Toute une maison pleine d’invités non invités : ou comment notre maison de campagne est devenue le refuge d’une “grande famille” improbable, entre compétitions de volley en décembre, petits-déjeuners chez Tata Monique, et des cousins qu’on ne connaît même pas…

Des invités imprévus emplissaient toute la maison.

Et ces charmantes personnes, elles ne pourraient pas vivre ailleurs ? demanda la femme. Il y a des hôtels partout, quand même !
Mais ils ne sont pas venus exprès pour nous envahir ! Ils ont tous leurs soucis. Ils règlent leurs affaires et puis, ils partent !
Et dautres prennent aussitôt leur place ! Tu sais, hier jai entendu dire quun certain Monsieur Georges Bernard qui cest, celui-là ? habite ici depuis deux ans déjà !
Mais combien cela va-t-il encore durer ? sexclama Élodie. Cest complètement surréaliste !

Quest-ce quil se passe ? demanda Pierre, paresseusement étendu sur les draps.

Là-bas ! Élodie désigna la fenêtre dun geste vif. Le tournoi de volley commence, là, sous le ciel !

Cest fou ! Pierre sétira, les yeux brillants.

Tu es sérieux ? Élodie tira violemment les rideaux. Tu vas me dire que tu veux y participer, en plus ?

Non, je préfère rester au lit et toi aussi, pourquoi pas ? répondit-il en riant doucement.

Élodie sassit au bord du lit, un air perplexe :
Dis-moi, quel esprit saint organise un tournoi de volley au mois de décembre, dehors, à la campagne ?

Ce nest pas bizarre, répondit Pierre en haussant les épaules. Il ne neige pas, il ne fait pas froid, et cest sec. Cest lidéal pour faire voler un ballon.

Oui, enfin, ils vont finir par casser toutes les vitres, protesta Élodie. Aucun professionnel, ce sera la pagaïe !

On remplacera les vitres, cest tout, répliqua Pierre en sétirant.

Élodie secoua la tête, sceptique. Elle ouvrit la bouche pour poursuivre, mais une voix retentit du rez-de-chaussée :

Mes petits chéris ! Le petit déjeuner est prêt ! Jai préparé des crêpes au fromage blanc ! Venez avant que ça refroidisse !

Tante Marie fait toujours les choses en grand ! sourit Pierre.

Cest censé être un privilège dépouse, de préparer le petit déjeuner à son mari ! grommela Élodie.

Tu peux toujours faire le café ! blagua Pierre.

Messieurs-dames, le café va refroidir ! hurla encore la voix de Tante Marie.

Tu vois ! Élodie montra la porte. À ce rythme, Tante Marie va bientôt prendre ma place même au lit !

Allez, nexagère pas ! samusa Pierre. Personne ne te remplacera ici ! Allez, levons-nous, sinon tout ça va refroidir.

Élodie soupira, résignée, et enfila sa robe de chambre.

En traversant les couloirs jusquà la cuisine, pas une âme ne leur croisa le chemin.

Incroyable marmonna Élodie, je pensais ne jamais pouvoir me retrouver seule avec toi dans cette maison.

Les miracles existent, répondit Pierre, sourire aux lèvres. Tu vois comme cest vivant chez nous ? On déjeune, puis on regardera le match. Ce soir, Denis Olivier fait griller des brochettes de bœuf !

Quelle fumée ce sera et ça finira encore par brûler quelque chose, ronchonna Élodie tout en savourant les crêpes.

Tu parles du pavillon damis ? rit Pierre. Ils en ont déjà construit un nouveau ! Toujours plus grand, trois fois plus grand même.

Super, histoire davoir encore plus de visiteurs ! Élodie affichait clairement sa contrariété. Je narrive plus à retenir la moitié des prénoms ! Il va falloir leur mettre des étiquettes, et ajouter leur degré de parenté, histoire de sy retrouver un peu.

On s’emmêlerait quand même, tu verrais Pierre réfléchit un instant. La queue de la parenté commence Ton frère, épouse de mon cousin, et après, Dieu seul sait !

