Le bonheur de la vieille HLMAlors que le soleil se couchait, les voisins se rassemblèrent sur le toit pour partager un repas convivial, rappelant que la solidarité était la vraie richesse de l’immeuble.

**Journal du 12 mars**

Ce soir, jattendais mon mari devant la table de la cuisine, une tasse de thé au thym à la main, savourant chaque gorgée sans hâter. Le cliquetis de la clé dans la serrure a fait vibrer le petit encadrement de la porte. Jai levé les yeux, figée dans le bâillonnement, quand Marc, lair grave et muet, est entré.

«Bonjour», aije lancé en premier, le ton teint dune pointe de reproche. «Encore en retard, je viens juste de finir de dîner»

Il a simplement répondu: «Bonjour. Tu navais même pas besoin dattendre, je ne suis pas affamé. Je ne resterai pas longtemps, je vais rassembler mes affaires et partir.» Sans enlever ses chaussures, il a traversé le salon, ouvert le placard et sorti une valise.

Je suis restée figée, incapable de comprendre, pendant quil jetait à la hâte ses effets personnels dans la mallette.

«Marc, expliquemoi ce qui se passe?»

«Tu ne comprends pas? Je te quitte,» a-til déclaré, les yeux fixés ailleurs.

«Où vastu?»

«Chez une autre femme»

«Ah, une jeune femme, je suppose? Toi qui nen as que quarante, ce nest pas lâge,» aije murmuré, un brin sarcastique, alors que le déclic du moment me frappait. «Je ne pleurerai pas, il ne verra jamais mes larmes.» Jai essayé de me convaincre, puis jai demandé: «Ça fait combien de temps, ça?»

«Près dun an,» a-til répondu dune voix calme. En voyant mon étonnement, il a ajouté: «Cest ton problème, si tu nas rien remarqué, cest que je me suis bien caché.»

«Tu pars pour de bon ou alors?»

«Sonia, testelle vraiment pas en train de comprendre? Écoutemoi bien, je pars avec une autre, nous attendons un enfant. Nous navons pas pu en avoir un, alors Katia me donnera un fils. Tu as un mois pour quitter mon appartement. Où aller, comment ty prendre, cest à toi de voir. Katia, son fils, et moi vivrons ensemble pendant quelle loue encore.»

Marc est sorti. Les murs de notre petit appartement à Paris semblaient se refermer sur moi, le silence pesant. Jai allumé la télé, espérant quune voix au loin me tiendrait compagnie. Douze ans de vie à deux se sont écoulés ; il ma fallu près dune semaine pour sortir de ce choc, mais je lai surmonté.

Mes parents, morts trop jeunes, mavaient laissé une maison à la campagne, en Normandie. Vivre seule làbas ne mattirait pas.

«Je ne pourrai pas y rester,» pensaisje. «Trop isolée, aucune commodité, aucun emploi. À trentecinq ans, je ne veux pas finir mes jours dans un hameau. Je la vendrai et, avec largent, je louerai une petite chambre dans une résidence étudiante ou un foyer, et la suite je la laisserai au destin.»

Jai vendu la maison dès mon arrivée en Normandie. Ma voisine, Madame Véra, mattendait déjà.

«Ma petite, quel bonheur de te voir! On cherchait déjà à te retrouver en ville.»

«Questce qui se passe?»

«Mes parents du Nord veulent acheter ta maison. Ils ont besoin dun petit pavillon à rénover. Ma sœur et son mari aimeraient être près de nous»

«Mon Dieu, Véra, cest exactement pourquoi je suis venue! Si ils veulent, on sarrangera sur le prix. Voici mon numéro.»

En dix jours, largent était en main, même si cétait une modeste somme provenant dune maison à moitié en ruine. Jai donc acheté une petite chambre dans un foyer universitaire: cuisine commune, deux autres pièces partagées, et la mienne, que je considérais comme un «logement communal».

Les autres résidents sont discrets, respectables. Je ne les croise que rarement, entre mes journées au bureau et mes soirées. Cest là que je me suis liée damitié avec mon collègue, Thomas.

Tout semblait bien se passer, du moins je le pensais.

Quelques jours avant la Fête du Travail, Thomas ma annoncé:

«Jai besoin de réfléchir, je suis incertain de mes sentiments. Prenons une pause.»

«Une pause? Ou bien va-toi donc te perdre dans les bois,» aije répliqué, furieuse.

Rentrante chez moi, je sentais le tourbillon de mes trentesix ans mécraser. Jai décidé de me soulager en grignotant. Jai ouvert le frigo, jai vu un petit morceau de jambon qui nétait plus là. Le sang a glacé mon corps.

«Qui a volé mon jambon?», aije crié.

