**Journal de Pierre 15 novembre**
Les enseignants ont remarqué quun garçon de neuf ans creusait la terre chaque jour et cachait quelque chose dans un trou. Tous furent choqués en découvrant ce quil dissimulait.
Léo, neuf ans, se rendait derrière lécole après les cours, là où presque personne ne passait. À cet endroit précis, il sagenouillait et creusait avec ses mains, indifférent à la terre sous ses ongles ou aux écorchures. Dix minutes suffisaient. Il déposait alors quelque chose avec précaution, recouvrait le tout et lissait le sol comme si de rien nétait avant de séloigner.
Dabord, les professeurs crurent à un jeu denfant. À cet âge, les petits ont des manies étranges. Mais Léo agissait avec une précision troublante : mêmes gestes, même heure, même lieu. Ce nétait pas un jeu.
Un jour, une institutrice ne put résister. Après la sonnerie, elle le suivit en se cachant derrière les arbres. Comme dhabitude, Léo creusa, sortit un sac plastique de son cartable et lenterra avant de tout recouvrir.
Elle sapprocha alors.
« Léo Que fais-tu ici ? »
Le garçon sursauta, les yeux emplis de peur, comme pris en flagrant délit. Il murmura enfin :
« Je cache »
« Quest-ce que tu caches ? »
Il désigna le sol.
« Mes livres Je les enterre chaque jour. Pour que papa ne les trouve pas. »
Linstitutrice saccroupit près de lui. Il évitait son regard.
« Pourquoi ne veux-tu pas quil les trouve ? »
« Il il se met en colère quand il boit. Une fois, il a tout déchiré livres, cahiers. Il a dit que je ne devais pas étudier, mais nettoyer et cuisiner. Mais moi jaime lécole. Sil détruit tout encore, je ne pourrai plus apprendre. »
Elle en eut le souffle coupé. Léo était là, maigre, les mains marquées, racontant cela comme une simple histoire de pluie et de beau temps.
Elle ne trouva pas les mots. Elle le serra contre elle en lui promettant quil ne serait plus jamais seul.
**Leçon du jour** : Parfois, les plus petits gestes cachent les plus lourds fardeaux. Et derrière un sourire denfant, il y a souvent un courage silencieux qui mérite dêtre entendu.