Élodie fit mine de calculer.
Avant de finir de lire leur fiche, je deviens folle.

La discussion sarrêta net, tant les crêpes étaient délicieuses. Plus tard, éclaircie par la bonne humeur, Élodie demanda :

Pierrot, combien de temps est-ce quon va vivre ainsi ?

Ainsi comment ? Pierre devina de quoi il sagissait, mais feignit de sétonner.

Avec cette population d’invités sans fin ! Je veux bien être accueillante, mais là, ça devient fou ! Hier, j’ai arrêté de compter à vingt-cinq… mais je t’assure, trente personnes qui font comme chez elles !

Ce nest pas ainsi que jimaginais notre vie à deux.

Mais cest notre vie de famille Et ces gens, cest aussi, dune certaine façon, la famille ! répondit Pierre.

Par alliance, au quinzième degré ! bougonna Élodie. Même ton frère, de qui vient ce cadeau, nest même plus leur parent. Cest du côté de sa femme

Tu sais, il existe des mots pour décrire ces liens, mais je tavoue, je ne les connais pas ! reconnut Pierre. Mais ils sont sympas, ces gens-là.

Oui, daccord mais il y a des hôtels partout, non ?

Ils sont ici parce quils traversent une mauvaise passe. Une fois leurs problèmes réglés, ils repartent.

Et remplacés aussitôt. Hier, jai appris que Georges Bernard travaille dans lépicerie du village ! Et Tante Marie fait des ménages tout autour, comme si de rien nétait !

Les gens sorganisent ! Pierre sourit.

Si ça continue, je retourne à Paris ! Mon appartement mattend. On y serait bien mieux à deux, rien que tous les deux !

***

Élodie savait que cétait risqué, de se lancer avec Pierre. Il avait dix ans de plus, mais elle-même nétait plus une gamine : vingt-cinq ans quand ils sétaient rencontrés.

La question taraudait :

Mais pourquoi Pierre na-t-il jamais été marié ? Quelque chose cloche ?

La même question pouvait sappliquer à elle :

Et pourquoi elle na-t-elle pas épousé quelquun avant vingt-cinq ans ? Où est le problème ?

Mais Élodie connaissait la réponse. Elle avait fait des études darchitecte, mais son diplôme seul ne nourrissait pas. Elle comptait se forger une réputation, puis gagner assez pour choisir lamour et non le hasard.

Elle avait bossé dans une agence dÉtat, puis dans le privé où les commandes affluaient : tout y était plus palpitant, mieux payé, mais les clients nétaient pas tous faciles. Pourtant, le boulot, cest le boulot.

Ça laissait peu de place à une histoire sérieuse.

Elle découvrit que Pierre avait suivi le même genre de parcours, avec même plus de complications. Son frère Arnaud avait monté une boîte, juste après avoir quitté la fac, et sétait marié aussitôt.

Pour ne pas y laisser sa vie, il avait embauché Pierre. En vérité, il lui avait tout refilé. Pierre venait dachever son service militaire.

Pierre avait étudié tout en dirigeant lentreprise. Il y arrivait avec brio, mais sa vie privée en pâtissait. Quand Arnaud eut un fils, Pierre ne rentrait presque plus chez lui.

Tu comptes travailler un jour ? avait-il dit à son frère.

Pierre, jen ai marre, jveux plus être chef dentreprise ! confessa Arnaud. Je veux bosser de mes mains, pointer, finir, et retrouver ma femme et mon fils au dîner !

Tu crois que tu pourras vivre correctement comme ça ? demanda Pierre.

On veut partir dans les Alpes Arnaud sortit ses papiers. Je tai tout transféré, la boîte et les avoirs ! Tes doué pour ça, alors continue. Travaille bien !

Laisse-moi ton RIB pour que je tenvoie une part des bénéfices balbutia Pierre, sous le choc.

Dès lors, Pierre trouva la vie plus légère.

À trente-cinq ans, il comprit que tout roulait, et songeait à fonder une famille.

