« L’appartement se vend avec le chat, » annoncent les héritiers, qui baissent le prixLe nouveau propriétaire découvre rapidement que le chat, hérité avec l’appartement, garde jalousement un mystérieux secret familial.

Jai raccroché le combiné et, pendant une seconde, jai fixé mon portable comme si cétait lui le coupable.

Cela faisait vingtdeux ans que je vendais des appartements à Paris, parfois grevés de dettes, parfois avec des proches inscrits au bail, parfois avec des tuyaux qui fuient, et parfois avec une vue sur un cimetière. Une fois, javais même dû gérer un perroquet qui jurait en trois langues. Jamais, cependant, je navais eu à indiquer un chat comme « accessoire » dans le contrat.

Bon, je répète les critères, me suisje murmurée en feuilletant mon carnet. Deux pièces, avenue de la République, troisième étage, soixantedeux mètres carrés. La propriétaire est décédée en janvier. Les héritiers, un fils et une fille de Nice, veulent vendre rapidement. Le chat nest ni repris, ni confié à la SPA, leuthanasie nest pas autorisée. Le chat est compris.

Jai ajouté une phrase qui ferait frissonner nimporte quel notaire: « Le chat est compris dans le prix. Négociation possible. »

Le premier rendezvous a eu lieu un samedi. Jai ouvert la porte et laissé entrer la cliente une femme grande, dune cinquantaine dannées, vêtue dun manteau gris. Elle a franchi le seuil et sest arrêtée. Lappartement exhalait ce parfum typique des maisons où vit longtemps un célibataire âgé: savon à la lavande, vieux bouquins, une pointe de valériane.

Madame Gisèle Moreau, a-telle déclaré sans tendre la main, en balayant la pièce du regard. Et où se trouve votre bonus?

Sur le rebord de la grande fenêtre du salon, un énorme matou rouxblanc était perché. Il fixait Gisèle Moreau sans cligner des yeux, son regard dénué de peur ou de curiosité, seulement empreint dune patience usée par les abandons.

Elle a parcouru lappartement en silence, caressant du doigt les reliures de Chekhov, de Proust, dAstierdeTourville, toutes déjà usées jusquà la couverture. Dans la cuisine, un calendrier décousu était figé au 17 janvier, trois pots de géraniums secs reposaient sur le rebord, et un bol, immaculé et vide, trônait à la base de la petite chaise.

Quelquun le nourrit? atelle demandé sans se retourner.

La voisine, aije répondu. Madame Tamara Ilyin, du numéro 36, passe deux fois par jour. Les héritiers lui versent un petit argent pour ça.

Gisèle a repris la salle, le chat ne changeant pas de posture, les pattes avant repliées, le regard tourné vers la cour. Là, des peupliers nus balançaient sous le vent de février, et entre eux, une femme poussait une poussette.

Comment sappelletil?

Marquis, cest ce que les héritiers ont décidé.

Marquis, a répété Gisèle, sans expression.

Le félin na bougé la tête.

Trois jours plus tard, elle ma rappelé.

Martine, je trouve le quartier agréable, le métro est proche, mais le prix reste audessus du marché, même avec laccessoire. Et les travaux sont indispensables: papier peint, linoléum. Je serais prête à signer si vous me retirez trois cents euros.

Je vais essayer, aije rétorqué.

Les héritiers ont baissé de deux cents euros, Gisèle a accepté.

Les formalités ont duré trois semaines. Elle est revenue deux fois, à la mesure et au carnet, à mesurer les murs, à noter les travaux, à imaginer. Le chat la surveillait. La seconde fois quelle sest accroupie près de la fenêtre pour vérifier le radiateur, le matou a sauté du rebord, sest approché à un demimètre et sest installé sans savancer davantage.

Bonjour, atelle dit au chat.

Marquis a cligné une fois, lentement, puis a détourné le regard.

Le jour de la signature, Tamara Ilyin sest présentée, petite, frêle, les yeux grands ouverts. Elle attendait Gisèle à la porte.

