Katya, une jeune-fille d’un autre temps, rêvait de mariage au milieu de filles modernes : pourquoi se compliquer la vie avec un mari, quand une belle saucisse pourrait suffire ?

Élodie est une jeune femme un peu rétro qui rêve ardemment de se marier. Aujourdhui, les filles modernes ne se pressent pas tant que ça à lautel: pourquoi ramener un cochon entier chez soi quand une simple saucisse suffit? Or, les saucisses sont partout de nos jours, de toutes tailles et de toutes variétés. Le concubinage est même accepté, sans la honte dautrefois. Les vieilles vertus comme lhonneur, la fierté ou la décence semblent aujourdhui désuètes.

Même le personnage dOblomov ne suscite plus la pitié: on le voit comme un rentier, tant que largent continue de couler de la famille, il nest pas critiqué. Si lon donne un smartphone à Jules, il devient instantanément un blogueur à succès. Quant à la vie de couple, on vit comme on veut: on se retrouve dans des hôtels, des studios à lheure, comme on la inventé. Le «mariage de convenance» nest plus obligatoire; pourquoi se précipiter à la mairie? On ne sait jamais ce qui pourrait arriver après le «oui». Avant, le pire était un chaussette perdue ou lincapacité à préparer une bonne soupe.

Aujourdhui, des fléaux plus modernes existent: linfantilisation, le «syndrome de mamanpapa», et le «nihiloblivion» des prétendants. Les jeunes femmes, toujours fascinées par leur beauté, en redemandent. Les exigences ne se limitent plus au pain et au spectacle: le pain, on le mange soimême, et le shopping, bien sûr, reste indispensable.

Élodie se démarque: elle est jolie, sans aucun «tuning» de la peau, diplômée dune université prestigieuse, et elle occupe un bon poste avec un salaire respectable. Pourtant, les hommes passent à côté delle, sengageant avec dautres, tombant dans les mêmes travers, comme sils piétaient les mêmes ronces.

Il ne faut pas croire quÉlodie na jamais eu dhommes; elle est séduisante, mais jamais les choses natteignent la mairie. Elle frôle les trente ans, âge auquel, selon la vieille sagesse de lépoque, la maternité devient «une petite chose à proximité». Elle refuse cependant denvisager une grossesse seule.

Comme beaucoup, Élodie croit aux horoscopes, ou plutôt aux prévisions astrologiques, ces inventions de lastucieux publicitaire qui ne servent quà faire couler largent. En ces temps difficiles, les prédictions sont toujours positives: «Mardi matin, vous ferez la connaissance dun oligarque». On conseille donc demporter sa brosse à dents, au cas où il aurait des intentions sérieuses.

Élodie recherche un partenaire compatible avec son signe zodiacal: elle est Sagittaire, signe de feu, et parmi les signes de feu, les Béliers et les Lions sont ses homologues, le Sagittaire étant le plus calme. Sa première grande passion survient en première année duniversité, une période aujourdhui jugée «trop juvénile» pour de sérieux engagements.

Après les études, il faut payer les factures, les transports et se nourrir. Élodie découvre quelle doit acheter ses courses ellemême, plus de frigo gratuit comme avant. Avant, ses parents lui donnaient de largent; maintenant quelle vit seule, deux personnes ne suffisent plus.

Cette révélation choque son compagnon: ils habitent dans le petit studio quÉlodie a reçu de sa grandmère pour ses seize ans.

«Tu nachèteras pas les courses?» sétonne Vincent.
«Pourquoi moi?» répond Élodie, surprise.
«Le frigo, cest le tien, je ne suis pas le maître des lieux», expliquetil, logique à ses yeux.
«Si cest tout, je peux te déléguer la gestion du foyer», propose Élodie, pleine desprit.
Le résultat: le compagnon disparaît, ne se montre plus même à luniversité où ils sont dans la même promotion. Le Sagittaire ne peut que soupirer.

