Maëlle, tu as quel âge ? demanda doucement le père. Jai limpression que tu nes pas en première année duniversité, mais en CP. Peu importe lamour, il faut bien vivre quelque part, manger tous les jours, non ? Alors, pourquoi cette précipitation ? Vous voulez vous marier demain, cest ça ? Personne nest contre ton Théo, quil vienne, on fera connaissance, on discutera, on rencontrera ses parents Je dis vrai ?
Didier, tu arrives bientôt ? demanda Céline en appelant son mari au travail.
Bientôt. Jai presque fini, répondit-il.
Alors, dépêche-toi ! On a quelque chose à te dire, ajouta-t-elle soudain.
Quelque chose ne va pas ? sinquiéta Didier.
Disons que ce nest pas encore arrivé, mais il faut en parler, murmura Céline, visiblement nerveuse, mais rien de grave pour linstant.
Quinze minutes plus tard, le chef de famille entrait dans lappartement.
Quest-ce qui se passe ici ? demanda-t-il prudemment à sa femme.
Change-toi, lave-toi les mains, inutile de tout abandonner pour sauver lunivers, dit-elle en lembrassant et le poussant vers la salle de bains.
Bientôt, il eut terminé ses ablutions, enfilé des vêtements confortables, et rejoignit le salon.
Viens, lentraîna Céline vers la chambre de leur fille. Maëlle était assise sur son lit, les yeux rougis.
Alors, quest-ce qui se passe ? fit Didier, sefforçant de rester calme.
Demande à ta fille, grogna Céline. Allez, dis à ton père ce que tu as décidé !
Maëlle bouda, tournant la tête vers la fenêtre, refusant de parler.
Écoutez, les filles, frappa Didier du plat de la main sur la table. Soit vous me dites calmement, sans cris ni drames, ce qui se passe, soit vous vous débrouillez seules, et je vais me reposer après le travail !
On veut se marier, annonça Céline avec un sarcasme mordant. Tout de suite, sans attendre !
Comment ça ? sétonna Didier. Juste comme ça ? Avec qui, si ce nest pas un secret ?
Comme Maëlle gardait un silence obstiné, Céline reprit :
Théo Lenoir, tu te souviens ? Il vient souvent ces derniers temps.
Ah bon Donc cest sérieux, ma chérie ?
Maëlle ne répondit toujours pas.
Allez, assez joué. Tu veux que je fasse le clown pour que tu parles ? gronda le père.
Théo et moi, on saime ! sécria enfin Maëlle. Il est formidable, et on va se marier !
Enfin un peu de clarté, soupira Didier. Il est dans ta promo ?
Oui, dans le même groupe.
Première année, murmura-t-il, résigné. Des enfants
On nest pas des enfants ! bondit Maëlle. On a dix-huit ans, on est majeurs !
Daccord. Si vous êtes majeurs, alors vous êtes adultes, cest ça ? Parlons donc comme des adultes.
Je ne veux pas parler ! Ça va encore être : “Vous êtes trop jeunes, attendez, construisez-vous, vérifiez vos sentiments”, et tout ce bla-bla. Vous, les adultes, vous ne comprenez pas une chose simple : on saime, et cest tout ! Et vous voulez tout gâcher !
Maëlle, je ne veux rien gâcher, soupira le père. Je veux juste comprendre. Donc, toi et Théo vous vous aimez, cest ça ? Maëlle hocha la tête avec défi. Tant mieux. Et vous voulez vous marier ? Tous les deux, ou juste toi ?
Papa, ne cherche pas à insulter Théo. Lui aussi veut quon se marie.
Bravo. Donc, vous avez la volonté. Mais où allez-vous vivre ? Avec quel argent ? Vous y avez pensé ?
Ce nest pas important ! Si on saime, le reste na pas dimportance ! sexclama-t-elle avec fougue.
Maëlle, tu as quel âge ? répéta doucement son père. On dirait que tu es en CP, pas à la fac. Peu importe lamour, il faut un toit, de la nourriture. Cest essentiel. Pourquoi cette précipitation ? Vous voulez vraiment vous marier demain ? Personne nest contre Théo, quil vienne, on discutera, on verra ses parents Je dis vrai ?
Tout à fait, mon chéri. Mais il y a un détail Ils ont une bonne raison de se presser.
Théo est appelé sous les drapeaux ?
Non, pas Théo. Maëlle. Tu ne dis rien ? Cest à moi dannoncer ?
Je ne me tais pas, grommela Maëlle. Théo et moi on va avoir un bébé.
Ah fit Didier, stupéfait. Et vous comptez faire quoi ?
Nous marier ! Le garder ! Et ne pensez pas à me faire changer davis ! Notre enfant naîtra !
Calme-toi ! Personne ne te force à quoi que ce soit, mais il faut réfléchir. Ses parents sont au courant ?
