Lisa est revenue à la réunion des anciens élèves, trente ans après le bac… Elle y allait surtout pour saluer sa professeure préférée. L’émotion était palpable lors des retrouvailles. Même des garçons de la classe parallèle étaient présents. Le cœur de Lisa s’est emballé en apercevant Vincent, son amour secret du lycée… Grand, élégant, quelques cheveux gris et une barbe soignée. Il ressemblait peu au jeune garçon turbulent d’autrefois. L’ambiance était animée. Après les salutations, chacun bavardait debout. Lisa en resta bouche bée en voyant qui s’avançait vers elle !

17 juin 2024

Aujourdhui, je me suis rendu à la réunion des anciens élèves du lycée Paul Cézanne, à Aix-en-Provence. Trente ans se sont écoulés Jy allais avant tout pour saluer ma professeure préférée, Madame Morel, qui ma tant appris. Lémotion était palpable dès lentrée dans le hall. Même quelques anciens du lycée voisin étaient de la partie. Quelle surprise lorsque jai reconnu Antoine, mon amour secret de jeunesse ! Grand, élégant, poivre et sel avec une petite barbe discrète. Il navait plus grand-chose du gamin espiègle que j’avais connu. La salle bourdonnait de conversations et déclats de rire, mais une atmosphère chaleureuse régnait. Après de longues poignées de main et embrassades, alors que je discutais dans un coin, jen suis resté bouche bée en voyant qui s’approchait de moi.

Pourtant, je me souviens encore de mon image du lycée : j’étais persuadé dêtre le garçon le plus effacé et banal de la classe. Jobservais avec une pointe denvie les filles blondes aux yeux bleus avec lesquelles tout le monde voulait être ami.

Ma mère, Marie-Claire, me répétait toujours : « Romain, tu verras, lâge te réussira. Moi aussi, je me suis épanouie sur le tard. Attends un peu, tu feras chavirer les cœurs. » Je hochais la tête, baissant les yeux, tout en sentant le rouge me monter aux joues. Pourtant, devant le miroir, josais à peine me regarder.

Il y avait cette fille de la classe voisine qui me plaisait tant, Camille, jolie, sportive et toujours souriante. Sa vivacité, autant sur le terrain de basket que dans la cour, me fascinait. En la voyant mener son équipe à la victoire en EPS, impossible de ne pas être admiratif. Si Camille navait pas été aussi belle et charismatique, elle maurait plu tout autant, tant sa lumière captivait tout le lycée. Mais comment espérer attirer lattention dune telle étoile quand elle était perpétuellement entourée dadmiratrices et de copains bruyants ? Elle nétait jamais seule et, lors de nos rares croisements dans les couloirs, jétais tétanisé, fuyant son regard à chaque rencontre.

Je nen ai jamais parlé à personne, mais jétais convaincu que tout le monde lisait en moi comme dans un livre ouvert, que mon secret était flagrant. Jen rougissais rien quà lidée quon puisse en rire ou pire encore quelle le devine elle-même Jai tout fait pour loublier, effacer mes sentiments dado. Ce fut difficile au début, mais peu à peu, à force de volonté, jai réussi. Je me suis même surpris à être fier de moi. « Limportant, cest de ne pas trop sapprocher », me chuchotais-je les jours de doute. Alors, à chaque fois que je lapercevais dans les couloirs, je filais dans une autre direction ou je me dissimulais derrière un groupe délèves.

Deux ans sont passés ainsi. Je travaillais bien, jai grandi et, avec la maturité, ma timidité a fondu. Et le miracle maternel sest accompli : le garçon maladroit était devenu un homme élancé, presque séduisant. Après la troisième, je suis allé en BTS à Marseille. Jai rarement eu des nouvelles dAntoine ou des autres camarades, sauf par le biais de Madame Morel, que je croisais à loccasion dans notre quartier du centre-ville.

Je nallais jamais aux soirées danciens ; notre promo manquait de cohésion, je navais pas vraiment gardé de liens. Mais cette année, cétait exceptionnel : trente ans déjà ! Jai décidé dy aller, surtout pour faire plaisir à Madame Morel, qui fêtait ses soixante-dix ans.

Tout le monde semblait bouleversé de retrouver le décor du vieux lycée et les vieilles blagues. Les anciens du lycée Anatole France, dont Camille, étaient venus aussi.

