Je veux enfin vivre pour moi-même — Oh, Mado, bonjour ! Tu viens voir ta mère ? — lança la voisine du balcon. — Bonjour Madame Dupont. Oui, je vais chez maman. — Tu pourrais lui parler, — soupira la voisine. — Elle n’est plus la même depuis le divorce, la pauvre. — Que voulez-vous dire ? — demanda Mado, sur la défensive. — Tu sais, je dors mal, je me lève tôt. Un matin, vers cinq heures, je l’ai vue revenir en taxi. Et elle avait l’air… disons différente, pas comme d’habitude. Peut-être même un peu éméchée. Les voisins en parlent… À son âge ! Et pourquoi avoir mis ton père à la porte ? D’accord, il a fauté, mais qui est parfait ? Après tant d’années ensemble, divorcer, quelle idée… — Merci, Madame Dupont, — fit Mado à voix basse. — Je vais lui parler. Découvrez plus Magazine Jeux de société en famille Journal Produits alimentaires Sur ces mots, elle pressa le pas vers la maison. Sa mère avait en effet demandé à son père de partir six mois plus tôt, après l’avoir surpris en train de la tromper. Mado lui avait demandé de réfléchir — tout peut arriver. Mais sa mère était déterminée. Et le plus surprenant, ce n’était pas qu’elle sombre dans la déprime, mais au contraire, elle rayonnait. Nouveaux vêtements, danse, bars, amies — des choses qu’elle n’avait jamais faites auparavant. Mado avait du mal à l’accepter. Elle-même allait bientôt se marier, on parlait enfants. Et sa mère… en boîte toute la nuit ? Quelle grand-mère ça ferait ? Comment la présenter à sa belle-mère, quand l’une tricote et l’autre fait la fête ? En rentrant, sa mère vint à sa rencontre, théière à la main et large sourire aux lèvres. Habillée d’un tailleur beige moderne plutôt que de sa vieille robe de chambre, ongles faits, cils recourbés, elle respirait la joie de vivre. — Alors, comment va Théo ? — demanda-t-elle, posant les tasses sur la table. — Tout va bien, — répondit Mado, tentant de rester neutre. — Et toi ? — Super ! Hier soir, on est sorties en boîte, on a dansé, karaoké, c’était le pied ! — Madame Dupont m’a tout raconté, — coupa Mado, soudain grave. — Que tu es rentrée à cinq heures, un peu… éméchée. Sa mère éclata de rire. — Tu pensais qu’on buvait du thé en boîte ? Mado ne put se retenir. — Maman, tu ne crois pas que tu exagères ? — En quoi, exactement ? — Disons que tu n’as plus vingt ans… Les bars, les clubs, sérieusement ? Tu devrais montrer l’exemple. Tu vas devenir mamie ! — Je suis une femme, enfin libre. Je ne vais pas vivre selon le scénario des autres. — Mais tu as vécu si longtemps avec papa ! Comment tournes-tu la page comme ça ? Sa mère garda un silence, puis répondit calmement mais avec fermeté : — Ton père m’a trahie. Ce n’était pas une erreur, mais un choix. Je refuse d’être la servante de qui que ce soit. J’ai trop vécu pour la famille. Maintenant, je veux VIVRE. Pour moi. — Mais tu as presque cinquante ans ! — Et alors ? Il n’y a pas d’âge pour commencer à vivre. Jeux en famille Découvrez plus Magazine Produits alimentaires Journal Jeux de société en famille Mado comprit qu’elle était allée trop loin. — Pardon, je ne voulais pas te blesser. Je m’inquiète, c’est tout. — Si tu as honte de moi, ne m’invite pas à ton mariage. Mais tu sais, je ne planque pas mes cheveux blancs sous un foulard, et je ne porte pas de robes informes. Je vais danser, peut-être même flirter. Je me sens vivante. — Non, maman, je veux que tu sois là. C’est juste que… — Tante Dupont n’approuve pas ? Eh bien, ça m’est égal. Je vis, enfin. De retour chez elle, Mado raconta tout à son fiancé. — Je ne sais pas comment réagir. Théo éclata de rire : — Moi, je trouve ta mère épatante. Elle a choisi la vie, pas la déprime. Être heureuse, où est le mal ? Le week-end, Mado appela sa mère. — Maman, ça te dirait un après-midi SPA, puis un bar-concert live ? — Et tu n’auras pas honte de moi ? — Je dirai que tu es ma grande sœur, — rit Mado. — Marché conclu. Mais attention, je ne rentre pas tôt. Cette journée fut un vrai tournant. Pour la première fois, Mado comprit la force de sa mère. Et se dit qu’elle aussi pouvait tout apprendre d’elle : oser être elle-même. Vivre, non pas « comme il faut », mais comme elle en a envie.

