Les Tulipes : Une Éclosion de Beauté et de Passion en Hollande

Jeune homme. Jeune homme. Oui, oui, vous, clama la voix, et Jean frissonna, secouant la tête pour sassurer que cétait bien lui quon appelait. Le doute sévanouit dès quil aperçut la femme qui lui souriait, le regard fixé droit sur lui. Vous, achetez des tulipes, jeune homme.

Pardon? répéta-t-il, savançant un peu plus. Rester au milieu du flot incessant de la foule était insensé, car ce courant vous emportait comme un torrent de montagne en furie.

Achetez des tulipes, sourit-elle, lui tendant un petit bouquet de tulipes blanc-rose.

La dame semblait avoir une quarantaine dannées. Elle portait, comme la plupart des marchands de rue, une doudoune épaisse à fourrure, un pantalon large et de lourdes bottes dhiver qui défiaient le gel. Mais son visage était différent: vivant, bienveillant, loin des traits durs que lon voit habituellement chez les vendeuses du pavé. Son sourire irradiait une chaleur familière, comme celle dun proche que lon na pas vu depuis longtemps. Pourtant, Jean jura nen avoir jamais vu le visage auparavant.

Pardon, je naime pas les fleurs, murmura-t-il, alors quun homme corpulent faillit le renverser. Cest un endroit étrange pour vendre.

Pourquoi? demanda la femme, serrant le bouquet contre sa poitrine.

Ici tout le monde court sans se soucier des autres.

Pourquoi ne supportezvous pas les fleurs? ricanatelle, le rouge à lèvres virevoltant, et fit rougir Jean.

Cest ridicule. Elles sont inanimées, grogna-til, étonné de se justifier devant cet inconnu. Elles ne font que se faner, gaspillant de largent.

Mes tulipes sont vivantes, réponditelle dune voix mystérieuse, inhalant le parfum des fleurs avant de sourire à nouveau. Jean haussa les épaules, pinça les lèvres. Vous ne croyez pas?

Désolé, mais non. Jai vu ce que les vendeurs peuvent faire pour pousser leurs produits, affirma-til, relevé le col de son manteau, grelottant sous le vent glacial.

Alors prenezles, simplement, insista la femme. Laissez le froid quitter votre demeure, et le printemps sy installer.

Les bulletins prévoient encore deux semaines de froid. Vous pensez que vos tulipes peuvent chasser le gel? ricana-til, marmonnant quelque chose quand elle secoua la tête. Pardon, je ne voulais pas vous offenser.

Vous ne mavez pas offensée. Je vois que vous doutez de mes paroles, fitelle une petite moue. Alors prenezles, pour quelquun que vous aimez.

Vous nabandonnez jamais, hein? sourit Jean, tandis quelle secouait la tête une fois de plus. Quelle obstination.

Dans une maison sans fleurs, le froid règne en maître.

Et le froid règne aussi quand le chauffage est coupé, lançail, un brin dhumour noir. Désolé, il faut que jy aille, vraiment.

Prenezles. Je ne saurai pas si vous les jetez en chemin ou les laissez dans le métro, ditelle en lui tendant à nouveau le bouquet. Mais si vous les amenez chez vous, vous verrez que javais raison.

Daccord, réfléchit Jean, fouillant ses poches pour sortir quelques billets froissés, quil glissa à la vendeuse. Prenezles. Et merci.

Pour quoi? Je ne fais que mon travail, répliquaelle en prenant un nouveau bouquet dune simple boîte.

Je ne sais pas, admitil avec franchise. Juste merci.

De rien, réponditelle. Jean hocha la tête, serra le bouquet contre son cœur et reprit sa marche. Peu à peu, le vent devint moins mordant, et une chaleur agréable se propagea dans sa poitrine. Arrêté un instant, il se retourna. La femme continuait dappeler les passants, mais, étonnamment, sa voix perçait le bruit des voitures, le flot dense des piétons, le brouhaha de la rue. À chaque instant, son chant joyeux résonnait.

Mademoiselle, oui, vous, achetez des tulipes.

De retour chez lui, Jean se déshabilla, entra dans le salon et sortit du buffet le vieux vase de sa grandmère. Il le rince sous le robinet, le sèche avec un torchon à rayures, le remplit deau fraîche et y déposa les tulipes. Puis, le posa sur la petite table près de la fenêtre.

Les tulipes étaient vraiment magnifiques. Le bas des fleurs arborait un rose foncé, presque mûr, et, à mesure quon montait vers le sommet, les pétales devenaient plus pâles, presque blancs.

Salut, Maëlys, lançail quand le verrou de la porte claqua et que la jeune femme, épuisée mais charmante, entra dans lentrée.

Salut. Le temps est affreux, réponditelle en secouant son chapeau mouillé. On raconte que le froid tiendra encore deux semaines.

Je lai vu ce matin dans les prévisions, grognail en prenant son manteau. Mais on a du thé chaud et des biscuits, comme tu aimes.

Ah, cest parfait, ritelle en soufflant sur ses mains gelées, puis se tut, humant lair avec précaution. Cest quoi cette odeur, Vian?

Une odeur? demandail, intrigué.

Oui, ditelle en savançant vers la cuisine. Je ne sais pas lexpliquer. Chaude, légèrement sucrée.

Probablement venue de la rue, haussatil les épaules en versant de leau bouillante dans une tasse. Maëlys hocha la tête, ôta son cardigan et se dirigea vers la pièce où un léger cri détonnement séchappa. Jean, laissant le sucrier de côté, sourit en réalisant quelle avait remarqué les fleurs.

Tu as acheté des tulipes? sexclama Maëlys, joyeuse, quand Vian entra avec un plateau de tasses fumantes et un bol de biscuits. Il acquiesça, posa le plateau sur la table. Tu ne supportes jamais les fleurs, même les occasions spéciales tu les évites.

Le vendeur était tenace, réponditil, stupéfait de voir les tulipes épanouies et le parfum doux qui flottait dans la pièce.

Quelles beautés, Vian, sapprochaelle, pressa le visage contre les fleurs et, les yeux clos, inspira profondément leur arôme.

Je vois, souritil, ému lorsquelle le serra fort contre son torse. Que se passetil, ma douce?

La journée était un enfer, Vian. Et maintenant il fait à nouveau chaud, comme le matin, marmonnaelle, les yeux brillants. Merci.

Pas de quoi, éclatatil en caressant ses cheveux. Il contempla les fleurs un instant, puis murmura doucement. Huh, je ne savais même pas que les tulipes sentaient.

Je le comprends. Je ne peux pas décrire leur parfum, acquiesçaelle en prenant sa tasse de thé. Elle haussa un sourcil lorsquil rit. Tu quoi?

Jai compris ce que sentent les tulipes.

Et alors?

Elle avait raison, ditil en lenlaçant à la taille, la pressant contre lui. Elles sentent le printemps.

Jean et Maëlys restèrent longtemps assis, sirotant leur thé, parlant à voix basse. Sur la petite table, dans le vieux vase de la grandmère, les tulipes continuaient de diffuser leur doux parfum de renouveau, remplissant la pièce et leurs cœurs dune chaleur printanière.

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