FailleSous la pluie battante, elle suivit la faille dans le mur jusqu’à découvrir une porte dérobée qui n’aurait jamais dû exister.

**15 juin 2023**

Ce matin, alors que les cavaliers approchaient, le chien a levé la tête. Ses yeux étaient si pleins de souffrance que mon cœur a manqué un battement et que les larmes me sont montées aux yeux.

J’ai mis le licol à Valérie et je l’ai sortie de son box. En serrant le nœud de la longe sur l’attache du couloir, je me suis arrêtée pour admirer ma jument. Robe noire, quatre bas blancs parfaitement réguliers sur ses jambes fines : Valérie est le rêve de tout cavalier.

J’ai pris une brosse et je l’ai étrillée en la complimentant sans cesse. Elle piétinait nerveusement, dressait la tête, aux aguets.

— Qu’est-ce qui t’arrive, Valou ? Qu’est-ce qui te tracasse ?

— Tu parles à ton cheval ? a demandé le palefrenier en s’approchant.

— Oncle Jean, elle est bizarre aujourd’hui, ai-je répondu en caressant son encolure luisante. Ça fait un mois qu’elle est là, et elle n’a jamais été comme ça…

— Elle a de l’inquiétude, a observé le vieil homme d’un œil expert. Elle est rudement belle !

— Et son caractère est merveilleux, ai-je renchéri. Elle est si bien dressée que je ne comprends pas comment son ancienne propriétaire a pu s’en séparer.

— Alors, il y a un vice caché, a murmuré Jean.

— Elle n’a aucun vice ! ai-je bondi pour défendre ma protégée.

Valérie a secoué la tête comme pour approuver.

— Te voilà vexée, a souri Jean avant de s’éloigner.

Après l’avoir sellée, je l’ai menée dehors. Elle tendait l’oreille, regardant vers la route et la forêt au loin.

— C’est là qu’on va aujourd’hui, ai-je dit en voyant son regard. Au manège tu es parfaite, il est temps de découvrir notre nature.

Je suis montée en selle d’un geste vif et j’ai dirigé Valérie vers les bois.

Ce matin de juin n’était pas encore étouffant, et c’était agréable de trotter au frais. Valérie m’obéissait docilement, mais s’arrêtait parfois pour écouter les bruits de la forêt.

Je l’ai mise au trot sur le chemin où j’aimais galoper avec Galopin. Je me suis souvenue qu’il y a deux mois, mon vieux cheval avait reçu un diagnostic sans espoir. On l’avait envoyé à la ferme, où l’air plus pur calmait ses quintes de toux.

Pour les compétitions, il me fallait une monture. Mon entraîneuse et moi avions cherché partout. Nos recherches s’étaient arrêtées le jour où j’avais vu Valérie dans un club équestre de la région parisienne. Une fois en selle, j’avais su : c’était elle.

Bien dressée, gentille, le club avait débloqué des fonds, et Valérie avait changé de maison.

Mais en repensant à l’achat, je me rappelais l’étrange attitude de son ancienne propriétaire. Elle avait précipité la vente, comme si elle voulait se débarrasser de Valérie au plus vite.

Que s’était-il passé ? Pourquoi vendre une si belle jument ?

Valérie s’est arrêtée net. J’ai failli perdre l’équilibre, perdue dans mes pensées. Elle restait figée, insensible à mes éperons.

— Pourquoi tu ne veux pas avancer ?

Elle a soufflé doucement, tourné la tête vers la droite.

J’ai regardé : rien que de l’herbe et des arbres.

— Tu veux aller par là ? ai-je lâché les rênes. D’accord.

Valérie a quitté le chemin et s’est dirigée vers un pépiement à peine audible, que j’ai fini par entendre.

Elle s’est arrêtée près d’un bouleau. Une boîte en carton, coincée sous des branches épaisses, couinait.

J’ai sauté à terre, écarté les branches et ouvert le carton. Trois chatons, les yeux à peine ouverts, geignaient en appelant leur mère qu’on leur avait arrachée.

La colère m’a submergée.