Je veux vivre pour moi-même
Oh, Clémence, bonjour ! Tu viens voir ta mère ? sécria la voisine depuis son balcon en fer forgé.
Bonjour, madame Dubois. Oui, je monte chez maman.
Tu pourrais lui parler, soupira la femme. Elle est toute différente depuis le divorce, la pauvre.
Que voulez-vous dire ? Clémence se crispa.
Je dors mal, tu sais, je me lève tôt. Un matin, vers cinq heures, je lai vue descendre dun taxi. Et elle avait lair… comment dire… légère, pas comme dhabitude. À la limite un peu éméchée. Tous les voisins jactent. À son âge ! Et pourquoi elle a viré ton père ? Bon daccord, il a fauté, mais qui na pas son péché mignon ? Tant dannées ensemble, tout ça pour divorcer maintenant…
Merci, madame Dubois, bredouilla Clémence en ravala sa salive. Je lui parlerai.
En disant cela, elle fila vers lappartement. En effet, sa mère avait mis son père à la porte six mois plus tôt, après lavoir surpris en pleine infidélité. Clémence lavait suppliée de ne pas prendre de décision hâtive tout pouvait sarranger. Mais sa mère était restée de marbre. Le plus surprenant, cest quau lieu de sombrer dans une déprime carabinée, sa mère semblait revivre : nouveaux vêtements, cours de danse, sorties au bar, copines à gogo des folies quelle naurait jamais osé enfant.
Clémence avait du mal à avaler la pilule. Elle-même allait se marier, elle rêvait de landaus et de petits pots. Et voilà que sa mère traînait jusquà laube dans les bars ? Nimporte quoi pour une future grand-mère ! Comment allait-elle la présenter à la belle-famille : une qui tricote des plaids, lautre qui sème la zizanie sur les pistes de danse ?
En entrant, sa mère la reçut une théière à la main et un sourire éclatant jusquaux oreilles. Elle ne portait pas sa sempiternelle robe de chambre élimée, mais un tailleur beige dernier cri. Ongles nickels, pédicure fraîche, extension de cils on devinait quelle croquait la vie à pleines dents.
Alors, comment va Hugo ? demanda-t-elle en disposant délicatement les tasses.
Ça va, répondit Clémence, un peu raide. Et toi ?
Génial ! Hier soir, jai fait la tournée des bars avec les filles jusquau petit matin, un peu de danse, du karaoké Tu aurais vu ça !
Madame Dubois ma raconté, coupa Clémence, sombre. Que tu es rentrée à cinq heures, un peu… pompette.
Sa mère éclata de rire.
Tu croyais que je buvais de la camomille au bar ?
Clémence ne put plus se retenir.
Maman, tu ne trouves pas que tu exagères ?
En quoi ?
Enfin… tu nas plus vingt ans. Les boîtes, les soirées Tu es censée montrer lexemple. Tu vas être grand-mère !
Je suis une femme qui, enfin, est libre. Je ne vais plus vivre selon le scénario des autres.
Mais tu as passé toute ta vie avec papa ! Comment peux-tu tourner la page si vite ?
