Quand le mari rentra de chez sa mère, il soupira et proposa un test de paternité pour leur petite fille de deux ans : « Pas pour moi, mais pour maman »
Pendant les six mois qui précédaient notre mariage, elle répétait sans cesse à son fils : « Ne lépouse pas, elle ne te convient pas! » raconte Marine, trente ans, la voix tremblante de colère. « Elle est trop jolie, elle te trompera! » On en riait, on plaisantait en disant que Thomas aurait dû choisir un crocodile pour être sûr déviter les coups fourrés. Mais aujourdhui, lenvie de rire a disparu. Plus du tout.
Marine ne se voit pas comme une beauté éclatante. Cest une jeune femme ordinaire de la banlieue lyonnaise, soignée comme beaucoup dautres. Fine, bien coiffée, vêtue simplement, elle a toujours été exigeante en amour et sest toujours respectée. Pourquoi sa bellemère, Thérèse, latelle jugée frivole et infidèle reste un mystère. Pourtant, cette femme a transformé la vie de sa bru en véritable enfer.
Ils sont mariés depuis quatre ans et ont une fille. Marine est en congé parental ; ses journées se résument à cuisiner, nettoyer et changer les couches. Les seules personnes quelle voit sont les autres mamans du parc. Mais Thérèse ne lâche rien. Elle soupçonne Marine dinfidélité et lespionne comme un détective de série télé à petit budget.
« Elle ma toujours surveillée! » souffle Marine, les yeux brillants de larmes. « Elle appelait pour vérifier, débarquait sans prévenir, essayait de contrôler chaque geste. Au début, jessayais den rire. Jen parlais à Thomas, on rigolait. Mais cest épuisant! Jai explosé à plusieurs reprises, on sest disputés. Elle se calmait un instant pour repartir de plus belle. »
Le premier scandale survint quelques mois après le mariage. Thérèse se présenta sans prévenir au bureau de Marine. Aucun appel, aucune raison. Juste pour vérifier : « Elle travaille vraiment ici? Ou bien elle ment à son mari pour voir des amants? »
« Je ne sais même pas comment elle a pu entrer! » sindigne Marine. « Nous avons une sécurité, les visiteurs doivent senregistrer. Jai failli mévanouir quand la secrétaire ma annoncé : « Quelquun pour vous. » Je lui ai demandé : « Thérèse, que faitesvous ici? » Et elle a répondu : « Je voulais voir où tu travailles. » En scrutant la salle! Notre bureau est ouvert, tout le monde devant son écran. Je nose pas imaginer si javais eu un bureau fermé »
La secrétaire, Élodie, confia plus tard à Marine que cette femme étrange lui avait posé mille questions. « Depuis quand travailletelle? Arrivetelle à lheure? Parletelle à qui? Atelle quelquun ici? Jai dit que vous étiez mariée! » ajouta Élodie, dubitative. Marine était furieuse. De retour à la maison, elle explosa devant Thomas : « Ta mère a franchi les limites! Parlelui, cest absurde! Elle a presque fouillé sous mon bureau à la recherche dun amant. Qui sait »
Thomas sembla tenir une discussion sérieuse avec sa mère. Un calme relatif sinstalla. Thérèse appelait le soir, demandait des nouvelles, envoyait des gâteaux. Marine espérait que lorage était passé. Erreur.
Le prochain incident survint pendant sa grossesse. En arrêt maladie, elle dormait chez elle, le téléphone éteint, quand un vacarme la réveilla : coups à la porte et sonnerie incessante. « Jai sursauté, craignant un incendie! » racontetelle. « Jai regardé par le judas Thérèse! Le visage déformé, frappant la porte et sonnant comme une folle. Jai eu peur douvrir. Jai appelé Thomas : « Viens vite, je ne comprends pas! » Il est arrivé en vingt minutes. Pendant ce temps, jattendais devant la porte »
Ils ont crié sur Thérèse. Marine a menacé dappeler la police ou un hôpital psychiatrique si cela se reproduisait. « Tenirla loin de moi! » a exigé. Le calme est revenu temporairement.
Marine a donné naissance à une fille, mais sa bellemère a refusé même de la voir. La raison? Chez les hommes de la famille de Thomas, il ny avait que des garçons. Une fille, selon Thérèse, serait la preuve dune infidélité. « Je nai même pas écouté ces sottises, » déclare Marine. « Je ne lui parle plus. Thomas la voit une fois par mois, sans nous. Tant mieux. Je ne confierais jamais ma fille à elle. »
Le pire est survenu plus tard. Un soir, Thomas est rentré de chez sa mère, lair sombre, et a proposé un test de paternité. « Pas pour moi, Marine, voyons! » balbutiatil. « Cest pour ma mère. Quelle arrête une bonne fois! Elle devient folle, et je subis tout ça »
Marine a éclaté dun rire amer. « Pour ta mère ? » Sa voix tremblait de rage. « Dis plutôt que tu crois à ses délires! Elle ne sarrêtera jamais. Même avec trois tests, elle dira quon a truqué les résultats! Je ne jouerai pas son jeu, point final. »
« Ce nest quun test » insista Thomas.
« Pourquoi faire? » Marine le fixa, retenant ses larmes. « Je sais qui est le père de ma fille. Et toi? Si tu en as besoin, daccord. Mais dabord, divorçons. Je ne resterai pas avec un homme qui ne me fait pas confiance! »
Ses mots tombèrent comme un couperet. La confiance entre eux se fissurait, empoisonnée par sa mère. Marine sentait quelle était au bord du gouffre, sans savoir comment sauver son couple de cette folie.