Quand jai vu Antoine, jai ressenti une drôle de tension. Il sest avancé vers moi, grand, posé, la barbe bien taillée, rien de ladolescent farceur dautrefois. Pourtant, dans ses yeux, je retrouvais la même malice.

Après les discours de circonstance et les embrassades, chacun formait des petits groupes dans la salle polyvalente. Je bavardais tranquillement quand jai vu Antoine marcher droit vers moi, sourire en coin.

Eh bien, voici mon amour denfance Romain, me dit-il en me prenant la main et y déposant un baiser, comme on le ferait dans un vieux film français. Cétait si naturel, comme si on sétait quittés la veille. Jai eu un fou rire mêlé de gêne.

Jétais ton amoureux ? Ah bon ? Il était temps de me le dire ! ai-je plaisanté.

On a ri, comme autrefois. Nos vies, de toute façon, avaient pris des chemins parallèles. Nous étions tous deux mariés, pères de famille. Antoine me racontait sa carrière et parlait fièrement de son fils.

Jai moi aussi un garçon, ai-je soufflé, avec le sourire. Comme je lavais espéré.

Soudain, la conversation a pris un tour plus personnel. Je voulais savoir :

Mais alors, pourquoi moi ? Jétais si discret Et loin dêtre le plus beau.

Il a souri tristement.

Précisément pour ça. Tu passais sans jamais chercher à mapprocher. Tu avais ce port altier Je nosais même pas imaginer venir vers toi. Mais tu mattirais énormément. Aujourdhui, cela reste un doux souvenir de jeunesse.

Je taimais aussi, mais je naurais jamais pu traverser la horde de tes amis pour tapprocher, ai-je avoué. Mais tout cela reste de lenfance, rien dautre.

Il a eu un léger sourire :

Sait-on jamais Peut-être avons-nous laissé passer quelque chose.

Jai ri à mon tour :

Peut-être quon se retrouvera dans une autre vie, Antoine ! Cest la magie des souvenirs décole, ils ne meurent jamais, nest-ce pas ?

Je chercherai toujours tes yeux verts, a-t-il murmuré, un brin nostalgique.

À ce moment, une voix a retenti dans la salle.

Papa ! Maman et moi venons te chercher, comme tu lavais demandé ! a lancé mon fils en se frayant un chemin à travers la foule.

Je lai présenté naturellement à Antoine.

Je te présente mon fils, Luc.

Antoine Durand, répondit-il, lui serrant la main avec la même poigne que dans sa jeunesse. Un brin démotion dans le regard.

Jai fait un geste dau revoir et nous sommes sortis ensemble. Sur le perron du lycée, Antoine ma rattrapé.

Romain merci.

Pour quoi ?

Pour ton fils. Un nouveau Luc, cest comme un clin dœil à notre passé. Merci de ne pas avoir oublié.

Je lui ai souri. Dans la voiture, ma femme a demandé :

Alors, cette soirée ?

Cétait bien, ai-je répondu. Beaucoup sont venus. Ça fait chaud au cœur. Et un petit pincement aussi, évidemment Le temps ne nous attend pas. Je suis heureux pour Madame Morel. Quelle femme exceptionnelle. Pourvu quelle transmette encore longtemps sa passion à de nouvelles générations

Ce soir, en déposant ces lignes, je repense à tout cela. La vie file comme la Durance après la pluie, mais elle laisse toujours quelque chose de doux en mémoire. Jai appris que nos souvenirs denfance nont pas besoin dêtre revisités sans cesse, mais que de les retrouver peut, en un éclair, nous réchauffer le cœur.