La mère se tut, puis avec calme mais détermination :
Ton père ma trahie. Ce nest pas une bourde, cest un choix. Je ne veux plus jouer les domestiques. Je veux vivre pour MOI. Jai donné tant dannées à la famille, maintenant je fais ce qui me plaît.
Tu as presque cinquante ans !
Et alors ? Il ny a pas dâge pour samuser et réinventer sa vie.
Clémence réalise quelle avait été trop loin.
Pardon, maman. Ce nest pas pour te vexer. Je minquiète, cest tout.
Si tu as honte de moi, ne minvite pas au mariage ! Mais sache que je ne cacherai pas mes cheveux blancs sous un foulard ni ne menfouirai dans des robes mémérisantes. Je danserai et, peut-être, je flirterai. Je me sens vivante.
Non maman, je veux que tu sois là, justement. Cest que…
Cest que tante Dubois désapprouve, hein ? Eh bien, ça mest bien égal. Enfin, je profite !
Le soir, Clémence raconta tout à son fiancé.
Je ne sais pas quoi penser…
Hugo éclata de rire :
Ta mère est formidable. Elle a choisi la vie, pas la déprime. Faut avouer, il y a pire comme crime que dêtre heureuse.
Le week-end venu, Clémence appela sa mère :
Maman, on se fait un après-midi SPA, puis un bar avec concert live ?
Tu nauras pas honte de moi ?
Je dirai quon est sœurs, promit Clémence en riant.
Marché conclu ! Mais pas question de rentrer de bonne heure.
Cette journée changea tout. Clémence comprit la force de sa mère, et quau fond, elle aurait tout à apprendre delle : oser être elle-même. Vivre, non pas comme il faut, mais comme elle le sent.

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Je veux enfin vivre pour moi-même — Oh, Mado, bonjour ! Tu viens voir ta mère ? — lança la voisine du balcon. — Bonjour Madame Dupont. Oui, je vais chez maman. — Tu pourrais lui parler, — soupira la voisine. — Elle n’est plus la même depuis le divorce, la pauvre. — Que voulez-vous dire ? — demanda Mado, sur la défensive. — Tu sais, je dors mal, je me lève tôt. Un matin, vers cinq heures, je l’ai vue revenir en taxi. Et elle avait l’air… disons différente, pas comme d’habitude. Peut-être même un peu éméchée. Les voisins en parlent… À son âge ! Et pourquoi avoir mis ton père à la porte ? D’accord, il a fauté, mais qui est parfait ? Après tant d’années ensemble, divorcer, quelle idée… — Merci, Madame Dupont, — fit Mado à voix basse. — Je vais lui parler. Découvrez plus Magazine Jeux de société en famille Journal Produits alimentaires Sur ces mots, elle pressa le pas vers la maison. Sa mère avait en effet demandé à son père de partir six mois plus tôt, après l’avoir surpris en train de la tromper. Mado lui avait demandé de réfléchir — tout peut arriver. Mais sa mère était déterminée. Et le plus surprenant, ce n’était pas qu’elle sombre dans la déprime, mais au contraire, elle rayonnait. Nouveaux vêtements, danse, bars, amies — des choses qu’elle n’avait jamais faites auparavant. Mado avait du mal à l’accepter. Elle-même allait bientôt se marier, on parlait enfants. Et sa mère… en boîte toute la nuit ? Quelle grand-mère ça ferait ? Comment la présenter à sa belle-mère, quand l’une tricote et l’autre fait la fête ? En rentrant, sa mère vint à sa rencontre, théière à la main et large sourire aux lèvres. Habillée d’un tailleur beige moderne plutôt que de sa vieille robe de chambre, ongles faits, cils recourbés, elle respirait la joie de vivre. — Alors, comment va Théo ? — demanda-t-elle, posant les tasses sur la table. — Tout va bien, — répondit Mado, tentant de rester neutre. — Et toi ? — Super ! Hier soir, on est sorties en boîte, on a