Vous êtes la nouvelle propriétaire?

Jespère bien.

Laissezmoi vous parler de Marquis. Nadine Vauclair, la précédente propriétaire, la récupéré il y a dix ans quand il était tout maigre, tremblant sous la neige de novembre. Elle la nourri, il na jamais quitté son paspas depuis.

Tamara a baissé la voix.

Quand Nadine a fait une avalanche, un AVC, dans la cuisine, il était allongé à côté delle. Les ambulances ont forcé la porte, et le chat est resté sur sa tête, sans jamais sen aller.

Gisèle, les mains tenant un trousseau de nouvelles clefs, trois au total, a écouté.

Il nest pas dangereux, a ajouté Tamara. Il ne griffe pas, il ne détruit pas les meubles. Mais il ne vient pas dans les bras. Je le nourris depuis deux mois, il ne sapproche jamais quand je le mets devant le bol. Je le laisse là, je reviens, le bol est vide. Mais devant moi, jamais.

Peutêtre quil a peur?

Non, il attend. Il sassoit à la porte chaque soir, vers six heures, comme Nadine revenait de sa promenade.

Gisèle a emménagé un samedi, avec peu de meubles, habituée à vivre «compactement». Infirmière depuis vingt ans, dabord en cardiologie, puis chef dun service, puis licenciée, elle avait loué une petite chambre à la porte de la Seine, où les genoux lui faisaient mal et lâme était crevée. Posséder son propre logement était un rêve qui, après neuf ans déconomies, était devenu un projet concret.

Les déménageurs ont introduit un canapé, deux armoires, des cartons de vaisselle. Marquis a disparu. Gisèle la retrouvé dans le débarras, caché derrière la planche à repasser, immobile, les oreilles collées, gigantesque.

Je comprends, lui atelle dit. Cest difficile pour toi, comme pour moi.

Elle a replacé le bol à la même place, sous la petite chaise, et a quitté la cuisine, fermant la porte derrière elle.

Le matin suivant, le bol était vide.

Un mois plus tard, ils vivaient parallèlement: dans les mêmes murs, mais dans des mondes différents. Gisèle se levait à six heures, buvait son café, partait en garde. Elle avait trouvé un poste à la clinique de la rue du Faubourg SaintDenis, pas en cardiologie, mais suffisait après une année de chômage.

Marquis napparaissait dans la cuisine quaprès le déclic de la serrure. Elle le savait parce quelle laissait une mèche de ses cheveux, longue et grisonnante, traverser le bol. Chaque soir, la mèche était sur le sol: il avait mangé.

Le soir, elle sinstallait dans le fauteuil près de la fenêtre, lisait les mêmes livres que Nadine avait laissés. Chekhov était couvert de petites notes à la plume: des points dexclamation, un «oui», un «exactement», «et chez moi». Elle les lisait, ressentait une étrange reconnaissance, comme si la femme quelle navait jamais connue partageait ses pensées.

Marquis était alors dans le couloir, à la porte dentrée, exactement à six heures, attendant.

Fin mars, la grippe la clouée au lit: trenteneuf degrés, gorge en feu, douleurs dans chaque articulation. Elle a appelé son travail, a avalé du paracétamol, sest allongée. Se lever pour manger était impossible, se lever pour nourrir le chat encore plus.

Marquis, atelle appelé dune voix rauque depuis la chambre. Désolée, je ne peux pas.

Silence.

Elle a sombré dans un sommeil lourd, plein de bourdonnements. Au réveil, quelque chose pressait ses pieds, une chaleur douce.

Marquis était lové à ses pieds, enroulé comme un pain, le regard fixe, sérieux. Pour la première fois depuis un mois, il nétait plus dans le couloir, ni dans le débarras, ni derrière la planche à repasser. Il était là.

Gisèle na pas bougé, craignant que le moindre mouvement le fasse repartir. Elle le regardait, il la regardait, et entre eux régnait ce silence où les mots sont inutiles, parce que tout était déjà dit.

Tu le sais déjà, atelle chuchoté.