Avec Élodie, ce fut le coup de foudre. Les signaux rouges levés, lamour sinstalla. Six mois plus tard, ils étaient mariés.

Ils vécurent dabord dans lappartement dÉlodie.

Je taime, mais cest parfait pour moi, avoua-t-elle, gênée. Le bureau est à cinq minutes à pied, cest pratique. Je suis incapable de me lever tôt !

Pas de souci. Je nai jamais eu mon propre appartement, jai toujours loué, faute de savoir où minstaller. Choisis, tu es ma femme.

Jai toujours rêvé de la campagne, lâcha Élodie, mais je ne suis pas sûre de pouvoir bosser à distance. Au bureau, même en période de télétravail, ils nous forçaient à venir.

Exige, sinon tu pars à la concurrence ! ricana Pierre. Ou mieux, montons notre boîte, carrément.

Je tenterai le coup dabord, sourit-elle.

Au fait, jai déjà une maison à la campagne, dit Pierre. Enfin

Avant de partir pour les Alpes, Arnaud lui fit promettre :
Prends bien soin de la famille de ma femme si jamais ils débarquent Mais ne te laisse pas marcher sur les pieds !

Et je les mets où ? Dans des hôtels ? demanda Pierre.

Jai acheté une grande maison il y a un an, on ny a jamais mis les pieds. Elle est à toi, désormais ! Arnaud fit un geste grandiloquent, et partit.

Il y aura juste quelques membres de la famille de la femme dArnaud. La maison est immense, il y a même un pavillon pour les invités ! On ne se croisera même pas.

LorsquÉlodie arriva dans cette drôle de maison, elle fut accueillie par une véritable nuée de gens. Tous rayonnaient, proposaient leur aide, racontaient mille histoires tristes sur leur venue.

Des divorces, des querelles, des rénovations ratées, des bêtises, des trahisons, des étudiantes et des exilés. Même un professeur, chassé par une étudiante, attendait de vendre son ancien appartement.

Chaque histoire semblait flotter, suspendue, dans une ambiance dauberge animée.

Élodie devait pourtant travailler : un client pénible lui empoisonnait la vie.

Un matin, Igor Vadim – moustachu, massif – passait par là, entendit la conversation, sinvita devant la caméra du portable, et déclara à son client :

Avec tout le respect que je vous dois, vos remarques relèvent de lincompétence. Cette femme a construit un projet impeccable, vivez donc heureux ! Si vous refusez, que votre maison sécroule ne vous étonnez pas !

Le client céda à Élodie. Elle demanda à Igor comment il savait tout ça.

Ma chère, jai été architecte pendant trente-six ans ! Viens me voir pour des conseils !

Bien que laide dIgor fût précieuse, la foule des invités et la joyeuse cacophonie pesaient sur Élodie qui rêvait de calme provincial. Mais la maison bouillonnait, comme en rêve.

***

On peut retourner à Paris si tu veux dit Pierre mais je crois que tu ignores certains détails sur ces invités.

Lesquels ? questionna Élodie.

Tu croyais que le pavillon damis avait brûlé, mais en fait il a été reconstruit aussitôt, entièrement payé par nos visiteurs. Tu imagines combien ça aurait coûté à Paris ?

Une fortune ? hasarda Élodie.

Zéro ! Pierre fit un rond avec sa main. Nos invités ont tout financé, tout bâti, et ils payent aussi pour leau, lélectricité, même pour nous deux ! On vit à leurs frais.

Ils soccupent de la cuisine, du ménage, des réparations. Beaucoup dentre eux bossent. Sans parler des conseils gratuits

On a là des ingénieurs, des comptables, des avocats, même un professeur de biologie !

Et un architecte ! Élodie sourit, pensant à Igor.

Jai doublé les profits de ma boîte grâce à leurs conseils ! sesclaffa Pierre. On na quà les recruter !

Et le plus étrange, tu sais quoi ? Pierre répondait déjà : Ils ne demandent rien, vivent juste avec nous, famille improvisée, immense et atypique.

