Thomas était très anxieux à l’idée de la naissance de son enfant. Son inquiétude a cédé la place à la joie lorsque la sage-femme lui a annoncé la naissance de son fils. Cependant, sa joie a été de courte durée lorsque celle-ci l’a informé que le médecin l’attendait dans son bureau.

En se précipitant vers son appartement parisien, Thomas repensa avec tendresse au matin où sa femme lui avait annoncé, le souffle court, quelle attendait un bébé. Pris dun élan denthousiasme à la française, il sétait lancé dans la préparation d’un dîner gastronomique digne dun chef étoilé, agrémenté de fruits exotiques ruisselant de vitamines (on ne sait jamais, peut-être quun kiwi peut faire des miracles là où la science piétine). Trois longues années à tenter de concevoir ce fameux bambin, et enfin, voilà que leur rêve se réalisait!

Avant le retour de sa chère épouse, Thomas fit un crochet par une bijouterie du Marais. Il craqua pour une paire de boucles doreilles subtile, élégante, typiquement parisienne persuadé que ce cadeau ferait étinceler ses yeux. Hélas, en rentrant, il trouva Amélie cest ainsi quelle se prénommait, évidemment toute pâle, le visage fermé, filant directement sous la couette sans demander son reste. Inquiet, Thomas pensa à composer le numéro durgence médicale, mais Amélie, stoïque comme une vraie Française, lassura que tout allait bien et lui signifia avec beaucoup de tact qu’il ferait mieux de la laisser tranquille ce soir-là.

Ils échangèrent quelques mots doux à voix basse durant la soirée, cependant le dîner festif resta désespérément intact, la table dressée telle une œuvre dart boulonnaise oubliée. Les semaines ségrenèrent, et le grand jour finit par arriver : laccouchement, enfin! Linfirmière, dun ton triomphal, annonça la naissance dun garçon.

Mais à peine Thomas eut-il suivi la sage-femme dans lantichambre du médecin, que la vie, cette vieille farceuse, lui réserva un retournement de situation. Le diagnostic tomba : leur fils, Paul prénom bien de chez nous était dans un état jugé satisfaisant, excepté un souci aux jambes qui risquait de le priver de ses premiers pas. Pour ne rien arranger, Amélie avait déjà pris une décision radicale : elle ne voulait pas garder lenfant.

Sous le choc, mais nayant jamais été du genre à capituler devant la première grève venue, Thomas entreprit de convaincre son épouse que leur fils avait bel et bien sa place auprès deux. Ni les supplications du principal intéressé, ni les exclamations outrées de la belle-mère ne changèrent la donne : Amélie resta inflexible, plus têtue quune bourrique de la Provence. Finalement, Thomas, le cœur lourd mais déterminé, promit de soccuper seul de son petit Paul. Il empaqueta à la hâte les affaires dAmélie, verrouilla la porte de lappartement, puis investit quelques centaines deuros dans un berceau et une poussette dernier cri, façon Avenue Montaigne.

Armé dune détermination inoxydable, Thomas se lança dans des recherches effrénées sur le handicap de son fils, persuadé quil pouvait déplacer des montagnes (à défaut de la Tour Eiffel). Cest alors quil se rappela avoir entendu parler dune femme du village voisin qui pourrait les soutenir. Il sattendait à croiser une mamie gâteau, odeur de lavande en prime, mais se retrouva nez à nez avec Camille, une jeune femme dynamique, qui accepta daider le petit Paul à une condition: que Thomas vienne vivre sous son toit.

Six mois plus tard, Paul gigotait déjà au milieu de lappartement, capable de semer des jouets du IXème jusque dans la salle à manger. Thomas et Camille, à force dheures passées ensemble entre couches et biberons, sétaient rapprochés, tissant un lien profond et solide. Malgré leur différence dâge qui aurait pu faire jaser les voisines du quartier, Thomas se découvrit incapable dabandonner cette nouvelle complicité. Il ouvrit grand son cœur à Camille, qui le lui rendit bien, acceptant même sa demande en mariage. Paul venait ainsi de gagner une vraie maman, et Thomas une compagne dévouée lamour à la française!