Marquis a appuyé ses oreilles, a posé sa tête sur ses pattes et a fermé les yeux.

Il ne sest pas enfui.

Trois jours plus tard, la fièvre était retombée. Gisèle, emmitouflée dans une couverture, une tasse de bouillon à la main, a vu Marquis sauter sur le tabouret, sasseoir à côté delle et ronronner, à voix basse, comme sil apprenait à parler.

Elle a posé sa tasse, retiré ses lunettes, tendu la main, paume vers le haut.

Marquis a reniflé ses doigts, a tapoté son museau contre sa paume.

Les larmes sont montées, non pas de tendresse, mais dune prise de conscience: elle avait acheté une vie qui nétait pas la sienne, avec des livres étrangers et un chat étranger, parce que la sienne ne suffisait pas. Et le chat était resté dans une vie qui nétait pas la sienne, sans où le mettre. Deux charges, deux suppléments, deux êtres supplémentaires inclus dans le prix.

Aujourdhui, ils sont assis à la cuisine, un chat de quinze ans, une femme de cinquantesix, tous deux au chaud.

Marquis ronronne, Gisèle pose sa main sur sa grosse tête lourde, et elle se dit que peutêtre voilà ce que cest: ne rien demander, ne rien chercher, et quand cela arrive, cest un cadeau inattendu.

En mai, elle a arraché le vieux papier peint à petits motifs marron, qui assombrissait la pièce, et a peint les murs dun blanc laité chaleureux. Le linoléum est resté, faute dargent, mais cela navait plus dimportance. Lappartement nétait plus étranger, même si elle ne sen était pas rendu compte sur le moment.

Les livres de Nadine sont restés sur létagère. Gisèle y a ajouté les siens, une douzaine environ. Chekhov, toujours annoté, occupe le même coin. Le soir, elle louvre et lit les petites notes: des «oui», des «exactement», des «et chez moi», et hoche la tête.

Les géraniums secs ont été jetés, et elle a planté de nouveaux sur le même rebord où Marquis sétait installé le premier jour. Il y revient plus rarement, préférant le fauteuil à côté delle ou ses genoux quand la soirée sallonge.

À six heures, il ne se dirige plus vers la porte.

En juin, je lai croisée par hasard à la Monoprix de lavenue de la République. Gisèle faisait la queue avec du croquette pour chat et un paquet de yaourt.

Alors, lappartement? lui aije demandé. Vous en êtes satisfaite?

Pas du tout, atelle répondu.

Et le chat?

Gisèle a hésité, a déplacé la croquette dune main à lautre.

Vous savez, Martine, atelle dit, ils ont baissé le prix à tort. Il aurait fallu le remonter.

Jai ri, mais Gisèle na pas ri. Ce nétait pas une plaisanterie.

Chez elle, Marquis lattendait dans le hall, près des chaussons. Cétait son nouveau poste. Au moment où la serrure a cliqué, il a levé la tête et a cligné une fois, lentement.

Cest ainsi quon accueille ceux quon attend depuis toujours.

