Océane reçut un petit chat gris, quelle baptisa Loulou, de la part dune amie. La petite boule de poils était immédiatement adoptée par la jeune femme au cœur tendre.
«Je tappellerai Loulouchou,» décida Océane. «Loulou,» murmurat-elle en caressant le sommet de la tête du félin. Le chat accepta son nouveau surnom avec un ronron satisfait, même sil était auparavant connu simplement comme «minou».
Loulou explora lentement la nouvelle demeure, tout lui plaisait, sauf chaque matin, il rencontrait dans la cuisine un homme bougon, le mari dOcéane, qui ne supportait pas la présence du petit matou. Il grognait sans cesse, le chassant du fauteuil préféré de Loulou.
Lorsque le mari quittait la maison, Loulou sévadait de joie, jouait avec Océane et les jouets quelle lui avait offert. Il se demandait parfois pourquoi sa maîtresse navait ni petit garçon ni petite fille. «Avec des enfants, la vie serait bien plus animée,» pensait-il, mais il comprit vite que sous le joug dun mari irritable, aucun bébé ne pouvait naître.
«Océane, encore ta petite princesse est montée sur mon pantalon, il est tout couvert de poils! Nettoiele, sinon je ne pourrai pas le porter au bureau!», lança à nouveau Vincent, le mari, dun ton acerbe.
«Très bien, je le nettoie, mais nen laisse plus sur le fauteuil, rangeles dans le placard,» répliqua Océane en frottant vigoureusement le tissu.
Le printemps arriva. Un jour, Océane annonça à Loulou quils partiraient à la campagne, à la ferme de ses parents à la Dordogne. «Tu vas adorer: tu te prélasseras sur lherbe, écouteras le chant des oiseaux et mangeras chaque jour des baies mûres,» promettait-elle.
Le séjour fut un véritable enchantement. Loulou sélança parmi les massifs de fleurs, renifla les premières roses de printemps, si parfumées quil séternisa à les sentir. Il éternua deux fois, se roula dans lherbe, et sélança après un moineau surgissant de nulle part, sautant de branche en branche comme pour le narguer. Malgré tous ses efforts, le petit oiseau demeura hors datteinte.
«Loulou, va déjeuner,» lappela Océane. Sur le perron trônait une tasse de lait et un morceau de saucisson. Avant quil nait pu tout engloutir, le mari fit irruption, furieux.
«Hors dici, ne te mets pas sous mes pieds!», siffla Vincent en bousculant le chat qui tomba du perron.
Loulou ne se découragea pas, habitué à la rudesse de cet homme. Il se réfugia près dune tonnelle et sy lova sur un banc. Océane, le cœur serré, lui apporta son vieux pull en laine.
«Tiens, il est à toi; posetoi dessus, il fera toujours chaud,» ditelle avant de repartir, débordée de travail.
Le reste de la journée, Loulou fut presque seul, à lexception du moineau qui revint, comme attiré par la solitude du chat. Le temps sécoula rapidement à la campagne. Avant quils ne sen rendent compte, août, mois des récoltes abondantes, sinstalla.
Chaque matin, la fortune souriait à Loulou: Océane le nourrissait de savoureuses baies mûries, de concombres croquants tout juste cueillis. Le mari, cependant, ne cessait de rouspéter, le traitant de «poule paresseuse».
«Les souris envahiront bientôt le grenier, et toi tu restes là à ne rien faire! Attrapeen!», criatil.
Loulou, encore tout petit, ne savait pas chasser, mais en une journée, il captura deux souris et les déposa sur le perron, espérant ainsi prouver sa valeur au patron irascible.
Lautomne sapprocha. Un jour, Océane tomba malade et fut conduite à lhôpital de Bordeaux. Loulou resta seul à la ferme, le cœur lourd, ne comprenant pas ce qui était arrivé à sa maîtresse. Le mari ne revenait plus que pour ramasser la dernière récolte, déverser un peu de nourriture sèche dans la tonnelle, puis repartir. Les jours devinrent durs, et le seul réconfort de Loulou était le chant du moineau.
Début novembre, la neige recouvrit les champs. Loulou se blottit de plus en plus dans la tonnelle, affamé, maigre, et perdait lespoir de jours meilleurs.
Un matin, le mari revint, mais il nétait pas seul. Un inconnu, un nouveau propriétaire du chalet, arriva avec son épouse. Ils inspectèrent la maison, fouillèrent la tonnelle, et létranger aperçut Loulou.
«Que fait ce minou, cette petite poupée?», demandatil à Vincent. «Il ne survivra pas ici, il mourra de faim et de froid.»
Vincent, las, répondit: «Je nai nulle part où le prendre, ma femme est à lhôpital, je travaille du matin au soir»
Létranger haussa les épaules, surpris: «Et cet animal, vous ny tenez pas?»
Vincent marmonna: «Il reste ici! Si vous voulez, vous pouvez le prendre,» et remit les clés du chalet.
Loulou reçut un morceau de saucisson sec et un peu de pain. Il survécut quelques jours, le moineau continuant à lui chanter à loreille, mais la vie séteignait lentement en lui.
Le propriétaire du chalet, Marc, apprit lexistence du petit chat lors dune réunion du syndicat de lassociation de jardiniers. Un weekend, armé de ses skis, il décida de se rendre à la campagne pour voir le lieu. La route était enneigée, aucun habitant ne semblait y vivre en hiver. Il gara sa voiture au bord du chemin, enfila ses skis et sélança vers la maison recouverte de neige.
Arrivé devant la tonnelle, il déblaya la porte, cria: «Loulou, tu es là? Ma petite perle!»
Il souleva un vieux pull en laine posé sur le banc et découvrit un corps de chat épuisé, immobile. Au même instant, le moineau poussa un curieux pépiement, perché sur la porte entrouverte.
«Tu es vivante, ma petite!», sexclama Marc, les larmes aux yeux, «Tu as eu de la chance.»
Il déposa délicatement un petit morceau de viande pour chat et un verre deau. Loulou, sentant lodeur alléchante, se mit à manger lentement, puis à lécher leau avec avidité.
Le moineau picora une miette de pain que Marc avait apportée, puis senvola, comme pour dire que tout était revenu à la normale.
Marc enroula alors Loulou dans une serviette de bain moelleuse, la serra contre lui et murmura: «Tu vas aller mieux, petite, je te ramène chez moi.»
Il emmena le chat à la clinique vétérinaire de Périgueux. Le vétérinaire constata une grande faiblesse et décida de garder Loulou à lhôpital une semaine.
Pendant ce temps, Océane, guérie, regagna la campagne. Le jour où elle apprit que son vieux compagnon était en vie, elle appela Marc.
«Estce que mon Loulou est vraiment sauvé?» demandatelle, la voix tremblante.
Marc lui raconta lhistoire du chat abandonné et de son sauvetage. Océane, émue, ne réclama pas le retour du félin; elle savait désormais quil avait trouvé de nouveaux maîtres aimants.
Marc, avec son épouse Irène, offrit à Loulou un petit nid douillet et des jouets, créant ainsi une nouvelle famille pour le petit chat. Une semaine plus tard, Océane quitta la ferme, le cœur léger, sachant que la bonté avait triomphé.
Même dans les heures les plus sombres, il existe toujours des personnes au grand cœur prêtes à tendre la main à ceux qui en ont besoin. Cette histoire rappelle que la vraie générosité finit toujours par trouver son chemin.
Croyezvous en cela?