Deux ans sécoulèrent, et voilà la joyeuse petite famille à la maternité, levant un verre de jus de pomme (ou de champagne, selon la légende) à la naissance du deuxième enfant. Cest dans le couloir feutré de la clinique que leurs chemins croisèrent, par pur hasard, Amélie, qui fixa, médusée, le petit Paul devenu un vrai sprinteur qui courait joyeusement entre les fauteuils. Elle le contempla un instant et, bien malgré elle, laissa apparaître un sourire admiratif.

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Thomas était très anxieux à l’idée de la naissance de son enfant. Son inquiétude a cédé la place à la joie lorsque la sage-femme lui a annoncé la naissance de son fils. Cependant, sa joie a été de courte durée lorsque celle-ci l’a informé que le médecin l’attendait dans son bureau.
Une petite histoire de Nouvel An : Un jour, une institutrice retraitée gagne par hasard… une caisse de champagne ! Une caisse entière ! Du champagne !!! Par pur hasard ! Au supermarché de son quartier, où elle faisait ses courses d’habitude après la classe, se tenait une tombola spéciale pour le Nouvel An. Notre professeure, pragmatique et peu crédule face à ce genre de jeux, s’est laissée convaincre par la caissière : — Vous n’allez tout de même pas fêter le Réveillon sans champagne, n’est-ce pas ? La prof a soupiré. Depuis la mort de son mari, elle fêtait seule, sa fille étant partie faire sa vie à Paris et ne revenant que rarement, trop prise par le travail et la famille. Ses élèves l’appréciaient, bien sûr, mais ils avaient leurs propres plans de vacances. Alors chaque année, elle passait la nuit du Nouvel An devant son vieux sapin en plastique, décoré de boules d’époque, d’un bonhomme de neige en coton, et accompagnée de son chat Gustave. — Inscrivez-vous là, s’il vous plaît, a insisté la caissière. La prof a rempli, un peu machinalement, le bulletin et l’a glissé dans l’urne prévue à cet effet avant de rentrer chez elle, oubliant bien vite toute cette histoire. Deux semaines plus tard, en allant acheter des croquettes pour Gustave le glouton le 31 décembre, elle entendit soudain son nom résonner dans le magasin bondé. Sur une estrade, un Père Noël annonçait les gagnants de la tombola des fêtes. — Madame Perrin Élise ! Y a-t-il une Élise Perrin parmi nous ? La caissière la repéra, leva son bras, et l’emmena fièrement sur la scène, pour recevoir solennellement… une caisse de champagne haut de gamme. Le Père Noël fut un brin déconcerté, s’attendant à remettre le lot à une élégante Parisienne ; mais c’est la dame au manteau usé qu’on emmena pour la photo (qui resta, d’ailleurs, dans le portable du Père Noël !). On lui prêta même une petite luge décorée pour ramener le trésor à la maison. Reconnaissante, elle offrit une bouteille à la caissière (nommée Claire), une autre au vigile qui l’aida, puis une à sa voisine acariâtre croisée dans l’allée, et encore une à des jeunes parents du quartier, parents d’une de ses élèves. Arrivée dans son immeuble, après une aventure dans l’ascenseur en panne (sauvée grâce à la voisine susnommée et remerciée d’une bouteille de plus !), elle apporta enfin le reste, fatiguée mais le cœur léger, à Gustave qui l’attendait. — Voilà, Gustave, quelle aventure ! J’ai gagné du champagne, et je l’ai partagé avec tous ceux qui ont croisé ma route. — Miaou, répondit Gustave, indifférent. Il ne restait plus qu’une bouteille… Quand soudain, on sonna à la porte. La caissière et le vigile étaient là avec un délicieux poulet rôti. Rapidement, d’autres voisins, parents, et même la voisine acariâtre apportèrent aussi gâteaux et présents inattendus. Pour la première fois depuis longtemps, le réveillon fut chaleureux autour de la vieille table… Et à minuit moins cinq, la sonnerie retentit encore : sur le palier, fille, gendre et petite-fille, arrivés malgré le blizzard, les bras chargés de valises – et sans champagne : — Maman, on a oublié le champagne… — Ça tombe bien, il en reste une ! s’exclama l’institutrice, heureuse. Et ce Nouvel An-là changea pour toujours le goût de la fête.