Au même moment, un ballon vola à travers la fenêtre de la cuisine, répandant une pluie de verre brisé. Un jeune homme déboula :

Romain est déjà parti chercher une nouvelle vitre ! Ne vous en faites pas ! Dans deux heures, tout sera parfait. Ah, pardon ! Il attrapa le ballon et sévapora.

Voilà, murmura Pierre, tout sourire.

Je crois que je vais my faire, souffla Élodie, un peu stupéfaite.

Un mois plus tard, elle nétait plus gênée par cette foule mouvante. Et soudain, ils nétaient plus des invités, mais devenaient famille, étrange, vaste et bienveillante, à la française.

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Toute une maison pleine d’invités non invités : ou comment notre maison de campagne est devenue le refuge d’une “grande famille” improbable, entre compétitions de volley en décembre, petits-déjeuners chez Tata Monique, et des cousins qu’on ne connaît même pas…
En apercevant le chien allongé près du banc, il se précipita vers lui. Son regard tomba aussi sur la laisse, négligemment laissée par Nathalie. Dès qu’elle vit le chien étendu près du banc, elle accourut aussitôt vers lui. Dans son champ de vision apparut aussi la sangle, que Nathalie avait jetée là, sans y penser. Mars lançait un regard plaintif à sa maîtresse, ses yeux gonflés de tristesse… Cela faisait presque deux ans que les deux sœurs n’avaient pratiquement plus échangé un mot. Hélène ne comprenait toujours pas comment une broutille avait pu provoquer un tel déchirement. Hélène et Vadim Roumiantsev n’avaient qu’un an d’écart. Depuis leur plus jeune âge, ils étaient inséparables, toujours solidaires l’un de l’autre. Quelle que soit la bêtise commise, ils partageaient la responsabilité, jamais l’un ne se défaussait sur l’autre. Leur village natal, Beauvallon, prospérait d’année en année. Ils avaient la chance d’avoir à leur tête M. Paul Michaud, né ici, et reconnu pour ses compétences hors pair en gestion. Après ses études d’ingénieur agronome, Paul était revenu à Beauvallon pour s’y investir pleinement. Rapidement son engagement fut salué, et dix ans plus tard il devint le maire du village. Sa vie privée était tout aussi comblée. Hélène, après le lycée professionnel de santé, avait été embauchée comme aide-soignante au cabinet médical du village. Paul ne resta pas indifférent devant une telle beauté. Hélène répondit à ses avances. Ils se marièrent, la fête fut célébrée par tout Beauvallon. Vadim se réjouissait sincèrement du bonheur de sa sœur, même si sa propre union avec Nathalie était loin d’être aussi harmonieuse. Tant qu’Hélène était célibataire, Nathalie la jalousait à voix basse, la traitant d’inutile ou de prétentieuse. Après son mariage, l’envie pris le dessus. Nathalie exigeait toujours plus de son époux — une maison neuve, une plus grosse voiture, un manteau plus luxueux… De plus en plus souvent, elle reprochait à Vadim : « Les autres ont tout ; nous, on n’a rien ! » Vadim faisait de son mieux, mais il ne pouvait satisfaire à toutes les ambitions de Nathalie, ni en argent, ni en énergie. Partiellement, Nathalie était malheureuse elle aussi : le destin ne lui avait pas offert la joie de la maternité. Et pendant ce temps, Hélène avait épousé un homme respectable, avait donné naissance à un garçon, puis à une fille, construit une grande maison, son mari était haut placé… Au fil du temps, les repas de famille dégénéraient en disputes. Chaque visite chez Hélène était suivie, pour Vadim, d’un nouveau sermon de Nathalie. La dernière scène éclata le jour de l’anniversaire de Vadim. Hélène lui amena en cadeau un chiot labrador de la ville – il en rêvait depuis longtemps. Paul lui offrit une nouvelle moto. Tout allait bien jusqu’à ce que Nathalie, rendue irascible par l’alcool, explose et se déverse de fiel sur Hélène : — Alors Lène, le chien, c’est un message ? Puisqu’on n’a pas de gamin, on prend un chien, c’est ça ?! Léna tenta d’apaiser la situation : — Nathalie, calme-toi. Tu le regretteras… Mais rien n’y fit. La dispute fit rage, les convives se divisèrent. Paul souffla à voix basse qu’il était temps de partir, et ils quittèrent discrètement la soirée. Deux ans passèrent. Ce soir-là, Vadim avait coupé tout contact avec sa sœur, ne la revoyant qu’en de très rares occasions. Simultanément, la tension montait entre lui et Nathalie. Le soir, Vadim se promenait de plus en plus souvent le long de la Seine avec Mars. À deux ils semblaient paisibles : Vadim lançait un bâton, Mars s’élançait, puis s’allongeait à ses pieds, écoutant attentivement les histoires racontées à voix basse par son maître. Hélène en était informée par les voisins, mais n’intervenait pas — Vadim restait inflexible. Après la fatale dispute, Nathalie en vint à détester non seulement Hélène, mais aussi Mars, offert par celle-ci. Quand Vadim s’absentait, la chienne était mise dehors, houspillée, parfois même frappée. Les commères du quartier en rajoutaient : — Tu sais, Nathalie, ton mari est encore parti promener le chien au bord de l’eau… — Hier, il a revu Lène et sa famille… Ils riaient, tout heureux ! La jalousie rongeait Nathalie. Un jour Vadim lui demanda : — Nathalie, tu ne fais pas de mal à Mars, hein ? — Qu’est-ce que tu veux que je fasse de ton clébard ? — répliqua-t-elle sèchement, avant de sortir. Mars évitait de plus en plus souvent Nathalie, tremblait à son approche. Tout bascula le matin où Vadim, excédé, lança au moment de partir : — J’en peux plus, de cette jalousie maladive ! Restée seule, bouillonnant de rage, Nathalie traîna Mars dehors, l’attacha au banc et le frappa à coups de ceinture. Le pauvre animal hurla de douleur. Après s’être défoulée, Nathalie jeta la ceinture, fit ses valises et quitta la maison définitivement. Le soir, Vadim rentra ; Mars n’était pas à la porte. La maison était sens dessus dessous. Près du banc, il retrouva Mars ; sa main se crispa. Il le détacha sans tarder, le prit dans ses bras et courut au cabinet médical. Hélène s’apprêtait à rentrer quand elle reconnut, dans les bras de son frère, le chien blessé et en sang : — Lène, aide-moi… — murmura Vadim d’une voix éraillée. Ils installèrent Mars en salle de soin. Hélène examina minutieusement l’animal : — Qui lui a fait ça ? — Nathalie… — Vadim baissa la tête. Hélène hocha la tête, en silence. Elle désinfecta les plaies, recousit les blessures, nettoya les yeux, donna de l’eau au chien. Plus tard, dans le couloir, Vadim souffla d’une voix coupable : — Pardonne-moi, Lène… — Allons, lui répondit-elle dans un sourire épuisé. Et avec Nathalie… ? — Non, Lène. C’est fini, cette fois. Hélène appela Paul : — Paul, viens me chercher, s’il te plaît. En entendant la lassitude dans la voix de sa femme, Paul se mit aussitôt en route. Une demi-heure plus tard, il se tenait dans le couloir. Voyant frère et sœur réunis, Mars geignant doucement à leurs pieds, il ne posa pas de questions et dit simplement, en souriant : — Allez, venez, mes courageux. Ils ramenèrent Vadim à la maison et prodiguèrent tous les conseils pour les soins de Mars. Quand Hélène raconta tout à leur mère, celle-ci soupira : — Ils auraient dû divorcer depuis longtemps. Elle attrapa son manteau et partit donner un coup de main chez son fils. Dans l’entrée, Vadim était assis, caressant Mars. Sa mère les rejoignit, tous les deux, et les prit dans ses bras : — Vous êtes vivants, au moins ? — Vivants, répondit Vadim. Du fond de la maison montaient les odeurs appétissantes de viande bouillie et de légumes frais. Mars renifla l’air, la queue frétillante. Vadim sourit et se leva. La vie continuait ainsi.