Je suis convaincue que nous ne sommes en aucun cas responsables dentretenir mon beau-frère et sa famille, encore moins de leur payer un appartement à louer. Permettez-moi de commencer par une chose : je suis la propriétaire de notre appartement de trois pièces, celui où nous vivons à Paris, et jai acheté ce logement alors quil était dans un état lamentable, bien avant mon mariage. Vous imaginez, la porte dentrée ne tenait même pas sur ses gonds, elle était simplement posée contre le chambranle. Mais à ce prix-là, jétais contente, et jai entrepris les rénovations par la suite, peu à peu. Mais bon, ce nest pas ça le sujet principal.
Quand jai rencontré mon mari, javais déjà refait deux des pièces et même acheté quelques meubles. Dans lensemble, lappartement était devenu plutôt confortable.
Mon futur mari, beau et charismatique, vivait à ce moment-là dans un studio loué à Montrouge. Au bout de quelques mois de relation, il sest installé chez moi. Après notre mariage, nous avons transformé lune des chambres en chambre denfant, puis jai eu un garçon, ensuite une petite fille.
Tout allait à merveille, jusquà ce quune nuit glaciale dautomne, notre vie paisible soit bouleversée par larrivée de ma belle-mère. Ce soir-là, elle est apparue devant notre porte, en larmes, traînant deux valises derrière elle.
Est-ce que je peux rester chez vous quelque temps ? Mon fils a ramené une fille chez moi. Jespère quils sentendront bien, peut-être quelle deviendra sa femme, quils finiront leur vie ensemble Je ne veux pas vous déranger longtemps, je promets daider, daller chercher les enfants à lécole, de préparer à manger. Je nai plus personne à part vous !
En pleurs, elle avait la voix brisée. Nous lavons laissée entrer. Nous lui avons même cédé la plus grande chambre. Ma belle-mère était à la retraite, elle gardait les enfants, comme promis, mais elle ne remettait presque jamais les pieds chez elle : le petit dernier, mon beau-frère, sinstallait tranquillement là-bas avec sa nouvelle famille. Il vivait dans le F2 maternel, à Versailles, avec sa jeune épouse et deux enfants : un en commun, et un quelle avait eu avant.
Des années plus tôt, mon beau-frère sétait marié juste après le lycée, une histoire de jeunesse. Mes beaux-parents avaient alors vendu leur grand appartement ; avec largent, ils leur ont acheté un petit F2 et pris un studio pour eux. Puis, mon beau-père a été emporté par la maladie.
Mon beau-frère et sa première femme ont eu deux enfants. Après le divorce, il leur a laissé le F2 et son ex-femme vit toujours là-bas avec son nouveau mari et trois enfants.
Le jour où il a quitté sa femme, il est retourné chez sa mère :
Maman, je reste un temps chez toi. Je veux me reconstruire, trouver un appartement, rêver un peu.
Mais les mois ont passé, il na rien trouvé, et il a fini par amener sa nouvelle compagne chez sa mère.
Tous les week-ends, ma belle-mère débarquait à Paris avec tous les enfants de son fils : ceux du premier mariage, et du second. Un vrai cirque ! On nen pouvait plus.
Un an plus tard, on lui a dit quil fallait quelle trouve une solution de logement. Elle sest remise à pleurer, à se rouler par terre de détresse.
Jai fini par aller parler à mon beau-frère à Versailles, pour lui dire quil était temps de laisser lappartement à sa mère. Il a refusé de déménager. Selon lui, il ne pouvait pas payer de loyer avec sa maigre paie, et il avait des enfants à charge. Quétais-je censée faire ?
Ces derniers temps, ma relation avec ma belle-mère sest vraiment dégradée. Je redoutais de rentrer chez moi le soir. Un soir, jai pris mon courage à deux mains et jai demandé à mon mari de régler le problème du logement de sa mère, sinon je demanderais le divorce.
Il a été complètement abasourdi, sans savoir quoi faire. Il ne voulait pas laisser sa mère à la rue.
Je lui ai suggéré quelle loue un petit studio ; heureusement, nous avons les moyens, avec mon salaire de cadre supérieur. Mais ma belle-mère a catégoriquement refusé. Selon elle, il fallait louer un F2 pour mon beau-frère et sa famille, comme ça elle pourrait rentrer chez elle.
Jai trouvé cela parfaitement déplacé. Jai dit que si elle ne partait pas dans la semaine, je sortirais ses affaires sur le palier. Que pouvais-je faire dautre ?
Je ne vois pas pourquoi nous devrions nous charger de la famille de mon beau-frère, et encore moins leur fournir un logement !