Il devait leur parler aujourdhui
Et alors ? Il ta donné des nouvelles ?
Non
Bien. Quand il appellera, tu me diras. En attendant, laissez-moi dîner, avant que vos drames ne me coupent lappétit.
Ils passèrent à la cuisine, où Céline réchauffa rapidement le dîner.
Quest-ce quon fait ? chuchota-t-elle.
Je ne sais pas encore. Attendons de voir la réaction de ses parents.
Peu après, Théo appela avec de mauvaises nouvelles : ses parents sy opposaient catégoriquement, la discussion avait mal tourné. Mauvaise affaire
Quinze minutes plus tard, Maëlle entra dans le salon, son téléphone à la main.
La mère de Théo. Elle veut parler à lun de vous
Céline croisa les bras :
Mon chéri, parle-lui, sil te plaît. Je nen ai pas la force
Didier prit le combiné, mit le haut-parleur et fit signe de se taire.
Allô, bonjour. Didier Morel, le père de Maëlle.
Laurence Lenoir. La mère de Théo. Notre fils nous a annoncé sa relation avec votre fille. Et visiblement, ils sont allés plus loin. Avec de grands projets. Vous êtes au courant ?
Oui, nous en avons parlé avec Maëlle.
Parfait. Sachez que nous sommes absolument contre ces projets, dit-elle avec mépris. Notre fils doit étudier, se former, faire carrière. Un mariage en première année, et pire, un enfant, ne font pas partie de nos plans.
Les nôtres non plus, mais votre petit-fils va naître. Que proposez-vous ?
Désolée, mais cest votre problème. Dabord, je ne suis même pas sûre que ce soit le fils de Théo. Ensuite, même si cest le cas, cette manœuvre se marier en urgence ne marchera pas. Votre fille voit en Théo un bon parti, issu dune famille aisée, avec un bel avenir. En tant que femme, je comprends. Mais en tant que mère, je ferai tout pour quelle laisse mon fils tranquille. Mon mari est du même avis. Théo a compris nos arguments et demande à votre fille de ne plus le contacter. Quelle fasse ce quelle veut, cela ne nous regarde pas. Bonne soirée.
Elle raccrocha. Didier regarda sa femme et sa fille, sombre.
Vous avez entendu ? Bref, on garde le bébé il nest pas responsable de son père. Rien de grave. Tu prendras une année sabbatique, puis tu reprendras tes études. On vous soutiendra financièrement. Quant à eux on réglera ça plus tard. Des salauds !
Il emmena sa femme à lécart.
Prends Maëlle avec toi ce soir, pour quelle ne fasse pas de bêtises. Calme-la. Je dormirai dans sa chambre.
Une heure plus tard, on sonna à la porte.
Qui est-ce à cette heure ? grogna Didier en allant ouvrir.
Il revint accompagné dun jeune homme.
Théo ! sexclama Maëlle. Tu es venu pour moi ?
Oui. Didier, Céline, je viens chercher Maëlle.
Où ça ?
Je ne sais pas encore. On louera un appartement. On est majeurs, alors laissez-nous partir !
Attends, fit Didier. Ta mère a dit que toute la famille était contre, toi compris.
Pas exactement. Cest elle qui a décidé. Mon père la suit aveuglément. Moi, jai fait semblant dêtre daccord. Puis jai pris mon portefeuille et me voilà.
Intéressant, sourit Didier. Tu veux emmener Maëlle, louer un logement Avec quel argent ?
Jai économisé. Je travaille le soir, jai un blog payant. Ça suffira pour quelques mois.
Pas mal. Alors, ma chérie, on laisse partir notre fille ? Ce garçon a lair sérieux.
Je ne sais pas, murmura Céline. Il est tard
Tu as raison. Écoutez, vous voulez vraiment vous marier ?
Oui ! dirent-ils en chœur.
Et garder le bébé ?
Même réponse.
Alors, on vous soutient, mais à certaines conditions. Dabord, tu tentes de te réconcilier avec tes parents, et toi, Maëlle, tu laides. Théo reste ici ce soir pas question de vous précipiter. Tu dormiras dans le salon. Tu diras à tes parents que tu es chez un ami. Ensuite, tu les prépareras à la vérité, sans dispute ! Pas dabandon des études ! Surtout toi, Théo. Maëlle prendra une pause, puis rattrapera. On vous aidera financièrement, mais cest à vous de vous débrouiller. Pour le mariage, pas de folies économisez. Vous acceptez ?
Oui, dit Théo sans hésiter. Oui, dit Théo sans hésiter.
Moi aussi, papa, murmura Maëlle, les larmes aux yeux.
Didier hocha la tête, posa une main sur lépaule du jeune homme et lui offrit un sourire bref mais sincère.
Alors bienvenue dans la famille. Demain, on commence.







