Et les miens, ils sont moins bien que les tiens ?

Oh là là, écoute-moi cette histoire

Elle a quoi, la varicelle ? Mais vous êtes fous ? Je suis enceinte !
Mais non, tinquiète ! Elle na plus de fièvre depuis trois jours. Le médecin a dit quelle nétait plus contagieuse.

Camille se tenait sur le seuil du salon. Elle recula de quelques pas, séloignant de ce mini-hôpital improvisé. Ils venaient darriver chez sa belle-mère depuis cinq minutes, et elle avait déjà envie de prendre la fuite.

Sur le canapé, Élodie souriait comme si de rien nétait. À ses pieds, la petite Chloé, quatre ans, en pyjama à licornes, gigotait par terre. La fille de sa belle-sœur était couverte de boutons, comme un léopard, mais en vert.

Pas inquiète ?! Vous savez que je nai jamais eu la varicelle ? Que cest dangereux pour le bébé ? Pourquoi personne ne ma prévenue ? Camille se précipita vers la porte.
Camille, allez, vous êtes déjà là fit Élodie dun ton conciliant, comme si ça devait suffire à calmer sa belle-sœur. Restez un peu.
Si javais su, on ne serait jamais venus ! lâcha Camille en enfilant ses bottes.

Elle mit son manteau dehors, refusant de rester une seconde de plus. Pas question de subir ce genre de surprise à huit mois de grossesse. Son mari la suivit à la hâte.

Tout le trajet du retour, Camille sen voulut. Elle savait pourtant comment sa nouvelle famille traitait les questions de santé. Elle le savait, et elle était quand même venue.

La première fois que sa belle-sœur lavait surprise, cétait en amenant sa fille malade à la maison. Camille avait tenté de ne pas y prêter attention elle nétait pas enceinte, après tout. Mais ça ne lui avait pas plu.

Encore moins quand, deux jours plus tard, elle était tombée malade à son tour. Elle travaillait à domicile, impossible dattraper le virus ailleurs. Pourtant, la fièvre lavait fait rater des délais, et son patron lavait réprimandée. Une période chargée, et sa maladie tombait très mal. Elle avait dû travailler dans cet état.

Désolée, avait haussé les épaules Sophie quand Camille lui en avait parlé. Qui aurait cru que ton système immunitaire était si faible ?

Sa belle-sœur parlait comme si elle ny était pour rien. Comme si le problème venait de Camille. Et ça, cétait ce qui la rendait folle.

Sophie se montrait négligente avec tout le monde. Elle emmenait souvent Chloé à la crèche alors quelle était malade.

Mais ce sont des enfants ! Si la mienne tousse, cest quils sont tous malades là-bas ! Et moi, je dois travailler, pas le temps de marrêter, sétait-elle indignée quand la maîtresse lavait grondée.

Sophie nen tirait aucune leçon. Pourquoi le ferait-elle ? Elle, ça ne la dérangeait pas. Cétait les autres qui en souffraient.

Heureusement, Camille nattrapa pas la varicelle, et Théo naquit en parfaite santé. Mais elle comprit une chose : elle devait protéger son fils de cette famille à tout prix, sinon ils le mettraient en danger. Alors elle « oublia » volontairement la date de sortie de la maternité et nautorisa que sa mère à leur rendre visite.

Camille, comment va Théo ? Tout va bien ? Quand est-ce quon pourra rencontrer notre petit-fils ? demandait Élodie dune voix inquiète.
Oh, je ne sais pas Le médecin dit quil faut éviter les contacts. Son système immunitaire est fragile, répondait Camille, nerveuse. On ne sort même pas, alors les visiteurs

Elle trouvait toujours une excuse. Elle jouait les idiotes, inventait des histoires, se plaignait de ne pas être en forme. Tout pour éviter que Chloé, toujours malade, ne franchisse leur porte.

Mais un jour, Sophie débarqua sans prévenir. Camille ouvrit machinalement, et la vague était déjà là. Chloé, souriante mais le nez qui coulait, fila vers la chambre de Théo.

On passait prendre le thé, annonça Sophie avec un sourire. Chloé tenait absolument à voir son petit cousin. Les enfants adorent jouer avec les bébés, tu sais.

Camille leva un sourcil dubitatif. Elle avait envie de les mettre dehors toutes les deux, mais elle savait quelle ne pouvait pas. Même si son instinct maternel hurlait le contraire.

Chloé est encore malade ? croisa Camille les bras, montrant clairement son mécontentement.
Oh, les enfants sont toujours malades, bafouilla Sophie. Ce nest rien, juste une allergie. Et puis, cest comme ça quils renforcent leurs défenses.
Bien sûr soupira Camille.

