Aucune de nos grandsmères ne peut récupérer le petit Lucas à la crèche. Je me retrouve à devoir débourser des fortunes pour le gardiennage.
Je suis rouge de colère ! Aujourdhui, jai de nouveau chipé avec ma mère, et lidée dappeler la bellemère me donne des frissons.
Heureusement, on a deux grandsmères, la mienne et celle dAlexandre Mais «heureux» est un gros mot, parce que ce ne sont pas vraiment des grandsmères. Elles habitent à moins dun pâté de maison de la crèche, à peine cent mètres, et sobstinent à refuser dy aller chercher le gosse. Jaimerais bien le faire moimême, mais ma journée de travail se termine à dixhuit heures, donc je ne peux pas arriver à lheure. Mon mari ne peut pas toujours sen charger non plus, puisquil travaille en équipes dans une usine. Du coup, nous devons engager une nounou, ce qui alourdit considérablement notre budget familial, alors même que nous avons des grandsmères!
Ma mère travaille jusquà seize heures et, chaque soir, elle passe devant la crèche en rentrant chez elle. En ce moment, sa vie privée est sa priorité: séparée de mon beaupère, elle veut profiter de son temps libre, se détendre et se faire des masques de beauté pour rester jeune. Le weekend, elle a toujours un programme: cinéma, exposition, retrouvailles avec des amies. Elle ne prend son fils que très rarement, et seulement les samedis. Elle soutient que son petitenfant dérange sa routine, quil court partout et perturbe sa méditation. Ma mère adore me donner des conseils déducation, mais refuse catégoriquement de simpliquer concrètement.
La mère dAlexandre, cest toute une autre histoire. Ma bellemaman na jamais travaillé, elle a toujours été femme au foyer. Elle a quatre enfants, tous nés à moins de trois ans dintervalle, et Alexandre est son aîné. On pourrait croire quelle serait la solution idéale, mais non: elle prétend que soccuper de ses propres enfants suffit, quelle a déjà assez de corvées, et quavec un petitenfant, elle na ni le temps ni lenvie. Entre cuisine, ménage, lessive, nourrir la famille et ranger après tout le monde, elle na rien à faire de plus. Et ses deux fils plus jeunes, un dixhuitans et un vingtetunans, sont parfaitement autonomes.
Une fois, ma bellemaman a même emmené Lucas loin de moi, puis est revenue furieuse, prétextant quelle navait pas le temps de faire quoi que ce soit en le récupérant, alors que son mari était rentré épuisé et affamé du travail. Elle ma ensuite dit que je devais assumer seule le bébé, parce que je lavais «déchargée» pour moi. Depuis, elle nous a clairement fait comprendre quon ne pouvait plus compter sur son aide.
Le coût du gardiennage grignote notre budget à grands coups de factures en euros. Ça me met hors dâme de voir lhypocrisie de ces grandsmères qui, chaque Noël, se pavanent avec leurs cadeaux et leurs déclarations damour, alors que le vrai secours nous manque cruellement.
Ce matin, jai dû supplier ma mère de venir chercher Lucas à la crèche, faute de moyens pour payer un(e) babysitter.
On ne peut plus rien attendre de nos parents, ni financièrement, ni en aide concrète. La bellemère refuse de contribuer, prétextant que les hommes de la maison mangent toujours à lextérieur et que tout largent part en courses alimentaires.
Je nimagine pas comment on va sen sortir. Tout ce que lon gagne part dans la nourriture, les vêtements, les factures domestiques, et il faut encore payer la nounou. Comment faire pour que nos grandmères bougent le petit doigt et nous donnent un vrai coup de main ?







