une robuste petite fille, Marie. Marie devint le centre de son univers, adoucissant le tempérament d’Olga, qui se rangea et travailla comme vendeuse. La grand-mère maternelle veilla sur la fillette, et l’ambiance familiale devint soudée. Mikaël resta en contact par lettres, apprit la naissance et ne rencontra Marie qu’à ses trois ans. Il tenta de renouer : “On pourrait se marier pour la petite ?” Olga, désabusée, refusa fermement : “J’étais naïve, je ne t’aimais même pas vraiment, et désormais c’est certain. J’ai trouvé quelqu’un de bien, Dimitri, qui sera un vrai père pour Marie.” Mikaël, piqué, partit travailler dans le Nord et coupa les ponts avec ses parents, qui ne lui pardonnèrent jamais. Néanmoins, il n’oubliait pas Marie, appelait à Noël et à son anniversaire, envoyait quelques cadeaux. Dix ans plus tard, malade, il rentra enfin en région parisienne et ravauda les liens avec ses parents, sa sœur Natacha et sa nièce Élise, mais prit un petit studio dans un foyer social et travailla comme agent d’entretien. Marie sut toujours qui était son père, partagée entre l’amour et la rancœur envers ce père absent, vivant sa vie au loin pendant qu’elle restait avec sa mère et son beau-père, Nicolas, qui ne s’investissait guère pour elle, focalisé sur le petit frère de Marie, Vlad. Adolescente, Marie se sentait exclue, malgré l’amour maladroit d’Olga, soucieuse de ne pas voir sa fille traîner avec des gens peu recommandables comme elle autrefois. Lorsque Mikaël revint, le dialogue fut tendu : “Alors, le retour ? Pas trop rapide après tant d’années ?” Mikaël, gêné, tenta de s’expliquer. Marie se montra dure, espérant secrètement être acceptée. Contre toute attente, Mikaël fit preuve de patience et leur relation se réchauffa. Il devint même une figure d’autorité en mettant en garde sa fille contre les dérives de la vie. Mais il buvait, sans excès ni violence, ce qui dégoûtait Marie, et alors il s’éclipsait. Sa voisine, tante Ginette, confidente de Marie lors de ses visites, vantait Mikaël : “Un brave homme, jamais gâté par les femmes, il ne pense qu’à toi !” Malgré tout, Marie gardait en tête ses griefs envers Mikaël. La tentative de rapprochement avec Élise, sa cousine, échoua : “Tu n’es pas des nôtres, maman disait que ta mère voulait s’accrocher à notre famille, mais ça n’a pas marché. Ma grand-mère n’était pas idiote !” Marie, piquée, rétorqua que la famille royale pouvait bien se passer d’elle. Dès lors, les deux cousines ne s’adressèrent plus jamais la parole. Marie apprit plus tard, par son père et tante Ginette, qu’Elise avait perdu sa mère puis son père, et même ses grands-parents. Mais Marie, prise dans le tourbillon de sa vie, ne s’en inquiéta pas, trop occupée. Diplômée d’un BTS, elle trouva un emploi, se maria à 22 ans et eut une fille, Ariane. Mikaël en fut ravi, cessa de boire presque totalement, et attendait avec impatience chaque visite de sa fille et sa petite-fille. Parfois, Ginette informait Marie des efforts de Mikaël : “Hier encore, il voulait savoir le coût d’une bonne école privée pour Ariane et cherche des heures en plus pour y contribuer !” Marie souhaitait surtout qu’il ne rechute pas dans l’alcool. Ariane eut bientôt un petit frère, André, chéri lui aussi par Mikaël, bien qu’il consacrât toujours plus de temps à Ariane. Sa santé se dégradait, il se disait seulement