Clémence se tenait sur le seuil, serrant fort la main de Martin. Dans ses yeux, on pouvait lire la peur, et ses jambes tremblaient.
« Maman, je te présente ma copine. Cest Clémence », a lancé Martin, tout juste revenu dun déplacement professionnel.
Il avait été absent deux semaines et rentrait cette fois-ci accompagné. Martin et ses parents vivaient dans un petit appartement de deux pièces, alors la nuit, Clémence dormait dans la chambre de Martin, lui sinstallait dans la cuisine.
« Où las-tu rencontrée ? » a demandé la mère. « Tous ces jeunes portent des habits extravagants et des piercings de nos jours. »
« Maman, jai eu de la chance. On sest connus dans la résidence universitaire où jétais logé. Clémence a grandi en foyer. »
Le lendemain matin, la sœur de Martin est passée rendre visite à leur mère.
Où sont tes jeunes ?
Ils sont partis à la mairie déposer leur dossier.
Ton Martin reste bien jeune. Et pourquoi sencombrer avec une orpheline ? Cache bien tes affaires, on ne sait jamais avec des gens comme ça.
Mais tu dis nimporte quoi ! sest exclamée la mère de Martin.
Moi aussi je suis venue du foyer. Tu crois que jai tourné différemment des autres ? sest indignée la fille, défendue de suite par le père de Martin.
Laisse tomber, laisse tomber, ses origines finiront par ressortir, persistait la sœur.
Je tinterdis de parler ainsi de Clémence ! a crié le père.
Les parents de Martin pensaient quil était assez grand pour décider sa vie. Ils ne simmisçaient pas dans ses choix. Les jeunes ont décidé de vivre un temps chez les parents avant de prendre leur propre appartement. En toute honnêteté, Clémence nétait pas vraiment une maîtresse de maison experte. Sa belle-mère a failli craquer à plusieurs reprises, mais le beau-père prenait toujours la défense de la jeune femme.
Plus tard, Martin a raconté que Clémence voulait entrer à la Sorbonne pour étudier la philologie. Ce serait alors lui, Martin, qui ferait bouillir la marmite. Forcément, sa mère nétait pas ravie. Mais bon, on ne peut pas sopposer à tout et puis, aujourdhui, sans diplôme, on ne va nulle part.
Avec le temps, les jeunes ont emménagé dans un studio à Montrouge. Clémence a commencé à donner des cours particuliers à mi-temps.
Sa belle-mère avait mal au cœur pour son fils. Elle leur proposa de revenir habiter chez eux un moment, mais le beau-père respectait toujours le choix du couple.
Un jour, la tante par alliance débarque avec deux poêles sous les bras.
Regarde ce que jai déniché ! Je ten vends une si tu veux, tu pourras la donner aux jeunes. Les temps sont durs pour tout le monde, eux encore plus.
Tu sais, mes enfants sen sortent. Clémence étudie, elle tient la maison et cuisine à merveille !
Ma belle-mère a offert la poêle à Clémence, en lui précisant bien : « Utilise toujours une cuillère en bois, jamais de fer ! »
Une semaine plus tard, la belle-mère vient leur rendre visite. Elle trouve Clémence en pleurs, assise dans la cuisine.
« Les boulettes ont brûlé, » sanglotait-elle, « et jai frotté la poêle avec de la paille de fer. Cétait ton cadeau »
Oh arrête arrête, ma chérie, essayait de la consoler sa belle-mère.
Martin les découvrit toutes les deux assises par terre. Il voulut dire quelque chose puis fit un geste de la main, comprenant quelles se débrouilleraient entre elles.
Dix-huit ans ont passé depuis. Clémence est devenue directrice adjointe détablissement. Et entre-temps, elle était devenue pour sa belle-mère comme sa propre fille sauf que la sœur, elle, na jamais cessé de les jalouser.
Au fond, quest-ce que ça change doù vient une personne, du moment quelle est honnête et a du cœur ?







