Sébastien Dubois, les yeux rouges de fatigue, arpentait la cuisine dun pas nerveux. «Bon sang, jen peux plus!», marmonna-t-il. «Tous les jours la même rengaine: je rentre du boulot, et cest toujours cette atmosphère pesante qui mattend.»
«Questce que tu veux dire?», demanda Mélisande Lefèvre, les mains en marche dans la marmite. Elle ne se tourna même pas vers lui, ses épaules se crispèrent légèrement.
«Questce que je veux dire?», ricana-t-il. «Ta froideur! Toujours prise à tes occupations, à tes pensées, à ton monde où, à mon sens, je nai même pas de place!»
«Jai simplement beaucoup de travail, tu le sais,», répliquaelle dune voix lasse, presque indifférente.
«Du travail, du travail! Et moi alors? Nous, quoi?», claqua-t-il en frappant la table du poing. «Quand astu la dernière fois demandé comment ça allait de mon côté? Quand sommesnous sortis ensemble pour la dernière fois?»
Mélisande tourna lentement la tête. Aucun éclat démotion ne traversa son visage, seulement une fine ombre de fatigue dans ses yeux.
«On est allés au cinéma il y a deux semaines,» réponditelle calmement.
«Et tu as passé tout le film les yeux collés à ton portable!», sécria Sébastien, les cheveux en bataille. «Tu sais quoi? Jen peux plus. Je pars.»
Mélisande resta figée, la cuillère suspendue au-dessus du bouillon.
«Où comptestu aller ce soir?»
«Pas ce soir. Jen ai fini, avec toi, avec tout ça,», balayatil la cuisine du regard, «avec tout ce décor.»
Mélisande posa la cuillère sur lassiette. Elle attendait ces mots depuis longtemps, mais ils retentirent quand même comme un coup de tonnerre dans un ciel dété.
«Jai trouvé quelquun dautre,» lâcha Sébastien, comme sil craignait de changer davis. «Elle mapprécie, sintéresse à mes affaires, rit à mes blagues.»
Mélisande le fixa un instant, puis un sourire se dessina sur ses lèvres. Pas amer, pas méchant, juste libérateur.
«Très bien,» ditelle simplement. «Quand comptestu déménager?»
Sébastien resta bouchebée. Il sattendait à des sanglots, à des cris, à nimporte quoi sauf à cette sérénité.
«Tu ne vas même pas te battre pour notre mariage?», sindignatil.
«Y atil vraiment de quoi se battre?», réponditelle en sapprochant de la fenêtre, observant la cour du bâtiment au crépuscule. «Nous sommes devenus des étrangers. Tu as raison, je vis dans mon propre monde, et il semble que le tien ne ty plaise plus.»
Sébastien chercha ses arguments, mais son as de départ, son départ, ne semblait plus être la meilleure carte.
«Je récupèrerai mes affaires demain, quand tu seras au travail,», grognatil.
«Comme tu veux,» répliquatelle, retournant à la marmite. «Tu dînes?»
Il claqua la porte sans répondre. Mélisande entendit le bruit de ses pas dans le couloir, puis la porte dentrée qui se referma.
Seule, elle éteignit la plaque, repoussa la casserole et sassit à la table. Le silence envahit lappartement. Elle ouvrit son téléphone, lut un message non lu dune amie, et éclata en sanglots non pas de tristesse, mais dun soulagement soudain. Un sourire revint, mêlé aux larmes.
«Alors, Mélis, tu lui as déjà tout dit?», affichait lécran.
Elle navait rien dit à Sébastien. Cest lui qui lavait déjà fait, et cétait mieux ainsi.
Une semaine plus tard, Mélisande prenait un café avec Nathalie, son amie de longue date, dans un bistrot du Marais. Nathalie la regardait, inquiète.
«Et alors, tu las juste laissé partir? Sans même tenter de réparer?»
Mélisande haussa les épaules en remuant son café.
«Questce quil y aurait à réparer? Tu sais bien que ces deux dernières années, on vivait comme des colocataires.»
«Mais dix ans ensemble!» sexclama Nathalie. «Ça ne veut rien dire?»
«Ça veut dire que cest assez pour arrêter de se faire du mal,» acquiesçatelle. «Pas assez pour continuer à senchaîner.»
Nathalie secoua la tête, sceptique.
«Je ne te reconnais plus. Avant, tu te battais.»
«Avant, oui,» répondittelle, le regard perdu à la fenêtre. «Aujourdhui, je veux du calme. Jai limpression davoir enlevé une montagne de poids de mes épaules.»
«Et ça ne fait pas mal?» demanda lamie, se penchant.
«Ça fait mal, mais pas parce quil est parti. Cest parce que jai mis tant de temps à franchir le pas. Javais même préparé mon discours pour le soir où je devais lui dire que cétait fini. Et il ma devancé.»
«Pourquoi ne men astelle pas parlé avant?»
«Je ne voulais même pas lavouer à moimême,» avouatelle en sirotant. «Je jalousais sa nouvelle compagne, non pas pour lui, mais pour son audace. Elle savait ce quelle voulait et sy est jetée. Moi, jattendais je ne sais même plus quoi.»
«Et après?»
«Après, la vie,» sourittelle enfin, sincèrement. «Je veux changer de travail. On ma proposé un nouveau projet, plus créatif, plus stimulant.»
«Attends,» interrompittelle Nathalie, les yeux grands. «Dabord le mari, maintenant le boulot Tu ne vas pas tout renverser?»
«Pas renverser, mais enfin commencer,» dittelle en regardant sa montre. «Aujourdhui, je rencontre le chef du projet.»
«Tu es sûre?Je minquiète pour toi,» insista lamie.
«Je suis vraiment bien,» répondittelle, pour la première fois depuis longtemps.
Le soir même, Mélisande rentra dans







