Par une journée lourde de tension, Marc, un ouvrier modeste du village, traversait la forêt près de Montbrun-les-Bains, ramassant du bois mort pour alimenter le poêle. Soudain, des voix connues émanèrent des broussailles. Intrigué, il sapprocha sans bruit et surprit une violente dispute entre son fils et une jeune fille prénommée Camille. Camille laissa éclater sa frustration de garder leur amour secret, suggérant dattendre encore un mois avant de prendre une décision.
Les paroles de Camille heurtèrent de plein fouet le cœur du garçon, et Marc, blessé pour son fils, rentra dun pas lourd au village, méditant les mots quil emploierait lors de leur conversation à venir. Tout en fendant du bois sous la grange et en surveillant les pommes de terre mijotant sur la cuisinière, il ruminait, anxieux, larrivée de son fils, qui ne se fit pas attendre.
Dès que le fils franchit la porte, Marc éclata : « À quoi penses-tu, mon garçon ? Pourquoi ne mas-tu pas parlé plus tôt de ta petite amie ? Camille ferait une belle-fille admirable sage, économe, ce que tout homme souhaite un jour pour son fils. Et toi, tu la blesses ? Je ne laccepterai pas ! Personne ne doit manquer de respect à Camille, pas même toi ! » Surpris par la colère de son père, ladolescent cria et, furieux, sempara de quelques pommes posées sur la table avant de claquer violemment la porte derrière lui.
À partir de là, la relation du fils avec Camille, tout comme celle avec Marc, devint glaciale. Tout saggrava lors de leur dernier rendez-vous, quand Camille exigea, déterminée, quils rendent leur relation publique. Chaque tentative du garçon pour un apaisement ne fit quattiser la dispute, Camille réclamant désormais une demande en mariage, révoltée par sa peur du quen-dira-t-on.
Epuisé par ce conflit que rien ne semblait pouvoir calmer, Marc résolut dintervenir lui-même. Il se rendit chez les parents de Camille, et dans le secret dun salon parfumé au café et à la lavande, conclut une décision ferme : leurs enfants se marieraient, quoi quil advienne, et sans en avertir son fils. Les parents dirent à Camille que son bien-aimé était parti à Lyon, soi-disant pour trouver une pièce rare pour la vieille Renault du voisin.
À son retour, le fils de Marc eut la stupeur de découvrir Camille installée dans leur modeste maison, ses valises déjà débarquées dans lentrée. Interloqué, il balbutia : « Que fais-tu ici, Camille ? » Elle répondit dun ton assuré : « Jhabite ici maintenant. Tu navais donc pas lintention de mépouser ? » Dans ce village provençal, de tels mariages improvisés nétaient pas rares, et bien souvent devenaient des histoires à raconter aux veillées dhiver.
Dabord plein de colère face à linitiative paternelle, le fils de Marc comprit peu à peu quil naurait pu espérer meilleure épouse que Camille. Au fil des jours, leur complicité sapprofondit. Leur bonheur grandit, et le jeune homme finit par être reconnaissant envers son père, réalisant que derrière la rudesse, il ny avait que lamour et le souci du bonheur de ses enfants.







