En septième, elle avertit ses amies que ce garçon serait son mari.
Amélie, encore au collège, déclara à ses camarades que Théo était son amoureux et quils se marieraient un jour. Personne nosa la contredire.
Maintenant, ses amies nosaient même pas regarder Théo, car la grand-mère dAmélie passait pour une sorcière. Elle vivait recluse dans son village, sadonnant à des pratiques obscures, tandis quAmélie apprenait lart noir en ville, rendant parfois visite à sa grand-mère.
Et Théo ? Théo ignorait complètement Amélie. Il passait tout son temps libre dans la cour avec Élodie. Élodie, handicapée depuis lenfance, se déplaçait en fauteuil roulant.
Je ne sais pourquoi, mais cest Élodie qui conquit le cœur de Théo. Peut-être à cause de sa douceur ou de sa bonté, mais elle le fascina. De plus, elle était intelligente, et Théo trouvait du plaisir à discuter avec elle. Depuis des années, ils partageaient tous leurs moments libres.
Un jour, Théo sortit de chez lui pour rejoindre Élodie dans la cour, mais Amélie lui barra le chemin.
« Salut, Théo. »
« Salut, » répondit-il en essayant de léviter.
« Tu veux faire un tour en ville ? » proposa Amélie.
« Pas aujourdhui, désolé, » répondit Théo.
Amélie serra les lèvres, regardant Théo sapprocher dÉlodie, échangeant rires et conversations. Une vague de jalousie noire submergea son cœur. Elle pleura en secret.
Les années passèrent. Théo emmenait Élodie au bord de la Seine, en forêt ou dans les champs de coquelicots. Ils partageaient chaque instant.
Amélie devint une beauté aux cheveux de jais. Tous les garçons la désiraient, si élégante et fine. Mais Théo navait dyeux que pour Élodie. Leur amour avait mûri, nétait plus enfantin.
Un matin, alors que Théo se rendait chez Élodie, Amélie larrêta de nouveau.
« Salut, Théo. Tu cours encore vers ton infirme ? Quas-tu trouvé en elle ? Prends-moi plutôt. Avec moi, tu seras heureux. Tu sais bien que je taime depuis lécole. »
« Je sais, » répondit Théo, « mais jaime Élodie. »
« En quoi est-elle meilleure que moi, cette loque ? »
« Je ne sais pas. Mais elle lest, cest certain. »
Amélie soupira. « Tu sais quil ne me faudrait quun sort pour te faire maimer. Ma grand-mère est la plus puissante. Mais je ne veux pas de ça. Je veux que tu maimes vraiment. Dis-moi ce que je dois faire. »
Théo sarrêta et la regarda. « Fais marcher Élodie. Alors, je tépouserai. »
Dès lors, Amélie passa ses journées avec Élodie. Elle venait tôt le matin et repartait tard le soir. Théo la voyait à peine. Élodie ne protestait pas. Elle buvait des infusions, massait ses jambes, sentraînait sans relâche.
Théo, témoin de ces efforts, comprit à quel point Amélie laimait.
Quatre mois plus tard, un soir, Théo alla dans la cour où Amélie soccupait dÉlodie. Tout le monde observait depuis les balcons
Amélie tenait Élodie par les mains, léloignant peu à peu du fauteuil. Ce jour-là, elles étaient les deux filles les plus heureuses du monde. Épuisées mais radieuses, elles sassirent sur un banc. Théo, stupéfait, sapprocha.
« Théo, je peux te parler ? » dit Amélie en sécartant dÉlodie.
Il sapprocha.
« Cest lheure ? » murmura-t-il.
« Quelle heure ? »
« Le mariage. »
Amélie rit doucement. « Non, Théo. Je voulais mexcuser pour mon entêtement. La magie est impuissante face à lamour. Et dailleurs, elle ne change rien si lon ny croit pas. »
Aujourdhui, Élodie et Amélie sont meilleures amies. Théo et Élodie ont une fille. Amélie a un fils quelle déteste et cache à tous. Elle dit quil est pilote






