Excuse-moi de ne pas avoir pu célébrer ton anniversaire, j’ai eu un petit incident.

**Journal de Vincent 14 Mai**

Désolé, Paul, de tavoir manqué pour ton anniversaire lautre soir. Figure-toi que jai eu un accident. Non, pas un simple accrochage, quelque chose de bien plus étrange. Jétais sur un chantier à Lyon, je monte dans ma voiture, et à peine ai-je démarré quun gamin se jette sur mon pare-chaussée.

Tu imagines ? Par chance, je nallais pas vite. Je sors en trombe, le cœur battant, et je vois ce petit bout-de-chou, vivant, les yeux grands ouverts. Il avait à peine six ans, ce rouquin aux joues couvertes de taches de rousseur.

« Ça va, petit ? » je demande.
« Oui, monsieur », répond-il, dune voix claire.
« Tes parents, ils sont où ? »
« Maman est à la maison, elle prépare la soupe. »

Bon, allons-y, me dis-je. On monte dans son immeuble, il me montre sa porte et se cache derrière moi, comme un chaton timide. Une femme ouvre. Sublime, mais avec des cernes qui trahissent des nuits de fatigue.

« Pardon, madame Il y a eu un incident. Ne paniquez pas, je vous en prie. Votre fils a couru devant ma voiture. Il va bien, le voici. On appelle les gendarmes ? »
« Inutile », murmure-t-elle. « Cest la cinquième fois quil fait ça. »
« Comment ça ? »

« Marc, va dans ta chambre », ordonne-t-elle, ferme mais douce. Elle minvite à la cuisine. « Un thé ? Ou un café ? »

Son thé était parfumé à la verveine, délicieux.

« Excusez-nous », soupire Élodie cest son nom. « Marc a entendu une conversation où je me plaignais dêtre seule. Depuis, il joue les Cupidons kamikazes. Vous êtes le cinquième homme à qui il saute dessus. Deux ont failli faire un infarctus. Je lui répète quil est tout pour moi, mais il est têtu comme son grand-père Breton. Celui-là, une idée en tête et rien ne le fléchit. Votre voiture a des dommages ? Je peux vous rembourser. »

Moi, je reste planté là, la dévisageant, et soudain, cest clair : je suis cuit. Tu vas rire, Paul, mais je lai su tout de suite. Elle, en robe de chambre, les cheveux en bataille, et cette lassitude qui la rend encore plus belle. Si je la laisse filer, autant me jeter du haut de la tour Eiffel.

« Je sais que cest bizarre, mais et si je vous invitais au cinéma, Marc et vous, pour me racheter ? »
« Inutile », répond-elle. « Marc y verrait une confirmation. »

« Je ne vous plairais pas ? »
« Cest plus compliqué Jai limpression dorganiser des rencontres via accidents de voiture. Cest gênant. »
« Et moi, je deviens un opportuniste de la route », je plaisante. « Autant brûler en enfer ensemble. Mais si cest le cas, partageons le même bûcher, non ? »

Je ne sais plus trop ce que jai raconté ensuite, mais le lendemain, je les ai emmenés voir *Astérix* au Pathé. Puis dîner chez *Bistrot Régent*. Et puis

Bref, Paul, voilà pourquoi je suis là. On se marie en juin à Nice. Besoin dun photographe. Tu ty colles ? Regarde-les, là.

Vincent sort son téléphone. Sur lécran, une rousse éclatante de rire, serrant contre elle un petit garçon espiègle.

Maintenant, je le sais : Cupidon na pas dailes. Il a des taches de rousseur et deux dents en moins. Et il sappelle Marc. Quant au nom de famille eh bien, il portera le mien bientôt. Jen suis aussi sûr que de la Tour qui penche à Pise.

**Leçon :** Lamour frappe parfois là où on ne lattend pas. Même si cest avec un capot.

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Excuse-moi de ne pas avoir pu célébrer ton anniversaire, j’ai eu un petit incident.
Aucune des grands-mères ne peut venir chercher l’enfant à la crèche. Je dois débourser des sommes folles pour la garde.