épuisé. Marie, soucieuse mais débordée par ses propres soucis familiaux, vit son mari, las de la routine, la quitter pour une femme plus jeune. Entre divorce et bataille judiciaire, Marie perdit de vue son père. C’est tante Ginette qui l’appela dans un souffle funèbre : Mikaël s’était éteint. Heureusement, la mère d’Olga accepta de garder les petits. Lors des funérailles, quand les derniers invités s’éclipsèrent, Élise évoqua l’héritage : “Son studio ? Bof… Mais il avait aussi des actions acquises dans le Nord, ma mère me l’avait dit. Ce n’est pas le Pérou, mais on peut vendre…” Marie fut révoltée – à peine son père enterré, l’autre réclamait déjà le partage ! Élise la remit vite à sa place : “Quoi, partager ? Je suis la seule héritière légale de Mikaël. Pas question de diviser quoi que ce soit !” Marie aurait voulu contester, mais elle savait que légalement, elle n’était pas reconnue comme fille de Mikaël, même son patronyme était différent. Son beau-père, Nicolas, lui suggéra d’aller en justice : “Simplement prouve que Mikaël t’a toujours reconnue comme sa fille, et Élise n’aura qu’à aller voir ailleurs !” Mais comment faire sans preuve matérielle ni ADN, les affaires personnelles du défunt ayant été nettoyées par Élise et la société de nettoyage dès le lendemain. Nicolas insista : “Va au tribunal ! Plein de témoins peuvent certifier que Mikaël te considérait comme sa fille.” Il avait raison – la mère d’Olga, tante Ginette, d’anciens collègues vinrent témoigner. Marie finit par obtenir le droit à l’héritage du studio, des actions, du compte en banque, et même de l’appartement de ses grands-parents jamais rencontrés. Mais elle n’était pas avide, et compte partager avec Élise – sans savoir encore comment…
Ah, tu te rappelles de lhistoire de Camille ? Franchement, à 16 ans, elle était vraiment ingérable !
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014
J’ai 38 ans et j’ai longtemps cru que le problème, c’était moi. Que j’étais une mauvaise mère, une mauvaise épouse. Que j’avais un défaut, car même en accomplissant tout, je sentais au fond de moi que je n’avais plus rien à donner. Chaque matin, je me levais à 5h. Je préparais les petits-déjeuners, les tenues, les boîtes à goûter. Je laissais mes enfants prêts pour l’école, je rangeais la maison en vitesse et partais travailler. Je suivais les plannings, atteignais mes objectifs, assistais aux réunions. Je souriais. Toujours. Personne au travail ne soupçonnait rien. Au contraire, on me disait organisée, responsable, forte. À la maison aussi, tout roulait. Déjeuner, devoirs, bain, dîner. J’écoutais mes enfants, répondais aux questions sur l’école, gérais leurs disputes. Je les consolais, les corrigeais si besoin. De l’extérieur, ma vie semblait normale. Même belle. J’avais une famille, un emploi, la santé. Rien, en apparence, ne justifiait ce vide que je ressentais. Mais à l’intérieur, j’étais vide. Ce n’était pas une tristesse continue. C’était de la fatigue. Une fatigue qu’aucun sommeil n’effaçait. Je me couchais épuisée, je me réveillais épuisée. Mon corps me faisait mal sans raison. Le bruit m’irritait. Les questions répétées me désespéraient. Je me suis surprise à penser des choses dont j’avais honte : que mes enfants iraient peut-être mieux sans moi, que je n’étais pas faite pour ça, que certaines femmes naissent mères, et pas