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Laisse-la donc partir seule. Peut-être qu’on la kidnappera là-bas, – gronda la belle-mère Une soirée étouffante, à l’aube des vacances, aurait dû être teintée d’une douce impatience et de préparatifs joyeux. Mais chez Antoine et Alice, l’ambiance était pesante. Au centre du salon trônait, telle une statue d’inquiétude, Madame Lanoy, la mère d’Antoine. Dans ses mains : la télécommande. — Je m’y oppose ! Vous êtes devenus fous ou quoi ? Sa voix, habituée à régner sur une classe d’école (retraitée de l’Éducation nationale), vibrait d’autorité. Sur l’écran, le présentateur, grave, montrait des flèches rouges menaçantes sur la carte de l’Asie du Sud-Est. Alice faisait sa valise avec un calme qu’on sentait plein d’expérience. Elle connaissait la scène par cœur. Antoine, résigné, essaya de couper court : — Maman, arrête ! C’est des bêtises… On part dans un hôtel réservé par une agence sérieuse… — Des bêtises ?! s’emporta Madame Lanoy, la télécommande manquant de s’écraser contre le mur. Antoine, ouvre donc les yeux ! Elle va t’entraîner dans un piège ! En Thaïlande… là-bas, un sur deux fait du trafic humain ! Ils vont t’envoyer chercher une bière dans une ruelle et tu disparaîtras pour toujours ! On te vole tes reins, ton foie, et on expédie tout ça en frigo ! Et elle, ajouta-t-elle en visant Alice d’un geste tragique, la vendront en esclavage ou dans un bordel ! J’ai vu ça dans un reportage ! Alice releva la tête, surprise, arrêta de plier ses affaires, et tint tête à Madame Lanoy avec une sérénité que son mari, lui, n’aurait jamais osée. — Madame Lanoy, dit Alice d’une voix posée, vous croyez vraiment que chaque Thaïlandais est à la fois mafieux, chirurgien clandestin et proxénète ? — Arrête avec ton ironie ! Tu n’as rien pour contredire les faits ! C’est à la télé ! Antoine leva les yeux au ciel et soupira. — Maman, c’est des programmes pour retraités en manque de sensations fortes. Ils aiment faire peur pour garder l’audimat. Il y a des millions de touristes… — Et des milliers qui disparaissent ! rétorqua Madame Lanoy. Et toi, Alice, t’as déjà acheté les billets ? Tu ne comptes pas les rendre ? — J’ai tout réservé, répondit Alice. On prépare ce voyage depuis deux ans, j’ai tout vérifié, forums, agences fiables. On ne va pas errer la nuit dans les bidonvilles. C’est plage, excursions, curry et tomyams… — Vous allez finir empoisonnés, marmonna la belle-mère. Antoine, mon fils, pitié, réfléchis ! Qu’elle parte seule si elle veut tant risquer sa peau. Mais toi, reste en vie. C’est maternel : je sens que c’est une mauvaise idée. Silence pesant. Puis Alice, refermant sa valise, lâcha : — D’accord. Vous avez raison, Madame Lanoy. Prendre des risques, c’est noble. J’irai seule. — Alice ! Tu ne vas pas faire ça ?! s’exclama Antoine. — Tu entends ta mère. Elle “sent le danger”. Je ne peux pas condamner tes reins ou t’exposer à l’esclavage. Toi, reste ici, bois du thé avec ta mère devant les scandales du JT. Moi… j’irai me confronter à “l’enfer tropical”. Seule. Madame Lanoy resta bouche bée, mi-ravie mi-désarçonnée par la détermination inattendue de sa belle-fille. — Eh bien, c’est mieux comme ça, bredouilla-t-elle, soudain déjà moins enflammée. Tu l’auras cherché. Antoine essaya encore de la faire changer d’avis, mais Alice resta de marbre. La veille du départ, ils s’endormirent chacun de son côté. — Tu veux pas changer d’avis ? demanda Antoine. — Non ! répondit Alice sèchement. ***** À la sortie de l’aéroport de Bangkok, Alice sentit la chaleur moite l’envelopper comme une couette épaisse. Peur ? Non. Juste de la fatigue et beaucoup de curiosité. Les premiers jours, elle suivit le plan : flâner dans les rues animées, s’émerveiller devant les temples, goûter à la street food délicieuse. Personne n’essaie même de voler son portefeuille ou de l’enlever. Les vendeurs du marché souriaient, tentaient tout au plus de négocier dix bahts. Elle poste une photo dans le groupe