Je me souviens encore de cette époque lointaine où le petit Éloi ne connaissait que sa mère depuis quil était tout bébé. Elle avait toujours été présente à ses côtés, sa seule famille. Son père avait abandonné sa mère avant sa naissance. Ce soir-là, Éloi avait juré dêtre courageux et dattendre patiemment le retour de sa maman.
Il avait promis à lui-même, du haut de ses cinq ans, quil serait fort et lattendrait.
Une heure passa, puis deux, mais toujours pas de maman à lhorizon. Les larmes finirent par couler sur ses joues tandis quil alla chercher dans la chambre, espérant la retrouver là. Mais la chambre était vide et les chaussures de sa mère avaient disparu également.
Linquiétude sempara doucement de lui, et Éloi se remit à pleurer, jusquà ce que le sommeil le prenne, épuisé dattendre.
Au petit matin, les premiers rayons du soleil caressaient son lit denfant. Il se leva aussitôt pour partir, encore endormi, à la recherche de sa mère. Éloi ne songea pas à frapper à la porte du voisin. Sa mère lui avait toujours dit que ce monsieur, son oncle, était un homme rude et souvent ivre, prompt à la bagarre. Cette perspective effrayait Éloi.
Il sortit donc dans la rue, espérant croiser sa mère au détour dune allée. Les passants ne firent pas attention à ce petit garçon errant. Épuisé par ses recherches, il sassit sur un banc où une vieille dame était déjà installée. Éloi sassit près delle, et les larmes coulèrent sans quil ne puisse les retenir. La vieille dame le regarda et lui demanda ce qui nallait pas.
« Rentre chez toi, mon petit », dit-elle, pensant quil nétait quun bambin espiègle, puis elle lui offrit une pomme. Mais Éloi nabandonna pas. Il reprit sa quête, sans que les adultes, absorbés par leur vie, ne sintéressent à lui.
À bout de force, Éloi sendormit finalement sur un banc du square. Avec la tombée de la nuit, le froid et la faim commencèrent à sinstaller en lui. Quelquun finit par prévenir la police. Cest ainsi quÉloi se retrouva au commissariat. Puis, on le confia à une dame inconnue.
Je veux ma maman ! sécria alors Éloi, pleurant de toutes ses forces, espérant la retrouver là-bas. Mais la pièce où il entra était déserte de toute présence maternelle.
Une autre femme vint lui apporter des vêtements et laida à se changer. Elle le mena ensuite, main dans la main, dans un lieu où dautres enfants se trouvaient déjà. Éloi sadossa à un mur, le regard perdu, longtemps, le cœur étourdi. Peu à peu, il comprit que sa maman était loin, très loin, et quil ne la reverrait sans doute jamais.
P.S. Sa mère avait été renversée par une voiture et était morte ce même soir, peu après avoir quitté la maison.