moi. Jamais je n’ai raté une tâche. Jamais je n’ai été en retard. Je n’ai jamais « perdu » le contrôle. Je ne criais pas plus que de raison. Personne n’a donc rien remarqué. Pas même mon compagnon. Lui voyait que tout allait « bien ». Quand je disais que j’étais fatiguée, il répondait : — Toutes les mamans sont fatiguées. Si je disais que rien ne m’attirait, il disait : — C’est un manque d’envie. Alors, j’ai cessé de parler. Il y a eu des soirs où je restais enfermée dans la salle de bain, porte close, juste pour ne plus entendre personne. Je ne pleurais pas. Je regardais le mur et comptais les minutes avant de devoir ressortir et redevenir « celle qui assure toujours ». L’idée de partir s’est imposée doucement. Ce n’était pas une pulsion dramatique. C’était une idée froide : disparaître quelques jours, ne plus être nécessaire. Pas parce que je n’aimais pas mes enfants, mais parce que je sentais que je n’avais plus rien à leur donner. Le jour où j’ai touché le fond n’a rien eu de spectaculaire. Ce n’était qu’un mardi ordinaire. L’un de mes enfants m’a demandé de l’aide pour quelque chose de tout simple, et je suis restée là, incapable de comprendre. Ma tête était vide. Un nœud dans la gorge, la poitrine brûlante. Je me suis assise au sol de la cuisine, incapable de me relever. Mon fils m’a lancé un regard inquiet et m’a dit : — Maman, ça va ? Et je n’ai pas pu lui répondre. Ce jour-là, personne n’est venu m’aider. Personne n’est venu me sauver. Je ne pouvais plus faire semblant que tout allait bien. J’ai cherché de l’aide seulement quand je n’avais plus aucune force. Quand je n’ai plus pu « tout gérer ». Le thérapeute a été le premier à me dire ce que personne n’avait jamais dit : — Ce n’est pas parce que vous êtes une mauvaise mère. Et il m’a expliqué ce qui se passait. J’ai compris que personne ne m’avait aidée avant parce que je n’avais jamais cessé de fonctionner. Parce que tant qu’une femme fait tout, le monde considère qu’elle peut continuer. Personne ne s’inquiète de celle qui ne tombe jamais. La « guérison » n’a pas été rapide. Ce n’était pas magique. C’était lent, inconfortable, et plein de culpabilité. Apprendre à demander de l’aide. À dire « non ». À ne pas être disponible sans cesse. À comprendre que se reposer ne fait pas de vous une mauvaise mère. Aujourd’hui encore, j’élève mes enfants. Je continue à travailler. Mais je ne fais plus semblant d’être parfaite. Je ne crois plus qu’une erreur me définit. Et surtout, je ne crois plus que vouloir fuir faisait de moi une mauvaise mère. J’étais simplement épuisée.
Jai 38 ans et pendant longtemps, jai cru que le problème venait de moi. Que jétais une mauvaise mère
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03
Amitié trahie : jalousie, soupçons et révélations inattendues au cœur de la vie parisienne entre Mylène, Sonia et Valère
Journal intime : amitié trahie Je tenvie, vraiment, Édith. Pour de vrai, je tenvie. Jai sursauté, un
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09
Ce que tu raccourcis, tu ne pourras jamais le rallonger : L’histoire de Taïsia, entre amours estivaux, choix de liberté, va-et-vient entre Odessa et Kiev, robes de mariée trop lourdes, maris successifs, illusions perdues et responsabilités abandonnées – quand le bonheur se mesure aux petits riens, mais que le temps, lui, ne se rattrape plus.
