Garance, sil te plaît! implorait la cousine, les yeux suppliants ne me laisse pas tomber. Sans toi je ne pourrai jamais remettre Léo sur ses pieds! Je nai pas dargent, je ne travaille pas, et toi tu gagnes bien Garance, prêtemoi au moins dix euros! Jen ai vraiment besoin! Je te rendrai, parole dhonneur, dès que possible
Garance navait personne dautre que sa cousine Delphine à qui se confier. Leur relation avec leur mère était depuis longtemps rompue, et le lien avec la petite sœur cadette était gelé à cause dun vieux conflit familial. Depuis lenfance, Sophie se sentait lésée par cette absence. Elle avait obtenu son diplôme universitaire toute seule, cherchant longtemps sa place dans la vie. Une fois quelle avait commencé à gagner correctement sa vie, elle sétait dabord assurée un toit: elle a contracté un crédit immobilier et acheté un appartement à quelques pas du centre de Paris.
Sophie travaillait sans relâche, acceptant les missions supplémentaires, ramenant souvent dossiers et rapports chez elle, sacrifiant ses weekends. Delphine, en revanche, menait une vie de luxe, vivant essentiellement aux frais des hommes quelle fréquentait, empruntant régulièrement de largent à Sophie jusquà la prochaine paie. Au début, Sophie ne voyait rien de répréhensible à cette situation.
Un soir, le téléphone sonna. Sur lécran apparut le nom de Delphine:
Salut Sophie! Ça va?
Salut. Ça va, je travaille. Et toi?
Delphine soupira longuement:
Écoute, jai un petit souci. La propriétaire a brusquement augmenté le loyer, et il me faut cinquante mille euros tout de suite. Tu peux me prêter? Sinon je suis expulsée!
Sophie, prise de court, demanda:
Mais pourquoi? Questce qui a changé?
Elle dit que les prix grimpent partout. Tu peux maider?
Sophie resta silencieuse un instant, pesant la demande.
Javais mis de côté de largent pour les vacances
Garance, sil te plaît! Je te rembourserai dans deux jours. Un beau mec ma promis une petite somme, je te rendrai le tout.
Delphine, je prépare un voyage, et
Tu ne peux pas attendre deux jours?! Allez, sois sympa!
Sophie soupira profondément.
Daccord mais seulement deux jours! Je ne veux pas que mes vacances seffondrent à cause de ta désinvolture.
Oh! Merci infiniment! Tu as la référence de ta carte? Envoie le virement!
Sophie envoya largent, mais ne récupéra jamais la somme.
***
Trois mois plus tard, rassemblant tout son courage, Sophie appela de nouveau Delphine.
Salut Delphine, comment vastu?
Oh, Sophie, salut! Tout va bien. Questce que tu voulais?
Sophie rougit, la honte lui montant au visage.
Delphine, tu te souviens que tu mas emprunté de largent?
Ah oui, bien sûr. Et alors?
Jen ai vraiment besoin maintenant. Mon téléphone est en panne, les clients mappellent et je nentends rien. Il faut que jen achète un nouveau, mais je nai plus les moyens Remboursemoi, sil te plaît.
Delphine ricana:
Garance, un téléphone à deux mille euros, cest du luxe! Tu ne devrais pas viser si haut, choisis quelque chose de plus simple.
Sophie se justifia:
La technologie est chère aujourdhui, et jai besoin dun modèle robuste pour le travail, avec des logiciels lourds.
Sophie, je nai vraiment rien à te rendre pour le moment. Jai déménagé dans un appartement beaucoup plus cher, tu imagines les dépenses?
Mais tu avais promis
Jen garde le souvenir! Dès que je règle mes propres problèmes financiers, je te rembourserai, promis juré.
Après plusieurs relances, refus et excuses toutes faites, Sophie se résigna à perdre cet argent.
***
Quelques mois plus tard, Delphine rappela.
Sophie, jai besoin daide immédiatement!
Quoi encore?
De largent, même un peu.
Delphine, je tai déjà dit que je suis à sec. On ne ma même pas versé la prime du trimestre.
Donnemoi ce que tu peux! Mon portemonnaie est vide, mon ventre gargouille, je ne sais plus quoi faire!
Tu es allée chez le médecin?
Pas le temps!
Tu ne travailles plus depuis deux mois.
Et alors? Garance, ne me tourne pas autour du pot. Tu vas me donner de largent?
Sophie soupira.
Le maximum que je peux toffrir, cest cinq ou six cents euros.
Cinq cents?! Tu te moques de moi!
Cest tout ce que jai, Delphine.
Daccord, envoieles.
Sophie évitait désormais les rencontres avec Delphine, mais la cousine persistait à se rappeler sans cesse de ses besoins.