familial : Alice, tout sourire avec son cocktail, devant la mer turquoise. Légende : “Tout est à sa place, aucun trafic d’organes ni d’esclavage à signaler. Je profite, bisous.” Antoine envoie des cœurs. Madame Lanoy regarde tout ça… et se tait. Quelques jours plus tard, Alice part direction Chiang Mai. Dans une petite auberge de famille, elle fait la cuisine avec la propriétaire, Nock, une dame thaïlandaise âgée, émouvante de ressemblance avec Madame Lanoy. Nock aussi s’inquiète chaque jour pour sa propre fille, partie à Séoul. Là-bas, dit-elle, “il fait froid, les gens ne sourient pas, la nourriture est bizarre, et il paraît qu’il y a des radiations partout”, “je l’ai vu à la télé”. Alice éclate alors de rire, incapable de s’arrêter, et, mêlant gestes, photos et quelques mots d’anglais, raconte à Nock “sa” Madame Lanoy, la télévision, les histoires de mafia et de trafic d’organes. Nock rit à son tour d’un bon cœur vraiment universel. “Ah, les mamans !” s’exclame-t-elle. “On est toutes pareilles. Ce qu’on ne connaît pas, on en a peur… La télé, même en Thaïlande, ça raconte n’importe quoi !” Le soir, sous les étoiles, Alice appelle… directement Madame Lanoy en visio. — Toujours en vie ? dégaine Madame Lanoy d’emblée. — Tout va bien, regardez. Alice tourne la caméra : sur la terrasse, Nock apporte du thé et des fruits. Elle salue d’un grand sourire la dame française à l’autre bout. — Bonjour ! Ta belle-fille est adorable ! Ne t’inquiète pas, je veille sur elle ! Pas d’esclavage !, lance-t-elle en riant. Madame Lanoy les observe sans rien dire, regardant tour à tour la femme asiatique aux petits soins et Alice, radieuse et bronzée. — Et… les organes ? finit-elle par murmurer, troublée. — Tout est là, répond Alice en souriant. Et ici, c’est beau. Les gens sont adorables. Nock, elle aussi, a peur pour sa fille à Séoul, juste à cause de ce qu’ils montrent à la télé. Long silence. — Passe-la-moi, cette… Nock, demande Madame Lanoy. Alice s’exécute. Les deux femmes discutent dix minutes, sans tout saisir, mais à coups de regards, de gestes… et éclatent même de rire. À la fin, le visage fermé de Madame Lanoy s’est adouci. Plus tard, Antoine envoie un SMS : “Maman a éteint la télé pour de bon. Elle m’a demandé quand tu reviens.” Alice, émue, contemple les étoiles de Chiang Mai, puis envoie une dernière photo dans le chat familial : elle et Nock, bras dessus bras dessous, toutes souriantes. Légende : “Nouvelle alliée trouvée. Demain, parapente ! Mes reins vont bien. Bisous.” Le retour est doux. À l’aéroport, Antoine attend Alice. Un peu plus loin, Madame Lanoy patiente, un gros bouquet d’aster à la main. Pas d’élans, pas de cris. Juste les fleurs, tendues timidement. — Toujours entière, à ce que je vois… — Pas de nouveau propriétaire, confirme Alice. — Bon… racontera tout ça, alors. Ta Nock, elle va bien ? Sur la route, Alice raconte temples, plats, sourires et anecdotes. Madame Lanoy écoute, interroge de temps à autre. La télé, derrière, reste muette. Son écran reflète trois silhouettes : un mari étreignant sa femme, une belle-mère écoutant, prête – enfin – à voir le monde autrement qu’à travers le prisme déformant des “sensations”. Et, plus tard, devant une tasse de thé, douce tentative de Madame Lanoy : — L’an prochain, si jamais… je pourrais peut-être venir avec vous ? Mais pas dans les coins trop sauvages, hein… Antoine et Alice échangent un regard complice. C’est inattendu – mais ô combien rassurant. Pourtant, deux jours plus tard, nouvelle visite, Madame Lanoy déboule rouge et agitée : — Finalement non, je ne viendrai pas ! Alice, t’as juste eu de la chance ! Tiens, ils viennent encore de libérer des Français enlevés… Je veux pas finir comme eux ! — Comme tu préfères… soupire Alice. — Antoine, t’as rien à faire là-bas non plus. On peut bien voyager en France, lançe Madame Lanoy, imperturbable. Antoine hausse les épaules, sans tenter de discuter. Il a compris que, certaines peurs… on ne les évacue jamais complètement.