Élodie continue à rêver dun mariage, même si rien nest arrivé à la mairie. Elle aime toujours Vincent, son premier amant, mais le temps passe. Au troisième semestre, un nouveau prétendant apparaît, hors de son cercle universitaire.

Sébastien, plus âgé, la trentaine avancée, déclare: «Nous nous marierons, ma petite!» Il est déjà divorcé. Lamour na pas de barrière, sembletil. Mais Sébastien ne possède aucun emploi stable, le pays étant alors encore fragile avant la crise actuelle. Il se plaint constamment: «Encore renvoyé, ma chère!» Les patrons sont inhumains, les exigences absurdes, le rythme insoutenable.

Il propose de travailler comme coursier, mais se glorifie dêtre analyste. «Un analyste peut être coursier?» demande Élodie. «Bien sûr, vous conduisez et analysez, à vos risques et périls», répondil. Elle propose de demander de laide à sa mère, mais cela fait déjà deux mois quelle répète les mêmes «difficultés temporaires». «Le temps est long,» citetil Mayakovski (quon remplace ici par Apollinaire), et se pavane.

Élodie, toujours ingénieuse, suggère de mettre un terme à la relation; Sébastien réagit: «Qui a dit que je devais tenlever les pieds?» La tension monte, le Sagittaire sépuise. Sébastien, Capricorne, est pourtant réputé pour son sérieux et son travail.

Le troisième prétendant, Léon, aussi croit aux signes. Ils se rencontrent sur un forum dastrologie et la connexion devient rapidement profonde. Léon, cependant, narrête pas de parler «zodiaques» à la façon dun jeu de mots. «Pourquoi déformer les mots?» demande Élodie. «Cest plus drôle, chérie», répondtil, rappelant les remarques de sa grandmère.

Leurs échanges sont remplis de néologismes ridicules: «Snébule», «sterbadesse», «Dubine», qui tombent du bec du jeune homme comme des perles desprit. À quaranteetun ans, ces jeux de mots lennuient déjà, et Élodie, maintenant vingtsix, commence à perdre patience. Malgré tout, ils ont tous les deux un bon travail, sont libres, et le père de Léon a déjà un fils adulte.

Un jour, lors dun repas de famille, le grandpère dÉlodie, ancien agent de la DGSE, voit Léon appeler «Dzerjinski» un ami, déclenchant les rires et les jurons polonais de lancien militaire. La scène tourne au chaos, et la promesse dun mariage séloigne davantage.

Léon, Taureau, partage la terre avec le Capricorne, mais les Taureaux sont réputés pour leur susceptibilité. Ainsi, Élodie rencontre finalement Pierre, un homme sans défaut apparent: divorcé, sans enfants, beau, pas trop pauvre, cultivé, avec un sens de lhumour aiguisé et un petit studio cosy. Il est né sous le signe de la Vierge, signe de terre, connu pour la prudence et léconomie.

Le couple semble idéal pour la vie à deux. Ils décident demménager ensemble, Pierre loue son propre appartement et propose à Élodie de le mettre à son nom. «Pourquoi?» sétonne la jeune femme. «Je suis déjà enregistré chez moi!» répondtil, mais aujourdhui, sans aucune inscription officielle, il ny a plus de place. «Nous nous aimons, nous formons une famille, alors tout doit être commun», ajoute Pierre.

Élodie se souvient dune blague locale: «Transférezmoi votre appartement, sil vous plaît!» Elle répond: «Croyezvous en Dieu?» Puis, comme si lamour venait de naître, elle accepte.

«Daccord!» répond la future mariée après un bref silence. «Tu as très bien parlé damour, de famille et de partage!Alors je te registre, et tu me registres!»

«Où?» sétonne Pierre. «Dans mon appartement, maintenant tout est à nous!»

«Mais tu ny habites pas!», protestetil. «Si cest la seule condition, alternons les logements: un mois chez moi, un mois chez toi», propose Élodie, un peu désabusée, sentant que la «vie à deux» ressemble à un jeu de mots vide.