dansé, karaoké, c’était le pied ! — Madame Dupont m’a tout raconté, — coupa Mado, soudain grave. — Que tu es rentrée à cinq heures, un peu… éméchée. Sa mère éclata de rire. — Tu pensais qu’on buvait du thé en boîte ? Mado ne put se retenir. — Maman, tu ne crois pas que tu exagères ? — En quoi, exactement ? — Disons que tu n’as plus vingt ans… Les bars, les clubs, sérieusement ? Tu devrais montrer l’exemple. Tu vas devenir mamie ! — Je suis une femme, enfin libre. Je ne vais pas vivre selon le scénario des autres. — Mais tu as vécu si longtemps avec papa ! Comment tournes-tu la page comme ça ? Sa mère garda un silence, puis répondit calmement mais avec fermeté : — Ton père m’a trahie. Ce n’était pas une erreur, mais un choix. Je refuse d’être la servante de qui que ce soit. J’ai trop vécu pour la famille. Maintenant, je veux VIVRE. Pour moi. — Mais tu as presque cinquante ans ! — Et alors ? Il n’y a pas d’âge pour commencer à vivre. Jeux en famille Découvrez plus Magazine Produits alimentaires Journal Jeux de société en famille Mado comprit qu’elle était allée trop loin. — Pardon, je ne voulais pas te blesser. Je m’inquiète, c’est tout. — Si tu as honte de moi, ne m’invite pas à ton mariage. Mais tu sais, je ne planque pas mes cheveux blancs sous un foulard, et je ne porte pas de robes informes. Je vais danser, peut-être même flirter. Je me sens vivante. — Non, maman, je veux que tu sois là. C’est juste que… — Tante Dupont n’approuve pas ? Eh bien, ça m’est égal. Je vis, enfin. De retour chez elle, Mado raconta tout à son fiancé. — Je ne sais pas comment réagir. Théo éclata de rire : — Moi, je trouve ta mère épatante. Elle a choisi la vie, pas la déprime. Être heureuse, où est le mal ? Le week-end, Mado appela sa mère. — Maman, ça te dirait un après-midi SPA, puis un bar-concert live ? — Et tu n’auras pas honte de moi ? — Je dirai que tu es ma grande sœur, — rit Mado. — Marché conclu. Mais attention, je ne rentre pas tôt. Cette journée fut un vrai tournant. Pour la première fois, Mado comprit la force de sa mère. Et se dit qu’elle aussi pouvait tout apprendre d’elle : oser être elle-même. Vivre, non pas « comme il faut », mais comme elle en a envie.
Il refuse de reconnaître son fils — Tu t’attendais à quoi ? — ricana son mari. — Je t’ai menti à l’époque ? Je t’ai dit que je n’aimais pas les enfants ! Lara sanglota : — Michel, comment peut-on ne pas aimer son propre fils ? Ta propre chair ? Tu ne l’appelles jamais par son prénom… Pourquoi toujours « ce gamin » ? Tom, un bébé d’un an au visage barbouillé de bouillie, laissa tomber son hochet. L’enfant s’arrêta une seconde, prit une grande inspiration et poussa une sirène si puissante que Lara en eut les oreilles qui bourdonnaient. Elle se précipita vers la chaise haute, prit son fils dans les bras et regarda son mari. Michel continuait son petit-déjeuner, imperturbable. — Voilà, voilà, mon petit, tu es tombé, ce n’est rien, — murmura Lara. — Papa va te le ramasser. Michel, donne-le-moi, il est à côté de ton pied. Michel baissa les yeux. La girafe jaune était à un centimètre de sa pantoufle. Il la repoussa du bout du pied et tartina son pain de beurre. — Michel ! — s’emporta Lara. — Pourquoi tu la repousses ? Tu ne peux pas te pencher ? Son mari se leva sans un mot, alla vers la machine à café, appuya sur le bouton, attendit que la tasse se remplisse, puis se tourna enfin vers sa femme. — Je suis en retard, Lara. J’ai une réunion dans quarante minutes et je n’ai pas encore déjeuné. Le matin, il y a des