Cher journal,
Ma tante ma légué la petite maison du village de SaintCirq, mais mes parents nétaient pas daccord. Ils insistaient pour que je la vende, me remette largent et ne garde quune part pour moi, affirmant à lunisson que je navais aucun droit sur ce bien.
Parfois, ceux qui nous sont le plus proches se révèlent être les plus cruels. Cest dur à admettre, mais je sens aujourdhui que mes parents me détestent vraiment. Jai limpression quils ne sont pas ma vraie famille. Ma petite sœur, Élodie, cest une autre histoire. Nous ne nous ressemblons pas du tout, et je ne veux en aucune façon être comme elle ; son caractère mirrite profondément. Pourtant, ils lont toujours présentée comme lexemple à suivre.
Élodie nest quen huitième année à lécole, elle se montre constamment impolie envers les adultes et ne se préoccupe jamais de son apparence. Je ne sais plus à qui je peux me comparer Bien que je sois laînée, cest Élodie qui dépense pour des vêtements neufs pendant que je porte des habits doccasion quelle ne veut plus.
Personne ne nous croyait sœurs. Jétais toujours polie et rangée, elle, au contraire, était vulgaire et débridée. Laffection que je recevais venait uniquement de ma tante Barbara, la sœur de mon père. Nayant aucun enfant, elle soccupait de moi comme dune fille, et à vrai dire, elle était plus chère à mon cœur que mes parents ou ma sœur. Nous passions de longues heures ensemble, et cest elle qui ma transmis tout ce que je sais aujourdhui. Chez tante Barbara, je me sentais en sécurité, je ne voulais plus jamais rentrer à la maison.
Aujourdhui, je réalise que cest elle qui ma élevée. Couturière de métier, elle ma transmis son amour pour la couture. Tante Barbara était gravement malade, elle navait donc jamais eu la hâte de fonder une famille. Lorsque jai fini mes études, elle est décédée, me laissant son modeste pavillon et son héritage.
La perte de cette femme chère na pas atténué ma douleur. Lhéritage sest présenté comme un cadeau du destin, la possibilité enfin de sortir de ce nid daiguilles et de mener une vie paisible. La seule chose qui me troublait était le fait que mon père se considérât comme lhéritier légitime de la maison. Jappréhendais déjà un scandale.
Mes craintes se sont confirmées dès que mes parents et Élodie ont appris la nouvelle. Ils ont exigé que je vende la maison, me donne le produit de la vente et ne me laisse quune fraction. Ils ont répété, dune seule voix, que je navais aucun droit dessus.
Quand leurs arguments nont pas fonctionné, ils ont tenté démouvoir ma conscience, rappelant que nous formions une famille. Ils ont cherché à invoquer le sentiment de lien familial.
Voici mon avis : je vendrai la maison, mais uniquement pour en acheter une autre, le plus loin possible deux. Même armée dune menace, je ne dévoilerai pas mon adresse. Je mérite une existence heureuse, loin deux.
Je veux clore cette affaire au plus vite et repartir à zéro.
LéaJe me projette déjà dans une petite ville du Sud, où les champs de lavande me guideront vers une nouvelle liberté.