Même si elle réussit à les faire partir une demi-heure plus tard « On va chercher papa au travail » , ça ne sauva pas Théo. Deux jours après, sa fièvre monta à 40°C, avec des convulsions. Cette nuit-là fut un cauchemar. Camille se sentait coupable : elle aurait dû leur claquer la porte au nez.

Là, elle craqua.

Cest fini. Plus jamais. Plus de Chloé malade chez nous, déclara-t-elle à son mari.
Camille, Chloé ny est pour rien essaya-t-il dapaiser. Cest juste une enfant.
Je sais. Mais rien quà la voir, jai des tics nerveux. Une infection ambulante. À chaque fois, cest la même chose. Alors cest terminé.

Son mari ne répondit pas. Elle voyait bien que ça ne lui plaisait pas, mais elle sen moquait. Elle en avait assez dêtre malade et de trembler pour son fils.

Pourtant, couper les ponts complètement était impossible. Ils pouvaient éviter Noël chez la belle-mère, prétexter un week-end pour le 8 mars mais interdire les visites pour lanniversaire de Théo ? Plus compliqué.

Jai invité maman et Sophie demain, annonça prudemment son mari la veille. Elles arriveront vers 17h.

Camille, en train de faire la vaisselle, simmobilisa, léponge à la main. Elle le fusilla du regard.

Je tavais dit : pas dinvitations !
Camille, arrête. Ce sont nos proches. Jai demandé si Chloé était malade, Sophie a dit non. Et puis, comment je peux leur refuser ? Ta mère vient bien demain ! Et les miennes, elles sont moins bien ? Des lépreuses ?

Camille serra les lèvres mais ne répondit pas. Normalement, ils auraient dû en discuter mais bon, elle céderait. Peut-être que les choses avaient changé ?

Erreur.

Cette fois, Chloé ne toussait pas, mais elle restait à lécart, renfrognée, sans parler. Très inhabituel.

Chloé va bien ? chuchota Camille à Sophie.
Elle avait mal à la gorge ce matin. Mais je lui ai donné un médicament, ça va mieux, répondit calmement Sophie.

Camille inspira profondément pour ne pas crier ni les virer. Mais elle ne put sempêcher de parler.

Sophie, tu nous as assez fait subir ta fille malade. À chaque fois, cest les urgences après.
Oh ! Laisse-la tomber, fit Sophie en haussant les épaules. De toute façon, il attrapera tout à la crèche. Au moins, il sera immunisé.

Camille la regarda comme si elle avait trois têtes.

Je dois te remercier, cest ça ?
Pas besoin. Mais Camille, tu exagères. Tu tinquiètes trop pour Théo. Tous les enfants sont malades, cest normal.
Pas pour moi. Oui, ils tomb