embouteillages partout. Prends-le toi-même, ce hochet ! Et je ne veux pas m’approcher du petit — ma chemise est claire, je n’ai pas envie qu’il me salisse. — Et la chemise, on s’en fiche ! Ton fils pleure et tu t’en moques… — Il pleure vingt-quatre heures sur vingt-quatre, — répliqua calmement Michel. — C’est son passe-temps, me mettre les nerfs à vif. Bon, j’y vais. Il embrassa Lara sur la joue et évita les mains collantes de son fils. — Pa-pa ! — gazouilla Tom, la bouche édentée étirée en un large sourire. Michel n’y prêta aucune attention. — Salut, — lança-t-il en quittant la cuisine. Quelques minutes plus tard, la porte claqua. Lara s’effondra sur une chaise et éclata en sanglots. Pourquoi lui fait-il ça ? Qu’a-t-elle fait de mal ? Et qu’a fait le petit pour mériter ça ? Tom, sentant la tristesse de sa mère, se calma et se mit à étaler le reste de sa bouillie sur la table. Après avoir pleuré, Lara tenta de se ressaisir. Il ne fallait pas que son fils soit bouleversé. Soudain, elle se rappela une conversation avec son mari — juste après leur mariage, Michel lui avait dit : — Lara, franchement, je n’aime pas les enfants. Aucun. Ils me mettent mal à l’aise. Bruit, saleté, désordre, plaintes incessantes… Pourquoi s’infliger ça ? On n’a qu’à ne pas en avoir, des enfants ? Elle avait ri et balayé ses paroles d’un revers de main : — Arrête, Michel. Tous les hommes disent ça, jusqu’à ce qu’ils tiennent leur enfant dans les bras. L’instinct se réveillera, tu verras. Aucun instinct ne s’était réveillé chez lui, et il détestait son propre fils. *** À midi, les parents de Lara arrivèrent. Galina, sa mère, entra la première, suivie de Serge, son père, traînant une boîte de Lego. — Où est notre petit roi ? Où est notre chef ? — tonna Serge en entrant. — Viens voir papy ! Tom poussa un cri de joie et les deux heures suivantes furent idylliques. Lara put enfin s’asseoir sur le canapé avec une tasse de thé, regardant son père construire des tours et sa mère donner à son petit-fils de la compote en chantonnant des comptines. — Lara, tu es toute pâle, — remarqua sa mère. — Michel est encore rentré tard hier ? — Non, à l’heure, — répondit Lara en détournant le regard. — Je suis juste… fatiguée. Galina pinça les lèvres. Elle voyait tout. Elle savait qu’il n’y avait aucune photo de famille avec l’enfant, sauf celles de la maternité où Michel avait l’air d’un otage. Elle savait que son gendre ne demandait jamais des nouvelles des dents ou des vaccins — il ne s’intéressait jamais à son fils. Sa fille s’était déjà plainte plusieurs fois… — Il s’approche au moins de lui ? — demanda doucement le père. — Papa, ne commence pas. Il travaille, il est fatigué. — Le travail ! — s’exclama Serge. — J’ai bossé sur deux boulots quand vous étiez petits. Mais ne pas aller au berceau ? J’ai veillé la nuit pour que ta mère dorme ! Et lui… Un seigneur. — Serge, doucement, — chuchota la mère. — Lara, tu devrais lui parler. Ce n’est pas possible. Un garçon grandit, il a besoin de son père, d’un modèle. — Je lui ai parlé, maman. Cent fois. Lara se serra dans ses bras. Elle avait honte devant ses parents à cause de son mari. Et encore plus de savoir qu’elle avait choisi un mauvais père pour son fils. — Et alors ? — Il dit : « Qu’il grandisse. Quand il sera quelqu’un, on pourra discuter. Pour l’instant, c’est ta responsabilité. » — Seulement la tienne ? — sa mère en lâcha son torchon. — Vous l’avez fait à deux, non ? Il n’a pas participé au processus ? Quel idiot, pardon ! Le soir, après le