Pierre reste sans réponse, nayant pas anticipé cette demande. Élodie ne peut que sourire, pensant à lironie de la situation. Finalement, elle sort de la cuisine, ils dînent, et Pierre, après quinze minutes, sapproche.

«Élodie, on va au cinéma?»

«Avec plaisir!», répondtelle, soulagée quil ne se mette pas à râler. Elle ajoute: «Alors, tu me registres, mon cher?Je ne comprends plus rien!»

Pierre détourne le regard, séloigne, et elle ne larrête pas. Au moins, ils nont pas dépensé largent du mariage, et le dialogue sest interrompu avant même la cérémonie.

Deux des trois amies dÉlodie se sont «mariées»: lune pour six mois, lautre pour un an. La troisième, comme dans une blague, sest mariée doucement. Élodie, elle aussi, a vécu plus dun mois avec des partenaires civils, et il y a eu de lamour, même si ce nétait pas toujours réciproque.

Comme on le dit dans certains coins de la France, «il ny a pas de mauvais hommes, seulement de mauvaises attentes». Même si les prétendants nétaient pas tous des Béliers, ils se ressemblaient. Cest blessant, certes, mais pas fatal, Élodie.

Passée la trentaine, elle ne court plus les mariages. Sa carrière progresse, elle échange le petit studio de grandmère contre un deuxpièces, soffre une voiture étrangère, part en weekend. Elle conclut que la vie réussit.

De nos jours, lâge de procréation sétend jusquà soixante ans; on peut encore envisager davoir un enfant «pour soi». Les saucisses continuent dabonder, tout comme les possibilités.

