Demandant à ma belle-mère de quitter notre foyer

Cher journal,

Aujourdhui, les reproches de ma bellemère mont encore fait sourire en coin. Victorine Olegine, ma bellemère, ne cesse de sermonner ma fille Élise comme si elle voulait la pousser hors de notre petite ville de Tours pour quelle aille à Paris décrocher un « prestige » à la Sorbonne.Je sais que Élise est têtue ; on ne peut pas la raisonner, et pourquoi le feraisje?

«Pauline, dislui de prendre le train!», implorait Victorine, désespérée dimposer sa volonté à la petitefille sans même la consulter.
Que dire? Que je la force à quitter son foyer contre son gré pour un diplôme que ma mère veut comme une couronne? Ce nest pas à vous, ni à moi, de décider où elle étudiera ou même si elle le fera.

«Et si elle nallait pas du tout?», minterrogeait la vieille dame, cherchant à me faire parler. Chaque être humain a sa propre idée du « réussir dans la vie »: certains comptent les enfants, dautres les euros, dautres encore la liberté de suivre son cœur. Aucun de ces critères nest mauvais tant quon ne les impose pas aux autres.

Victorine, à mon sens, est obsédée par lenseignement supérieur. Elle veut que chaque petitcousin et petitecousine sorte dune grande école plutôt que dun institut « de seconde zone ».

Avec moi, il ny a jamais eu de vraie confrontation ; mon époux, Paul, a étudié à la Sorbonne en licence de droit, tout cela grâce à une bourse dÉtat. Aucun de nous na jamais remis en question son choix, et la vieille Victorine a dabord trouvé cela un peu amusant.

Chacun a ses passetemps: certains tricotent des peluches, dautres arrosent leurs potagers, certains parlent sans cesse de limportance dun diplôme. Tout a basculé quand nos filles ont grandi.

Alexandrine, laînée, a toujours haussé les épaules face aux discours de sa grandmère, les attribuant à ladolescence. Mais lorsquelle a quitté le collège de médecine après la seconde, a suivi quelques cours desthétique et a commencé à travailler dans un salon de beauté, la vraie tempête a éclaté.

Cest alors que Victorine a lancé le premier gros clash.
«Un diplôme, cest toujours utile!», lançaitelle. «Quel est le problème si vous navez pas de «bourse»? Vous êtes quoi, des vendeurs de produits?»
Je nen croyais pas mes oreilles. Elle a même crié sur Paul, le poussant à se défendre.

«Alexandrine na pas réussi le collège de médecine. Elle a refait deux matières trois fois, nestce pas ça?», a expliqué Paul. «Pourquoi la forcer à un parcours qui la ferait échouer?Nous navons pas de budget illimité pour payer une école privée.»

Il a ajouté quil était prêt à envoyer Élise à luniversité lan prochain, mais pas à financer un «prestige» inutile pour Sasha. Il a rappelé que Sasha, après son diplôme, avait gagné un bon salaire en beauté, et que les temps où lon fallait forcément une grande école étaient révolus.

Peutêtre que les arguments de Paul ont convaincu Victorine que luniversité ne serait pas une charge trop lourde pour Alexandrine, mais le sujet était resté mort.

Tout a changé le jour où Élise, fraîchement diplômée du lycée, a décidé de sinscrire en alternance à lInstitut Polytechnique de Tours, à deux pas de chez elle.
«Quimporte lendroit?Je ne rêve pas de conquérir la capitale. Jy suis allée quelques fois, et je sais que la vie làbas nest pas faite pour moi.Nous avons tout ce quil faut dans notre région, pas besoin de respirer les gaz déchappement de Paris.Je prévois même de travailler à distance et, pourquoi pas, de minstaller dans un petit village.»

Victorine a perdu patience.
«Pauline, tu dois la faire changer davis. Sinon, plus aucun de nos descendants ne sera intelligent!»

Avant quÉlise ne trouve les mots pour répliquer, Alexandrine a pris la parole :
«Alors, grandmère, tu me dis que je suis une «bouchon»? Pourquoi tu ne mappelles jamais «bouchon» quand il faut nettoyer ou faire les courses?Comment supportestu une «bouchon» comme moi?Et pourquoi me prêter de largent?»

Jai été surprise, car je navais jamais touché aux finances dAlexandrine. Elle ma expliqué quelle laidait parfois à acheter un microondes ou une bouilloire, pas grandchose, mais suffisait pour la faire rougir.

«Tu penses que je te donne de largent pour te rendre une bouteille?», a rétorqué Victorine, un brin amère.

«Tu veux que je voie un jour la vie sans diplôme?«Alors va faire les courses, grandmère», a répliqué sèchement Alexandrine.

Jai alors demandé à Victorine de quitter la maison, de ne plus jamais revenir. Paul, après avoir entendu sa mère dire ces choses, a soutenu ma décision et a coupé tout contact avec elle. Il a expliqué que la différence entre une obsession et linsulte envers ses petitsenfants était abyssale.

Victorine a tenté à plusieurs reprises de se réconcilier, sans succès. Alexandrine et Élise ne répondent plus à ses appels, tout comme moi.

Paul et moi nous rencontrons parfois avec elle sur un terrain neutre, mais aucune discussion sur le futur universitaire de nos enfants nest à lordre du jour.

Peutêtre que, avec le temps, la vieille Victorine apprendra de ses erreurs, quen perdant deux petitesfilles elle pourra garder une relation avec notre fils. Le temps nous le dira.

À demain, cher journal.

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