départ des parents, Lara était de nouveau déprimée. Son mari allait rentrer, il fallait préparer le dîner, ranger les jouets pour qu’il ne râle pas s’il marchait dessus. Michel rentra à huit heures. — Salut, — il jeta les clés dans la boîte. — Il y a à manger ? Je meurs de faim. — Les boulettes sont au four, la salade sur la table, — dit Lara en essuyant ses mains. — Tom a dit deux nouveaux mots aujourd’hui : « mamie » et « donne ». — Génial, — répondit son mari, indifférent, en retirant sa veste. — J’espère que « donne » ne concernait pas mon salaire ? Il coûte déjà une fortune. Il rit de sa blague et alla se changer dans la chambre. Lara resta figée. Ce n’était même pas de la méchanceté, c’était pire. Un total désintérêt pour son unique héritier. Qu’il dise un mot ou aboie, la réaction serait la même. *** Tom faisait ses dents. Il pleurnichait depuis le matin, toute la famille avait passé une nuit blanche. Lara le portait, lui mettait du gel sur les gencives, lançait des dessins animés — rien n’y faisait. Michel était en congé. Il était assis dans le salon avec son ordinateur, essayant de regarder une série avec des écouteurs, mais les pleurs de l’enfant perçaient même le bruit. Vers deux heures, Lara alla coucher son fils pour la sieste. C’était son seul moment de répit, pour souffler, prendre une douche et se reposer dans le calme. Mais Tom résistait. Il se cambrait, jetait sa tétine et hurlait si fort que le lustre tremblait. La porte de la chambre s’ouvrit — Michel apparut. — Lara, ça suffit ! — cria-t-il. — J’écoute ce concert depuis quatre heures ! J’ai la tête qui explose ! Tom, effrayé, se mit à pleurer encore plus, et Lara craqua : — Tu crois que ça m’amuse ? Il fait ses dents ! Il a mal ! — Fais quelque chose ! Fais-le taire, je ne sais pas… Donne-lui un médicament ! — Je l’ai fait ! Il doit dormir ! Michel entra dans la chambre et se pencha sur sa femme. — Arrête de le forcer. S’il ne veut pas dormir, laisse-le. Qu’il rampe, qu’il crie dans une autre pièce. Mets-le dans la cuisine et ferme la porte ! — Tu es sérieux ? — Lara mit du temps à répondre. — Il n’a qu’un an ! Il ne peut pas se passer de sieste. S’il ne dort pas, ce soir ce sera l’enfer. Ni tes nerfs, ni les miens, ni les siens ne tiendront. — Je m’en fiche de ses nerfs ! Pas de sieste, il s’endormira plus vite ce soir. Logique, non ? J’en ai marre d’entendre ses jérémiades. Je veux me reposer chez moi, tu comprends ? Ce cirque me fatigue ! — Te reposer ? — Lara se leva lentement, tenant son fils en pleurs. — Tu veux te reposer ? Et moi ? Tu sais que je n’ai pas mangé aujourd’hui ? Que je ne peux même pas aller aux toilettes sans lui ? S’il ne dort pas, je vais m’effondrer, Michel. J’ai besoin de cette heure. Moi ! — Oh, ça y est, — il leva les yeux au ciel. — La mère courage. Toutes les femmes accouchent, toutes élèvent, mais toi, tu es la plus malheureuse. Pose-le par terre, qu’il joue. Et va cuisiner ou fais ce que tu veux… Il saura s’occuper tout seul. — Tu te rends compte de ce que tu dis ? — la voix de Lara tremblait. — C’est ton fils. Il souffre, il fait ses dents. Tu veux le priver de sommeil pour regarder ta série débile ? — Je propose une solution ! — hurla Michel. — S’il ne dort pas, ne le force pas ! C’est simple ! Tom pleura de plus belle, enfouissant son visage dans la poitrine de sa mère. Lara regarda son mari avec dégoût. — Sors, — dit-elle doucement. — Quoi ? — Michel ne comprit pas. — Sors de la chambre. Et ferme la porte. Michel resta une seconde, souffla et