— Comment peut-on être si cruel ? ai-je ramassé la boîte. Valou, vite à la maison !

**Plus tard**

— Incroyable ! s’est exclamée Irène Dubois, mon entraîneuse.

— Valou m’a conduite droit à la boîte, ai-je résumé.

J’avais déposé les chatons chez le vétérinaire du club. Ils étaient sains, deux avaient déjà des adoptants. Le troisième, je l’ai gardé.

Un petit noir aux pattes blanches, qui ressemblait tant à Valérie. Je l’ai appelé Cosmos.

— Valérie est une noble jument ! a dit Irène avec admiration. Les gens passent, mais pas elle.

Nous nous sommes préparées pour les prochaines compétitions. Le club attendait de nous des résultats.

En juillet, nous avons pris la deuxième place au prix moyen local. En août, victoire aux championnats départementaux. Puis, cap sur la finale régionale à Paris.

— Léa, je t’attends au manège dans quarante minutes, a lancé Irène en passant la tête dans l’écurie.

Valérie piétinait dans le couloir, frémissante, hennissant à tout rompre.

— Chut ! Chut ! essayais-je de la calmer.

— Qu’est-ce qu’elle a ? s’est inquiétée Irène.

— Exactement comme le jour des chatons, ai-je répondu.

— Sors-la du club. Peut-être que quelque chose ne va pas. Prends Jean avec toi.

Vingt minutes plus tard, nous étions en route. J’ai laissé Valérie guider.

Nous avons longé les maisons de banlieue, pris la route vers la forêt.

Soudain, Valérie a viré et s’est élancée le long du bitume. Des voitures klaxonnaient, craignant que nous déboulions sur la chaussée.

— Quelle idée de suivre une jument ! maugréait Jean.

— Mieux vaut vérifier que regretter…

Sur le bas-côté gisait un berger allemand renversé par une voiture. En nous voyant, il a levé la tête, les yeux si pleins de douleur que mon cœur a cessé de battre et que les larmes ont coulé.

Voilà ce qui troublait Valérie.

**Plus tard, aux championnats régionaux**

J’ai sauté de Valérie en la félicitant. Nous venions de réussir une reprise de dressage de prix moyen, et j’étais ravie.

— Magnifique ! a crié Irène en courant vers nous.

— Valou ressent la musique à la perfection ! C’est le plus beau cheval de l’univers !

— C’est un cheval avec un gros vice ! a lancé une voix aigre derrière moi.

Je me suis retournée. Une femme en habit, montée sur un alezan, me toisait. Son visage m’était vague.

— Pourquoi dites-vous cela ? ai-je répondu sèchement. Vous ne connaissez pas Valou !

— Avec un vice ! a-t-elle coupé. Je connais très bien cette jument.

— L’ancienne propriétaire… a murmuré Irène.

— Comment osez-vous ? me suis-je écriée.

— Pendant l’année où je l’ai eue, elle m’a amené plusieurs chiens et chats errants. Les deux propriétaires précédents s’en sont débarrassés pour la même raison.

— Vous n’avez pas compris sa noblesse ! a répliqué Irène. Cela ne s’appelle pas un vice, mais de la grandeur d’âme !

Oscar, le berger allemand, est arrivé en courant, la queue battante. C’était le chien que Valérie avait sauvé l’an dernier. N’ayant retrouvé personne, je l’avais gardé.

Chez nous, Cosmos, le chaton noir aux pattes blanches, nous attendait. Jean avait adopté un chiot que nous avions recueilli l’automne passé. Irène avait une chatte tricolore venue d’une autre compétition.

Et encore trois chiens et quatre chats sauvés par Valérie, tous placés. Et ça, un vice ?

— Peut-être que le vice est en vous… ai-je lancé d’un ton glacial avant d’emmener Valérie.

Ce jour-là, nous avons terminé premières. Le soir, en rentrant, nous avons entendu Valérie frapper du sabot dans le van.

Nous nous sommes arrêtées, avons ouvert la porte. Elle a henni bruyamment.

Quelqu’un avait besoin d’aide.

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Prends ta mère et partez” – exigea la belle-fille à la maternité