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Katya, une jeune-fille d’un autre temps, rêvait de mariage au milieu de filles modernes : pourquoi se compliquer la vie avec un mari, quand une belle saucisse pourrait suffire ?
Tout ce qui arrive, arrive pour le meilleur Ingrid Durand – mère de Valérie – a toujours façonné sa fille à son image, exigeant d’elle obéissance et perfection. Se percevant comme une femme forte et accomplie, Ingrid n’a cessé de sommer Valérie de suivre à la lettre chacune de ses recommandations : « Valérie, pour réussir aussi bien que moi, tu dois marcher sur la route que je trace, sans jamais t’en écarter. As-tu bien compris ? » Valérie aimait sa mère et voulait lui plaire, s’efforçant de répondre à toutes ses attentes. Ingrid rêvait d’une fille parfaite, digne de Miss Perfection. Pourtant, plus Valérie grandi, plus il lui devient difficile d’être à la hauteur. Enfant, elle se salissait, déchirait ses habits ou tombait, mais à l’école, ses notes étaient impeccables : recevoir un 12/20 aurait été une tragédie pour sa mère. « Valérie, quelle honte ! Comment as-tu pu avoir une aussi mauvaise note ? Respecte-nous, ton père et moi. Redresse la situation, vite ! » Docile, Valérie s’exécutait : un effort de plus, un nouveau 18/20. Elle décrocha brillamment son bac avec mention très bien, comme il se doit. Ingrid jubila lorsque sa fille entra facilement à la Sorbonne. Son entreprise de BTP, gérée d’une main de fer dans un univers d’hommes, surprenait jusqu’aux plus endurcis. Jamais elle n’avait douté que Valérie viendrait, après sa licence, travailler à ses côtés. Valérie, elle, rêvait de liberté ; elle voulait étudier ailleurs, loin. « Avec moi, ma fille, pas de folies d’indépendance : tu restes ici. L’université de Paris suffit. » Valérie n’osa protester. En troisième année, elle tomba amoureuse. Jusque-là, elle avait eu quelques flirts discrets, jamais rien de sérieux. Georges, un blond aux yeux bleus de la promo voisine, conquit son cœur. Il avait des difficultés en cours, alors qu’elle excellait. Georges lui demanda un jour : « Valérie, tu peux m’aider avec mon mémoire ? Je suis débordé… » – « Bien sûr ! » répondit-elle, ravie. Dès lors, elle rédigea pour lui rapports et mémoires, en échange de son affection. Ils sortaient, allaient au cinéma ou au café. Ingrid ne tarda pas à flairer l’idylle : « Présente-le-moi, je veux voir à qui j’ai affaire ! » Georges fit bonne figure face aux parents Durand, même Ingrid n’y trouva rien à redire. Mais une fois seul à seul, la mère alerta sa fille : « Cet homme ne te mérite pas, il se sert de toi. Il n’a rien d’exceptionnel, pourquoi t’entêtes-tu ? » Pour une fois, Valérie protesta : « Ce n’est pas vrai, maman. Georges a de l’ambition, il aime l’histoire… Il n’est simplement pas comme toi. » Malgré ses mises en garde, Valérie épousa Georges après la fac, persuadée que sa mère se trompait. Il se révéla que les “moyens” peuvent surpasser les “brillants” : Georges décrochait un poste prestigieux, tandis que Valérie travaillait sous l’aile maternelle. Georges avait son propre appartement, offert par ses parents, et Valérie croyait avoir gagné sa liberté. Or, elle travailla quand même pour Ingrid. Un soir, Georges annonça : « On m’a nommé chef de service, à l’essai. Mais je vais confirmer les attentes. » Effectivement, trois mois plus tard, il était titularisé. Pourtant, il déplorait que son épouse reste sous la coupe maternelle : « Tu ne feras rien de ta vie ici, Valérie. Tu resteras toujours la petite fille à ta maman. » Blessée, Valérie savait qu’il avait raison. Pourtant, Georges cessa de la blâmer : il devint distant et indifférent, ce qui ne dérangeait pas Valérie tant qu’il restait là. Un an passa. Un soir, Georges avoua en rentrant : « J’ai rencontré quelqu’un d’autre, je pars. Elle, au moins, est vraie… » Pour la première fois, Valérie explosa – cris, vaisselle cassée, colère. Georges, impassible, déclara : « Je découvre que tu as du tempérament. Dommage que je l’apprenne trop tard… » et il partit. Valérie, enragée, fit ses bagages, loua un studio et coupa les ponts avec sa mère, à qui elle ne révéla rien. Un mois plus tard, Ingrid finit par percer le secret et lui reprocha tout, insistant : « Je t’avais prévenue ! Au moins, tu n’es pas restée sa domestique. Heureusement qu’il n’y a pas d’enfant. À l’avenir, écoute mes conseils ! » Valérie répondit calmement : « Maman, tout ce qui arrive, arrive pour le meilleur. Et je quitte ton entreprise, j’en ai assez. » Elle claqua la porte, Ingrid restait stupéfaite. Pour échapper à l’emprise maternelle, Valérie partit à l’aventure, s’égara, et, à la sortie du tramway, trébucha dans un trou. Un jeune homme passant par là, Jean, lui vint en aide, la porta jusqu’à sa voiture puis à l’hôpital. Diagnostic : entorse, pas de fracture. Jean la raccompagna et, soucieux, demanda : « Vous me donnez votre numéro ? On ne sait jamais… » Elle accepta. Le lendemain, Jean l’appela : « Que puis-je vous apporter ? Du jus, des fruits ? » Quelques heures plus tard, il arrivait, les bras chargés, suggérant : « Puisqu’on fête notre rencontre, si on se tutoyait ? » Valérie rit – tout était simple et joyeux avec lui. Quatre mois plus tard, ils se mariaient ; un an après, naissait leur fille Laure. Quand on lui demandait où elle avait trouvé un mari si formidable, Valérie plaisantait : « Il m’a ramassée sur le bord de la route… Vous ne me croyez pas ? Demandez-lui ! » Merci pour votre lecture et votre soutien… Bonne chance à vous !