***
Une grossesse inattendue compliqua davantage la vie de Sophie. Delphine était alors en couple avec un jeune homme prometteur, persuadée que lenfant garantirait un avenir sans souci. Sophie, plus réaliste, ne partageait pas cet optimisme. Un aprèsmidi, autour dun thé, elle osa exprimer ses doutes:
Delphine, ne devraistu pas reconsidérer ce projet? Ce type ne te connaît que depuis une semaine.
Pourquoi? Il maime!
Vous vous connaissez à peine. Un enfant
Peu importe! Il maime vraiment! Dès quil apprendra la nouvelle, il me demandera mariage.
Tu joues avec le feu, Delphine. Et sil ne se marie pas?
Alors il subviendra à ma charge et à celle du bébé. Cest un homme respectable!
Tu ferais mieux de compter sur toi-même
Arrête, Sophie! Tu nas même pas dhomme! Quand le bébé arrivera, tout ira mieux.
Quelques mois plus tard, Delphine apparut chez Sophie en larmes.
Il il ma laissé!
Qui? Cet homme?
Delphine hocha la tête, les sanglots coulant.
Il a dit que ce nétait pas son enfant. Quil y en a plein comme lui. Il ma même menacée si jessayais de le faire chanter.
Je te lavais dit
Ne dis rien! Je suis déjà au plus bas. Que faire?
Delphine si tu doutes de tes forces, pourquoi ne pas envisager une interruption?
Delphine explosa:
Tu oses? Cinq mois déjà! Jai ralenti le temps pour que tu penses que je ne le fais que pour largent! Où le mettre?
Mais tu dis que tu ne pourras pas ten sortir. Tu nas ni travail, ni argent. Ton père ta abandonnée, le bébé na plus de soutien. Réveilletoi!
Bon, ça suffit, jirai accoucher, on verra après. Peutêtre quil écrira! Ou quil changera davis. Prêtemoi un peu dargent pour les premiers frais? Le médecin veut des vitamines chères, je nai rien.
Sophie poussa un long soupir, ouvrit son application bancaire et envoya les fonds.
***
Delphine récupéra son fils à la maternité et, dès le premier jour, commença à décharger toutes ses difficultés sur Sophie, sous prétexte de «pour le bébé». Du matin au soir, elle appelait:
Sophie, tu peux passer au supermarché? Le lait est fini, Léo vient de se réveiller et il pleure.
Delphine, il est déjà neuf heures du soir. Tu ne peux pas y aller toimême? Le magasin est à deux pas.
Je ne peux pas, jai mal au dos depuis ce matin, je rampe à peine. Et je nai même pas envie dhabiller Léo. Sil te plaît!
Sophie, résignée, accepta une dernière fois:
Daccord, mais cest la dernière fois.
Merci, ma chère! Achète aussi des couches, du lait davoine, du poulet et des saucisses, je tattends!
Quand le petit Léo tomba malade, Delphine nhésita pas à appeler à minuit, exigeant que Sophie rapporte des médicaments dune pharmacie de garde:
Sophie, Léo a de la fièvre! Jai besoin daide immédiatement!
Questce qui se passe? Il allait bien il y a deux heures, on vient de parler!
Je ne sais pas, il crie, il suffoque. Il faut du paracétamol. Une amie pédiatre ma conseillé daller à la pharmacie de garde.
Tu plaisantes! Sans examen? Appelle lambulance!
Non, ils lemmèneront à lhôpital, ils le placeront. Au pire ils feront baisser la fièvre. Ma pédiatre est fiable, elle vend des compléments, je te dis ce quil faut, juste apportele. Sil te plaît, cest pour le bébé!
Sophie retint sa colère et répondit:
Daccord, jarrive, mais cest vraiment la dernière fois.
Chaque demande, même la plus insignifiante, était présentée comme une nécessité «pour le bébé». Sophie habilla, nourrit, soigna Léo pendant plus dun an et demi.
Puis elle arriva au point de rupture. La goutte deau fut la dernière requête de Delphine.
Sophie, jai besoin dune nouvelle robe, je nai plus rien à porter, et Léo a besoin de nouvelles chaussures
Delphine, ça suffit! Je nen peux plus! Tu demandes toujours «pour le bébé», mais moi aussi je veux vivre!
Et qui va maider? Tu veux que mon enfant meure de faim?
Je veux que tu prennes enfin tes responsabilités. Je ne veux plus te soutenir!
Tu es égoïste! Tu ne penses quà toi! Que vaisje faire maintenant?
Fais ce que tu veux, mais sans moi.
Sophie coupa le fil. Delphine passa le reste de la journée à envoyer des messages insultants, à réclamer de largent et des excuses. Sophie resta ferme, aucune de ses demandes nobtint réponse. Le lendemain matin, la première chose quelle fit fut daller au bureau, de changer son numéro de téléphone, puis de respirer enfin librement. Elle savait quelle devait désormais analyser son parcours et comprendre comment elle en était arrivée là.