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Lisa est revenue à la réunion des anciens élèves, trente ans après le bac… Elle y allait surtout pour saluer sa professeure préférée. L’émotion était palpable lors des retrouvailles. Même des garçons de la classe parallèle étaient présents. Le cœur de Lisa s’est emballé en apercevant Vincent, son amour secret du lycée… Grand, élégant, quelques cheveux gris et une barbe soignée. Il ressemblait peu au jeune garçon turbulent d’autrefois. L’ambiance était animée. Après les salutations, chacun bavardait debout. Lisa en resta bouche bée en voyant qui s’avançait vers elle !
L’amertume au plus profond de l’âme : « Depuis longtemps l’assistance publique pleure après toi ! Va-t’en de notre famille ! » ai-je hurlé à voix brisée. La cible de mon indignation était mon cousin Dimitri. Mon Dieu, comme je l’aimais enfant ! Ses cheveux blonds comme les blés, ses yeux bleu clair, son caractère joyeux – tout cela, c’était Dima. …Chez nous, les réunions de famille autour de la table étaient fréquentes. Parmi tous mes cousins, je préférais de loin Dimitri. Il avait le verbe facile, savait séduire comme un virtuose. Il dessinait à merveille, griffonnant en une soirée cinq ou six croquis au crayon. J’admirais ses dessins, incapable de détourner les yeux de leur beauté. Discrètement, je les cachais dans mon bureau, précieusement conservés. Dimitri était de deux ans mon aîné. Mais à ses quatorze ans, sa mère, la sœur cadette de mon père, est décédée subitement. La question s’est posée : qu’allait-on faire de Dima ? On a d’abord tenté de retrouver son père biologique – compliqué, car après le divorce, il avait refait sa vie ailleurs et ne voulait pas la bouleverser. Le reste de la famille a haussé les épaules : nous avons nos propres problèmes, nos propres enfants… Finalement, malgré la présence de deux enfants à la maison, mes parents ont pris Dima sous tutelle. Au début, j’étais heureuse qu’il vienne vivre chez nous. Mais dès le premier jour, l’attitude de mon Dima préféré m’a troublée. Pour consoler l’orphelin, maman lui a demandé ce qu’il souhaitait. Il a aussitôt réclamé un train électrique – un jouet coûteux à l’époque. J’ai eu du mal à comprendre qu’il puisse en rêver alors que sa mère venait à peine de disparaître… Mes parents ont immédiatement cédé. Puis ce fut le tour du lecteur cassette, du jean, du blouson de marque… Dans les années 80, tout cela coûtait cher et était difficile à trouver. Mes parents lui faisaient plaisir, nous privant parfois, mon frère et moi, mais nous comprenions et ne disions rien. …À seize ans, Dima s’est tourné vers les filles. Très entreprenant, il s’est même mis à flirter avec moi, sa cousine. J’étais sportive et j’ai toujours su éviter ses avances déplacées – parfois, ça se terminait même en bagarre. Je ne voulais pas inquiéter nos parents, alors je gardais tout pour moi. Repoussé, Dima s’est immédiatement intéressé à mes amies, qui se disputaient même ses faveurs. …Mais Dima s’est aussi mis à voler – sans complexe ni remords. Ma tirelire, le fruit de mes économies pour des cadeaux à mes parents, s’est vidée du jour au lendemain. Dima n’a jamais avoué, n’a même pas rougi. Mon âme se déchirait : comment pouvait-il voler dans sa propre famille ? Il brisait nos valeurs. Je lui en voulais terriblement, alors qu’il ne comprenait même pas pourquoi. Il pensait que tout lui était dû. Je me suis mise à le haïr et je lui ai finalement lancé : « Pars de notre famille ! » Je l’ai blessé par mes mots, jusqu’à ce que maman me console tant bien que mal. Dès ce jour, j’ai ignoré Dima. Plus tard, j’ai compris que nos proches savaient très bien à qui ils avaient affaire. Les anciens professeurs de Dima avaient prévenu mes parents : « Vous regretterez d’avoir pris cette charge, il va corrompre vos propres enfants ! » …Dans son nouveau lycée, Dima rencontre Catherine. Elle l’aimera toute sa vie, l’épousera à la sortie de l’école, et lui donnera une fille. Catherine supportera toutes ses infidélités, ses mensonges, son caractère impossible. Comme on dit, célibataire en peine, mariée à double peine… Dima partira au service militaire au Kazakhstan, fondera là-bas une famille parallèle et y fera un fils. Catherine ira le chercher au Kazakhstan et réussira à le ramener auprès de leur famille. Mes parents, eux, n’ont jamais reçu le moindre remerciement de la part de ce neveu qu’ils avaient pourtant accueilli… …Aujourd’hui, Dimitri Eugène a soixante ans. Pratiquant à l’église orthodoxe, il a, avec Catherine, cinq petits-enfants. Tout semble bien aller, mais la blessure de ma relation avec Dima est toujours vive… Même avec du miel, l’amertume ne passe pas.