Tu nas pas honte de demander à mon fils ? sécria la belle-mère en entendant parler de nourriture.
Élodie, cest toi qui as acheté cette crème ? demanda Sophie, examinant le petit pot sur létagère de la salle de bains. Cest cher, non ?
Non, cest Mathieu qui la rapportée, répondit la belle-fille en essuyant ses mains avec une serviette. Il dit que ça aide contre les rides.
Sophie Dubois reposa le pot et pinça les lèvres. Son fils dépense son argent pour des futilités, alors quil manque de lessentiel. Ce matin encore, il avait appelé pour sexcuser : il ne pourrait pas faire les courses avant demain.
Et pour le déjeuner, quest-ce quon fait ? demanda-t-elle à Élodie. Dans le frigo, il ny a que des patates et des carottes.
Élodie haussa les épaules.
Je ne sais pas. On pourrait faire une soupe ?
Une soupe avec quoi ? Il ny a ni viande ni poulet. Juste des légumes.
Alors on fera une soupe aux légumes, dit Élodie en ouvrant le frigo. Il reste aussi des oignons et du chou. Ce sera bon.
Sophie secoua la tête. De son temps, les femmes soccupaient mieux du foyer. On prévoyait toujours à lavance, pour la semaine.
Et pour Louna, on fait quoi ? demanda-t-elle, parlant de sa petite-fille de quatre ans. Elle ne mangera pas que de la soupe.
Je ferai des pâtes ou de la semoule, dit Élodie en sortant un paquet de pâtes du placard. Les enfants adorent ça.
Il reste du beurre au moins ?
Élodie ouvrit le frigo et vérifia la boîte.
À peine cinquante grammes.
Sophie soupira. Ils vivaient au jour le jour, et son fils achetait des crèmes inutiles. Les jeunes navaient plus les bonnes priorités.
Écoute, Élodie, dit-elle en sasseyant sur une chaise, tu ne veux pas aller au supermarché ? Juste pour du pain et du lait pour Louna.
Avec quel argent ? rétorqua Élodie. Je nai plus un sou.
Comment ça ? Tu travailles pourtant.
Oui, mais je nai pas encore été payée.
Sophie se leva et fit les cent pas dans la cuisine. La situation devenait tendue. Mathieu retardait ses courses, sa belle-fille était à sec, et la famille avait besoin de manger.
Ma pension est partie dans les médicaments, murmura-t-elle. Ma tension était trop élevée, jai dû acheter des pilules chères.
Alors on attend demain, proposa Élodie. On tiendra un jour de plus.
Et Louna, elle mangera quoi ? sindigna Sophie. Tu veux affamer ton enfant ?
Élodie sarrêta, une louche à la main.
Quest-ce que vous proposez ? Quon cuisine de lair ?
Je ne sais pas ! Réfléchis ! Tu es sa mère !
Des petits pas résonnèrent, et Louna entra dans la cuisine, encore en pyjama.
Mamie, cest quand quon mange ? demanda-t-elle en frottant ses yeux.
Bientôt, ma chérie, dit Sophie en la prenant dans ses bras. Maman va préparer à manger.
Élodie se mit à éplucher les pommes de terre en silence. Elles étaient petites et pleines de germes.
Maman, je peux avoir un biscuit ? demanda Louna en regardant dans le buffet. Il y a une boîte.
Il ne reste que des miettes, répondit Élodie. On mangera après la soupe.
Cest quoi la soupe ?
Aux pommes de terre.
Louna fit la grimace.
Je ne veux pas ça. Je veux de la viande, comme chez tante Léa hier.
Sophie soupira lourdement. Sa petite-fille avait raison : les enfants avaient besoin dune vraie alimentation, pas seulement de légumes.
Élodie posa la casserole sur la gazinière et alluma le feu. Ses mains tremblaient légèrement de fatigue et de stress.
Élodie, dit doucement Sophie, tu ne veux pas appeler quelquun ? Une amie, ou tes parents ?
Pour quoi faire ?
Pour demander un peu dargent. Pour la nourriture.
Élodie se retourna brusquement.
Encore ? Ils ont leurs propres problèmes.
Mais tu peux leur expliquer. Les gens comprennent.
Je ne suis pas du genre à mendier, répondit Élodie froidement.
Et tes parents, où sont-ils ? Ils pourraient aider.
Ma mère est à lhôpital, mon père est avec elle. Ils ont déjà assez de dépenses.
Sophie regarda la casserole où bouillonnaient les pommes de terre. Ça ne sentait rien. Ça ne donnait pas envie.
Écoute, dit-elle avec détermination, je vais appeler Mathieu. Je vais lui demander dapporter quelque chose.
Il a dit quil ne pouvait pas aujourdhui.
On peut essayer.
Sophie prit le téléphone et composa le numéro de son fils.
Mathieu ? Cest moi Oui, tout va bien Écoute, tu es sûr que tu ne peux pas passer aujourdhui ? On na vraiment rien à manger Comment ça, tu nas pas dargent ? Où est-il passé ? Daccord Demain, cest sûr ? Bon, on tattend.
Elle raccrocha et regarda Élodie.
Il dit quil viendra demain matin. Il a vraiment des problèmes dargent en ce moment.
Alors on se débrouille avec ce quon a, dit Élodie en remuant la soupe.
Pendant ce temps, Louna avait pris une boîte de biscuits vide dans le buffet. Il ne restait que des miettes.
Maman, je peux manger les miettes ?
Bien sûr, ma chérie.
La petite fille versa les miettes dans sa main et les lécha. Sophie la regardait, le cœur serré.
Élodie, insista-t-elle, tu es sûre que tu ne veux pas demander à une amie ? Juste pour Louna.
Combien de fois faut-il le répéter ? Je ne demanderai rien à personne !
Pourquoi ? Par orgueil ?
Non, par dignité. Je nai pas lhabitude de dépendre des autres.
Ce ne sont pas des étrangers ! Ce sont tes amies !
Elles ne roulent pas sur lor non plus. Elles ont leurs propres familles.
Sophie se remit à marcher. La situation devenait critique.
Peut-être quon pourrait demander à la voisine, suggéra-t-elle. Madame Lefèvre est toujours prête à aider.
Non.
Pourquoi ?
Parce que cest gênant. On ne se fréquente pas beaucoup.
Mais cest une femme gentille. Elle comprendra.
Élodie ne répondit pas, continuant à remuer la soupe. Il ny avait que des morceaux de pommes de terre et de carottes.
Maman, quand est-ce que papa rentre ? demanda Louna. Il avait promis de la glace.
Il viendra demain, ma puce.
Pas de glace aujourdhui ?
Non, pas aujourdhui.
Louna fit la moue.
Pourquoi il ne vient pas ? Il ne nous aime plus ?
Bien sûr que si. Il travaille beaucoup.
Sophie nen pouvait plus.
Louna, va dans le salon regarder un dessin animé. Maman et moi, on doit parler.
La petite fille obéit. Dès quelle fut partie, Sophie se tourna vers Élodie.
Écoute-moi bien. Un enfant a besoin de manger correctement. Pas seulement de la soupe.
Et que veux-tu que je fasse ? Je nai pas de baguette magique.
Tu