sortit en claquant la porte. Vingt minutes plus tard, Tom, épuisé, s’endormit enfin, respirant difficilement dans son sommeil. Lara alla à la cuisine. Michel était à table, mangeant un sandwich et feuilletant son téléphone. — J’ai appelé ta mère hier, — dit Lara, adossée au chambranle. Michel se tendit, posa son téléphone. — Pourquoi ? — J’essayais de comprendre ce qui se passe entre nous. J’ai demandé comment tu étais enfant, comment tes parents te traitaient. Elle m’a dit que ton père ne te lâchait pas. Il t’emmenait à la pêche dès trois ans, te lisait des livres. Tu as grandi dans l’amour, Michel. D’où vient tout ça ? Michel se tourna lentement vers elle. — Si tu te plains encore à ma mère, on va sérieusement se fâcher. — Je ne me suis pas plainte. J’ai demandé conseil. — Conseil ? — il ricana. — Tu sais ce qu’elle m’a dit après ? Que j’étais un cœur sec, que je détruisais la famille. Tu as fait de moi un monstre, Lara. Bravo ! Tu as réussi ? — Et tu n’es pas un monstre ? — demanda-t-elle doucement. — Regarde-toi. Tu vis avec nous comme un colocataire. Tu n’as pas appelé ton fils par son prénom une seule fois cette semaine. « Lui », « le petit », « ce gamin ». Tu le détestes ? Michel se tut. — Je ne le déteste pas, — finit-il par dire. — Je… Je ne sais pas quoi faire avec lui. Il crie, il sent mauvais, il exige, exige, exige ! Je rentre, c’est le bazar, et je veux du calme, discuter avec toi, regarder un film. Mais à la place — couches, jouets partout et ta mine déconfite. — C’est temporaire, Michel. Les enfants grandissent… — Ils grandissent lentement, Lara. Trop lentement. Je t’avais prévenue, je t’ai dit honnêtement : je n’aime pas. Tu pensais que je plaisantais ? Ou que ton grand amour me changerait ? — Je pensais que tu étais adulte. Et que « je n’aime pas les enfants » et « je n’aime pas mon enfant » c’est différent. — C’est pareil, — il se leva, jeta son sandwich à la poubelle. — Je vais prendre l’air. — Vas-y, — Lara se tourna vers l’évier. — Vas-y. Tom et moi, on a l’habitude. Son mari partit, et Lara appela ses parents. Il fallait agir vite. *** Le soir, Tom se réveilla de bonne humeur. La douleur des dents s’était calmée, il rampait joyeusement sur le tapis, essayant d’attraper le chat qui se cachait sous le canapé. Michel revint deux heures plus tard. Lara ne réagit pas. Son mari s’affala dans le fauteuil et attrapa la télécommande. Tom aperçut son père. Il sourit largement et, trottinant sur ses genoux, s’approcha du fauteuil. Il se leva, s’accrocha au pantalon de Michel et le regarda dans les yeux. — Pa ! — dit-il d’une voix claire en tendant une petite voiture. Lara retint son souffle, guettant la réaction de son mari. Michel jeta un regard rapide à son fils, grimaça et s’adressa à sa femme : — Enlève-le, s’il te plaît. Laisse-moi regarder la télé tranquille ! Pourquoi il s’accroche à moi ? Qu’il aille voir sa mère ! Lara prit Tom dans ses bras et l’emmena dans la chambre. Une heure plus tard, elle sortit deux grosses valises. Michel n’eut même pas le temps de s’étonner — on sonna à la porte. Ses parents étaient venus chercher Lara et leur petit-fils. *** La belle-mère a supplié Lara de revenir pendant un mois, mais elle n’a pas cédé. Elle a demandé le divorce quelques jours après avoir déménagé, elle ne veut plus vivre avec son mari. Michel a soudain « changé », a cherché à revoir sa femme et son fils, mais Lara a décidé : tout se fera par le tribunal. Tom sera élevé par son grand-père — un vrai homme, dans tous les sens du terme.