— J’en ai une autre, plus jeune et plus agréable, — a déclaré l’homme, — j’ai déjà déposé le divorce…

Jen ai une autre, plus jeune et plus agréable, déclara lhomme dun ton glacial. Jai déjà déposé les papiers pour le divorce

Le sac de voyage de son mari traînait sur le seuil depuis plusieurs jours. Un soir, en rentrant du travail, Angélique le vit sagiter dans lappartement, jetant ses affaires dans une autre valise. La veille, ils sétaient encore disputés, et elle lui avait ordonné de disparaître avant son retour.

Elle en avait assez de supporter ses recherches demploi interminables, toujours vaines.

Angélique, donne-moi de largent, demain je trouverai enfin quelque chose, répétait-il comme un disque rayé, pour rentrer, comme dhabitude, en pleine nuit, lhaleine chargée dalcool et imprégné de parfums féminins inconnus.

Fabien avait huit ans de moins quelle, mais il avait réussi à sinfiltrer dans son cœur, chassant celui qui y régnait avant lui. Il lavait même convaincue de lépouser à la mairie. Elle savait que ce mariage ne mènerait à rien de bon, mais la solitude lui pesait, et celui quelle avait attendu toute sa vie avait disparu depuis leurs années de lycée.

En le retrouvant encore là, Angélique annonça quelle demandait le divorce et lui donna cinq minutes pour partir.

Fabien la dévisagea et siffla entre ses dents :

Le divorce ? Soit. Il se rua dans la chambre, balança ses affaires dans le sac, puis, enfilant sa veste en cuir à la hâte, il sortit dans lescalier, laissant le sac derrière lui.

En voyant ses affaires abandonnées, Angélique pensa quil les avait laissées exprès pour avoir une excuse de revenir. Mais cette fois, elle ne pardonnerait pas. Sa patience et sa pitié sétaient épuisées. Pourtant, il ne revint pas. Ni le lendemain, ni après…

Lorsquelle nen put plus de contempler ce symbole de temps gaspillé, elle lappela, exigeant quil vienne récupérer ses affaires immédiatement.

Je nai pas besoin de ces vieilleries, cracha-t-il. Ma nouvelle femme minterdit même de mapprocher de chez toi. Et jai déjà entamé les démarches de divorce. Je vais épouser une autre, elle attend un enfant. Compris ? Tu pensais vraiment que javais besoin de toi ? Tu me faisais vivre merci pour ça. Mais maintenant, jai mieux. Plus jeune, plus agréable. Alors, jette mes affaires ou donne-les à quelquun dautre. Je suis sûr que tu trouveras bien un autre pigeon pour te supporter… pour ton argent ! Et ne mappelle plus. Jamais !

Chaque mot résonna comme une gifle. Angélique avait toujours su quil ne fallait pas sengager avec un homme si jeune, mais elle avait cédé à ses supplications, ses serments et ses promesses.

Elle attrapa le sac, enfila son manteau et, sortant dans la cour, le lança violemment dans la benne à ordures.

Terminé. Assez. Essuyant ses larmes, elle rentra, prit une douche et mit une comédie.

Voilà qui est mieux, murmura-t-elle, décidant quelle vivrait désormais pour elle seule.

Quelques jours plus tard, alors quelle préparait un dîner dentreprise pour sa nouvelle équipe, elle ouvrit son coffret à bijoux.

Son cœur sarrêta net. Le coffret était vide. Tout avait disparu, même son passeport, quelle y avait rangé quelques semaines plus tôt.

Elle courut à la cuisine, avala deux verres deau dun trait et composa le numéro de Fabien. Il raccrocha aussitôt, puis son téléphone fut injoignable. Sans hésiter, elle porta plainte, soupçonnant le coupable.

Quelques jours plus tard, on la convoqua au commissariat. Fabien y était, expliquant quil avait vidé le coffret dans son sac pour la « punir » de ses reproches sur son chômage. Il avait oublié le sac à cause dun appel de sa maîtresse, qui lui annonçait sa grossesse.

Angélique fouilla frénétiquement les poubelles, mais il était trop tard. Les bennes avaient été vidées.

Désespérée, elle appela les services de ramassage et obtint ladresse de la décharge. On lavertit : des sans-abri y vivaient, et si quelque chose de précieux y avait été jeté, ils lavaient sûrement récupéré.

Ils fouillent tout immédiatement, lui dit lopératrice avec compassion.

Angélique savait quun tel sac naurait pas été ignoré. Son cœur salourdit encore…

Elle songea à aller voir les sans-abri, leur offrir une récompense, récupérer au moins son passeport et ses bijoux les plus chers. Perdue dans ses pensées, elle fixait la nuit tombante quand on sonna à sa porte.

Sur le seuil, un petit garçon du deuxième étage tenait le sac.

Bonsoir, madame Angélique ! On ma dit de vous le rendre ! sexclama-t-il fièrement.

Qui ? demanda-t-elle dune voix tremblante.

Un clochard, haussa-t-il les épaules avant de filer.

Angélique vida le sac sur le sol. Tout y était. Pas la moindre perte. Son passeport aussi.

Soulagée, elle rangea ses trésors et prépara un chocolat chaud. Elle voulait remercier cet homme, comprendre pourquoi quelquun daussi bon vivait dans la rue.

Le lendemain, elle interrogea le garçon.

Lucas, tu sais où trouver cet homme ? Ce sans-abri ?

Il vit près de lInstitut, dans une cabane abandonnée.

Sans attendre, elle sy rendit. Après une longue hésitation, elle frappa.

La porte souvrit aussitôt. Un homme aux vêtements usés mais propres se tenait là. Il ne sentait pas mauvais, et son refuge était ordonné.

Entre, dit-il dune voix rauque.

À lintérieur, un lit étroit, une table couverte dune nappe en plastique, et un poêle crépitant.

Un thé ? proposa-t-il.

Elle refusa dabord, puis accepta, par politesse. Il sortit des tasses propres, un paquet de biscuits neufs, et versa un thé parfumé.

Elle le regarda intensément.

Votre visage mest familier… Comme si nous nous étions déjà rencontrés…

Nous étions ensemble au lycée, Angélique.

Elle sursauta, manquant renverser son thé.

Je-Jean ?

Oui, cest moi. Tu nas pas changé. Dès que jai vu ton passeport, je tai reconnue. Jai rêvé de te revoir, mais pas comme ça, pas ici.

Peu importe ! Jean, je tai attendu si longtemps… Viens chez moi. Je ne te laisserai pas ici.

Allons-y, acquiesça-t-il.

Chez elle, écoutant Jean raconter son histoire, les larmes coulaient sur ses joues.

Comment as-tu supporté tout cela ?

Je ne regrette rien. Car ce chemin ma ramené à toi.

Ils parlèrent toute la nuit, sentant leurs vies à nouveau liées.

Plus tard, Angélique divorça officiellement de Fabien, et Jean régularisa sa situation. Le passé était derrière eux. Ils se marièrent à la mairie. Un an plus tard, naquit leur fils, tant désiré.

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