CE QUE TU RACCROCCHES, TU NE LE RECOUVRERAS PAS À chaque fois quAgnès montrait ses photos de mariage
— Tu n’as vraiment aucune conscience. Tu ne vois donc pas à quel point c’est difficile pour Daniel ? C’est ton frère, tu aurais pu l’aider. Tu ne penses toujours qu’à toi. Récemment, ma mère m’a appelée pour me demander de venir récupérer toutes mes affaires de chez elle. — On n’arrive plus à circuler ici à cause de tes affaires, m’a-t-elle dit. Cette discussion a eu lieu après que j’ai refusé de donner de l’argent à mon frère Daniel pour l’apport d’un appartement. Oui, donner, pas prêter, car je sais très bien qu’il ne me rembourserait jamais. Après mon refus, Daniel a claqué la porte de mon appartement furieux, persuadé que j’allais lui donner toutes mes économies sous prétexte qu’il a une famille et des enfants, alors que moi non. La guerre des familles avant les fêtes J’ai besoin d’en parler car j’ai l’impression que mes proches sont injustes avec moi, surtout à l’approche des fêtes. Quand je suis partie étudier à Londres, j’ai immédiatement enchaîné les petits boulots. Au début, j’habitais en résidence étudiante, puis j’ai loué un appartement avec une amie. Je ne voulais pas dépendre de mes parents, alors j’ai travaillé dur, non seulement pour subvenir à mes besoins mais aussi pour aider ma mère. Elle ne m’a jamais réclamé d’argent directement, mais elle me demandait toujours de ramener des choses utiles : vêtements, chaussures, objets pour la maison. Et pour les courses, j’arrivais sans faute avec des sacs remplis. Ma mère vit dans un F4 avec Daniel. Notre père est décédé il y a trois ans. Mon frère n’a jamais été intéressé par les études. Une fois son bac en poche, il est parti bosser en Irlande, mais il n’a réussi qu’à acheter une vieille voiture. À son retour, il est devenu chauffeur de taxi. Plus tard, il s’est marié et a ramené sa femme, Émilie, vivre chez ma mère. Ils ont toujours eu du mal financièrement car Daniel vivait au jour le jour. Dès qu’ils touchaient leur paie, tout était dépensé aussitôt. Ma mère et les parents d’Émilie les aidaient régulièrement. Daniel savait qu’il y aurait toujours quelqu’un pour lui tendre la main, alors il n’a jamais essayé de gagner plus ni d’améliorer sa situation. Aujourd’hui, Daniel et Émilie ont deux enfants et un troisième est en route. Ils ont décidé que l’appartement de ma mère devenait trop petit et songent à acheter leur propre logement. De mon côté, je vis en location avec mon compagnon Ryan. Nous envisageons de nous marier, mais attendons un moment plus propice. Nos revenus sont stables – Ryan est développeur informatique et je gère plusieurs boutiques en ligne. Nous ne faisons pas de dépenses inutiles ; nous économisons pour acheter un chez-nous et pouvoir vivre en autonomie après le mariage. Ma mère connaissait nos projets, mais elle a quand même suggéré à Daniel de me demander de l’aide financière. — Ils veulent acheter un appartement mais n’ont pas d’apport, m’a dit ma mère. Quand Daniel s’est pointé pour me dire franchement qu’il avait besoin d’argent, j’ai refusé. Il est reparti fou de rage, persuadé que je lui devais cela, puisqu’il a une famille et pas moi. Ensuite, ma mère m’a appelée et m’a dit : — Tu n’as vraiment aucune conscience. Tu ne vois pas à quel point c’est difficile pour Daniel ? C’est ton frère, tu aurais pu l’aider. Tu ne penses toujours qu’à toi. Puis elle a ajouté : — Viens donc récupérer tes affaires de chez nous. On ne peut plus bouger avec tout ton bric-à-brac. Et inutile de venir à Noël. Daniel t’en veut et, honnêtement, moi non plus je n’ai pas envie de te voir. Je n’ai pas discuté. J’irai chercher mes affaires et je leur trouverai une place dans mon appartement en location. Et quand Ryan et moi achèterons notre propre chez-nous, je les déménagerai là-bas. J’aurais pu prêter de l’argent à mon frère, mais je savais bien qu’il ne me le rendrait jamais. Et il ne m’a même pas demandé un prêt – il s’attendait juste à ce que je lui donne toutes mes économies. Sous prétexte qu’il a des enfants… Et vous, comment auriez-vous réagi dans cette situation ?
Tu nas vraiment aucun scrupule. Tu ne vois donc pas la situation difficile dans laquelle se trouve Olivier ?