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Et les miens, ils sont moins bien que les tiens ?
Seulement après un test ADN. Nous ne voulons pas d’enfants d’autrui ! – déclara la belle-mère — Cent mille euros seulement ? — ricana Élisabeth. — Tu ne mets pas bien cher la liberté de ton fiston ! Peut-être que tu peux en trouver deux cent mille ? — S’il le faut, je trouverai, — marmonna Marie. — Alors, tu acceptes ? Si tout est une question de prix. — Dis-moi franchement, Marie, t’as réfléchi longtemps avant de me faire cette proposition ? — demanda Élisabeth. — On met de côté la question d’argent ! Réponds-moi en tant que femme ! — Ne jouons pas à la morale, — fit Marie, visiblement agacée. — Personne n’est parfait ! Et toi, avec ta famille nombreuse, il faut comprendre qu’on ferait tout pour protéger son enfant… — Donc, tu veux simplement m’acheter ? — répliqua Élisabeth. — Ou acheter ma Dasha ? Tu te dis qu’on est dans la galère, alors tu jettes de l’argent pour qu’on règle ça et tout devienne parfait ! Mais ton Ivan, d’abord il a embobiné ma Dasha, l’a engrossée, et maintenant… Je ne sais même pas comment dire ça. Il se planque dans les fourrés ou sous les jupes de sa mère ! Pour, soi-disant, effacer ses coquilles ! — Allez Élisabeth, soyons claires, — dit Marie. — Mon Ivan n’a que dix-huit ans ! Comment construire une famille et avoir un enfant ? Il doit continuer ses études ! Trouver un travail ! Comment il fera, s’il est déjà coincé avec une famille sur le dos ? — Et il n’y pensait pas à tout ça, ton Ivan, quand il traînait autour de ma Dasha ? — se moqua Élisabeth. — Il va devoir apprendre ce que c’est qu’être adulte et responsable ! Il a fait un enfant, il assume ! Sinon, y’a les autres solutions : procès, pension alimentaire… Marie resta bouche bée. — Tu vas avaler une corneille, — lança Élisabeth, sarcastique. — Et crois pas que je ne sais rien même si je bosse du matin au soir ! — Je ne viens pas te provoquer, je veux régler ça à l’amiable ! — dit Marie en se ressaisissant. — Je suis prête à payer pour la tranquillité ! — Tu veux payer quoi au juste ? — demanda Élisabeth. — Pour avoir mis ma Dasha enceinte ? Parce qu’il la fuit depuis deux mois ? Ou pour que ma Dasha avorte ? Ou c’est l’acompte des futures pensions quand Dasha accouchera ? Du choix, Marie n’en voulait aucun, surtout le dernier ! Car à tout moment, son fils pourrait être touché et appelé à répondre ! — Ne me perturbe pas ! — Marie brandit un doigt. — Je t’offre de l’argent pour qu’on règle ça une bonne fois pour toutes ! Tu fais ce que tu veux : avortement, tu gardes l’enfant, tu le mets à l’assistance ! Mais que mon Ivan n’ait rien à voir là-dedans ! Et si tu veux plus, dis combien ! Sinon, j’emprunte au nom de mon mari ! — Eh bien Marie, va donc te faire voir ! — dit Élisabeth. — En tant que femme respectable, je ne peux même pas te dire où ! Et vu ta proposition, la respectabilité, tu connais pas ! Alors tu sais où aller et pour combien de temps, et où cacher ton argent, aussi ! — Élisabeth, soyons raisonnables ! — s’énerva Marie. — Bonne route ! — répondit Élisabeth. — Sinon je lâche le chien ! Jusqu’au bout, Marie ne savait pas si elle avait réussi à protéger son fils, mais tant qu’Élisabeth était en colère, elle ne laisserait pas Dasha approcher Ivan. Cela donnait à Ivan le temps de se ressaisir et de continuer paisiblement ses études. Et si Élisabeth changeait d’avis, Ivan aurait déjà disparu. Direction la fac, en ville. Et là, la ville, c’est la ville : on peut s’y perdre cent ans sans être retrouvé ! Marie se contint à grand-peine de ne pas attraper Élisabeth par la tresse : — Quelle fière ! Elle méprise mon argent ! Et pourtant je suis venue en douceur ! Elle veut lâcher le chien ! Non mais vraiment ! Avec des femmes comme ça, on ne s’assoit pas au même champ, elles vous retournent comme une crêpe ! Marie ne savait pas alors que l’histoire ne faisait que commencer. Pourtant, elle avait commencé plus tôt. Les parents découvrent rarement les problèmes de leurs enfants à temps. Souvent, c’est bien trop tard. On ne peut qu’espérer qu’il n’est pas trop tard pour arranger les choses. Quand une commère révéla à Marie que son Ivan avait engrossé la Dasha d’Élisabeth, son cœur faillit s’arrêter. — Ivan aurait craqué pour Dasha ? Elle… — pour ne rien dire de trop, Marie se rattrapa vite, — vient d’une famille nombreuse ! Rien à attendre d’elle ! Jamais Ivan ne l’aurait regardée ! — Je rapporte ce qu’on m’a dit, — dit Ignatievna. — Tu veux vérifier, demande à n’importe qui au village ! Tout le monde sait — sauf toi ! Sous le rire grinçant d’Ignatievna, Marie rentra chez elle, ni mari, ni fils : ils étaient partis en forêt. Elle aurait dû s’activer dans la maison, mais elle était bouleversée par la nouvelle. Une nouvelle pire que tout… — Mais pourquoi ? Pour quoi ? Pourquoi eux ? Après s’être rongée les nerfs toute la journée, Marie était à bout. Quand le fils arriva, elle l’interrogea : — Où es-tu allé trainer ? Personne de convenable au village ? Ivan dut avouer. Il pensait tenir jusqu’à la fin des vacances et filer dans le bourg où il était à l’école. Là au moins, personne ne l’aurait attrapé. Peut-être aurait-il eu de la chance ! Mais de la colère de sa mère, il n’y échappa pas. Ivan lâcha quelques larmes et essaya de s’attirer de la pitié. Ce n’était pas un Apollon, ni particulièrement intelligent, ni beau. Il n’attirait pas les filles. Mais l’âge et les hormones le poussaient ! Et ses copains se moquaient, qu’il finirait vieux garçon ! — Dasha était d’accord ! — Dasha dirait oui à n’importe quel mec ! — s’exaspéra Marie. — Dix-neuf ans, et les cavaliers la fuient ! Il faut être fou pour s’attacher à une famille comme ça ! Ils sont pauvres, le père cloué au lit ! Prends Dasha, et tu bosses pour leur tribu toute ta vie ! — Maman, elle est gentille ! Douce et attentionnée ! — pleurait Ivan. — Et sa laideur ne t’a pas gêné ? — cria Marie. — Comment as-tu… Ivan rougit et baissa la tête. — Mon dieu, quelle galère ! — Marie porta la main à son cœur. — On n’a couché ensemble que deux fois, — murmura Ivan. — Il n’en fallait pas plus ! — s’emporta Marie. — Les conséquences ne vont pas tarder ! Et tu dois intégrer la fac dans un an ! Comment faire avec un enfant ? On va te coller une pension alimentaire ! — Peut-être que ce n’est pas de moi ? — espéra Ivan. — On aimerait croire, mais qui d’autre serait tombé dessus ? — gémit Marie. — Quoi qu’il en soit, si on n’arrive pas à s’arranger, seulement avec un test ADN ! Pas envie d’un enfant étranger et hors mariage ! — Pourtant, elle a promis fidélité… — souffla Ivan. — Espérons qu’elle ait menti, — marmonna Marie en sortant la boîte à économies. — Grégoire ! Ça concernait le papa d’Ivan, qui préféra filer dans sa chambre. — Il n’y a pas grand-chose ! — lança Marie. — C’est à la banque, — répondit Grégoire. — On récupère dans une semaine. — Oui, tiens ! On perd la tête avec tout ça ! — Marie s’affala dans son fauteuil, boîte en mains. — Tu as entendu ce qu’a fait Ivan ? — Il a grandi ! — sourit Grégoire. — On va préparer le mariage ? — T’es fou ? Quel mariage ? Avec qui ? — Marie faillit s’étouffer. — Jamais de la vie ! On va payer pour qu’ils nous laissent tranquilles ! Cent mille, ça suffira ? — J’en sais rien — Grégoire haussa les épaules. — Mais aujourd’hui, Élisabeth est dans le besoin, elle serait contente d’un sou ! — Non, on ne s’en sortira pas avec une pièce, — murmura Marie. Marie compta l’argent liquide, puis pensa au compte à la banque. — On a deux cent mille, — finit-elle. — Je propose cent en premier. Si elle négocie, je donne deux cent ! Sinon, dans une semaine, on aura cinq cent. Marie acquiesça selon ses propres calculs. — Tu veux que je vienne ? — demanda Grégoire. — T’aurais mieux surveillé ton fils, on n’en serait pas là ! — grinça Marie. — Je me débrouille ! *** La réponse d’Élisabeth ne donna rien, et Dasha n’avait rien à décider. Ivan passa tranquillement la fin des vacances dans le bourg pour ses études. Défense de revenir avant l’été prochain ! Et une fois qu’il eut quitté le village, plus personne n’en parlait. Seule Dasha subit les commérages, enceinte puis mère. Et Élisabeth aussi. — Elle n’a même pas pu obtenir une pension d’Ivan ! Maintenant c’est elles qui n’ont plus rien à bouffer ! Élisabeth répondait qu’on ne viendrait pas faire la manche, qu’elles s’en sortiraient ! En juin, Ivan revint au village. Mais les parents ne le laissaient pas sortir. Il devait repartir dès les examens finis. Direction la fac, rien à traîner ! Mais Ivan rata les examens, même pas pris en payant. — Grégoire, file chez le bureau du service militaire ! — exigea Marie. — S’ils l’envoient à l’armée, il oubliera tout ! Sinon, il retentera la fac l’année suivante ! Peine perdue. Et pour avoir insisté, Grégoire se fit casser une côte puis mit quinze jours en prison. De retour, Grégoire expliqua comment Ivan pouvait avoir un ajournement : — Faut qu’il épouse Dasha et reconnaisse l’enfant ! Tant que l’enfant a moins de trois ans, Ivan a le temps ! Après, il en remet un et ça repart ! À la fin, il sera trop âgé pour être conscrit ! — On t’a assommé le cerveau ? — s’écria Marie. — On ne souhaite pas de telle famille à ses pires ennemis ! — Sinon, il part à l’armée ! — rétorqua Grégoire. L’idée de laisser Ivan partir à l’armée terrorisait Marie plus que le mariage avec Dasha. Mais pas le choix. — On va supplier Élisabeth, — céda Marie. — Prends la boîte ! Peut-être qu’elle acceptera… — Après qu’elle t’a envoyée balader ? — rigola Grégoire. — Et tout ce qu’elle a vécu cette année ? Peut-être il vaut mieux le cacher en forêt jusqu’à ses vingt-sept ans ! — Prends la boîte et viens ! — commanda Marie.