Le lendemain, la voisine saccroche à nouveau à notre clôture. Ma femme sapproche et lui dit que nous avons beaucoup de travail aujourdhui, donc nous ne pourrons pas discuter comme la veille. « Et demain alors ? », demande Brigitte, curieuse. « Ce sera pareil demain. En fait, il vaut mieux ne plus venir nous voir », ajoute ma femme.
Mon désir de vivre en ville ne ma pas apporté grand-chose de positif.
Ma femme possède une maison à la campagne, près de Saumur. Quand ses parents étaient encore vivants, nous allions souvent leur rendre visite. Jaimais quand ils installaient la grande table sous le vieux poirier pour dîner dehors le soir. On pouvait bavarder jusquà la tombée de la nuit. Cétait la tradition à chaque visite. Lhiver, sa mère allumait la grande cheminée. Sur la table, il y avait toujours des pâtisseries fraîches. Une merveilleuse odeur envahissait la maison.
Ma femme et moi adorions aller skier ou faire de la luge lhiver. Mais après le décès de ses parents, nous navons pas vendu la maison. Nous avions prévu dy retourner aussi souvent quavant. Malheureusement, cela ne sest jamais vraiment fait.
Nous avions toujours mille choses à faire. Petit à petit, nous avons arrêté de penser à la maison de campagne. La vie a continué, les années ont filé sans quon sen rende compte. Notre fils, François, a rencontré une jeune femme française et la épousée. Ma belle-fille, Clémence, disait souvent que ce serait merveilleux de vivre à la campagne, au moins pendant lété.
Cest comme cela que la maison nous est revenue à lesprit. Ma femme Anne et moi y sommes allés les premiers. Cela faisait si longtemps depuis notre dernier séjour. À notre arrivée, tout était comme avant, sauf que la maison était un peu à labandon.
Nous avons décidé de tout nettoyer. Anne sest occupée de lintérieur, pendant que je faisais la cour. Jimaginais que la maison aurait mal supporté les années sans personne, mais non. Après un bon ménage, elle reprenait vie. Le lendemain, les enfants sont arrivés et ont aidé à ranger de leur côté. En une journée, tout était de nouveau propre et accueillant. Les femmes ont préparé le dîner, pendant que mon fils et moi réparions la vieille table et les bancs sous le poirier.
Cest alors que jai remarqué quune femme nous observait derrière la clôture. Elle nous a expliqué quelle venait dacheter la maison dà côté et voulait faire connaissance. Par politesse, nous lavons invitée à dîner. Elle sappelait Brigitte. Elle nous a expliqué quelle vivait seule. Elle a une fille à qui elle a aussi acheté une maison, et cette dernière a trois enfants. Brigitte est divorcée, sans mari. Elle parlait, parlait, mais javoue que je nécoutais plus vraiment. Soudain, jai senti quelque chose frôler ma jambe.
Jai regardé sous la table et jai vu le pied de la voisine. Jai vite retiré ma jambe, mais elle na pas cessé dessayer de me caresser du bout du pied. Cétait une situation insolite. Jessayais de rester normal, sans éveiller lattention de ma femme. Mais Brigitte continuait de parler sans sarrêter. Les enfants commençaient déjà à simpatienter. Je voulais vraiment quelle parte. En rangeant la table, Anne a remarqué le comportement léger de Brigitte. Cétait difficile de ne pas être daccord avec elle. Mais je nai rien avoué de ce qui sétait passé sous la table. Javais honte. Je soupçonnais même que ce nétait pas la première fois que cette femme se comportait ainsi.
Le lendemain, elle traînait à nouveau près de notre clôture. Anne est allée lui parler et lui a expliqué que nous avions trop de choses à faire aujourdhui, que ce nétait pas possible de discuter.
Et demain alors ? demande Brigitte, intriguée.
Demain, ce sera pareil. Inutile de revenir.
Ma femme avait agi courageusement. Brigitte a marmonné un moment dans sa barbe, mais nous navons pas prêté attention à ses propos. Peu importe. Je pense quAnne a fait ce quil fallait. Nous sommes des gens simples et sincères. Et nous sentons tout de suite quand quelquun ne nous plaît pas, alors nous éviterons tout contact.