«Ma chère, je lai jeté il y a deux jours, il était verdâtre et sentait mauvais je pensais que vous ne le mangeriez pas de toute façon, pourquoi prendre le risque?», a répondu calmement Mme Isabelle, ma voisine de la même salle.

«Vous ne savez pas quon ne touche pas à ce qui ne nous appartient pas,» aije rétorqué, la voix tremblante. «Ce nest pas à vous de décider ce que je mange.»

Ma colère éclatait comme un volcan. Javais perdu mon mari, mon toit, mon collègue qui faisait une pause, et maintenant même ma nourriture était prise.

«Isabelle, ne vous en faites pas,» a intervenu M. Henri, le voisin du même étage, la soixantaine, cheveux argentés, lunettes, toujours plongé dans un journal ou un roman dans son vieux fauteuil. «Sofia, votre colère vient dêtre provoquée par plusieurs coups durs. Ne prenez pas tout cela à cœur.»

«Et vous, que savezvous?», aije répondu, sèche.

«Un peu,», a-til répliqué calmement.

«Alors pourquoi habitezvous dans cette misérable résidence?» Jétais déjà hors de contrôle.

Après un moment, jai compris que mes mots étaient disproportionnés. Jai décidé de présenter mes excuses à Isabelle.

«Pardonnezmoi, Isabelle, je ne sais plus ce qui ma pris. Tout sest accumulé Henri avait raison.», aije murmuré.

Isabelle ma souri, ma prise dans ses bras.

«Ça arrive, ma petite, je comprends. Viens, assiedstoi, prenons du thé avec des biscuits. Tu devrais aussi texcuser auprès dHenri, il na rien demandé. Il était professeur, travaillait à la Sorbonne, habitait un grand appartement au centre, mais» Elle a fait une pause, le regard triste.

«Sa femme est tombée malade, un cancer du cerveau. Les médecins ont refusé dopérer, ils disaient que cétait trop tard. Il a trouvé un hôpital en Israël, a emprunté une fortune, est parti avec elle. Lopération a réussi, mais elle na pas longtemps survécu. Henri a quitté son poste et sest occupé delle. Après son décès, il a vendu son appartement et a réglé ses dettes, doù son présent logement.»

En lentendant, mes larmes ont menacé de déborder.

«Merci pour votre partage,» aije dit, le cœur serré. «Demain je viendrai mexcuser.»

Le lendemain, après le travail, je me suis rendue timidement chez Henri, un petit cadeau à la main. Il a ouvert la porte.

«Bonsoir, Henri,» aije dit en tendant le présent. «Veuillez accepter mes excuses, je suis désolée de vous avoir offensé hier, vous aviez raison.»

Il ma écoutée sans minterrompre, puis a souri.

«Quelle agréable surprise. Jaccepte le cadeau et vos excuses, à condition que vous célébriez mon anniversaire aujourdhui.»

«Félicitations, et le cadeau est parfait,» aije répondu, ravie.

Avec Isabelle, nous avons dressé la table. En discutant, jai raconté mon histoire: jeune étudiante naïve, jai épousé un homme marié, il ma mise enceinte, il a tout réglé, puis nous nous sommes séparés. Je nai plus pu avoir denfants, peutêtre pourquoi mon exmari ma abandonnée.

La porte a sonné. Un homme dune quarantaine dannées, grand et souriant, sest présenté.

«Bonjour, je suis le fils dIsabelle, Alexandre,», a-til dit.

«Bonjour, je suis Sofia, votre voisine. Entrez,» laije accueillie.

Le repas sest animé, nous avons souhaité un joyeux anniversaire à Henri, ri et partagé des anecdotes. Alexandre, géologue devenu routier, était un conteur hors pair.

Pour moi, tout cela était inconnu hier ; aujourdhui, je me sentais comme entourée de famille.

Après quelques heures, Henri et Isabelle sont retournés dans leurs chambres. Alexandre a proposé:

«Allons nous promener, racontezmoi votre vie. Je suis rarement à la maison, je suis souvent en route, ma mère refuse de venir vivre ici. Petit secret: elle a un faible pour Henri, et je crois quil ressent la même chose.»

Lhiver était arrivé, la neige recouvrait la ville de Paris dun manteau blanc, le silence régnait. Alexandre et moi avons marché longtemps, le froid ne nous a pas dérangé. Il a ensuite annoncé:

«Je repars en mission, ce sera une semaine.»

«Tu reviendras?», aije demandé.

«Oui, je tattendrai,» a-til promis.

Ainsi a commencé notre histoire, qui sest transformée en un véritable amour. Nous nous sommes mariés, et un an plus tard, notre petit garçon, Armand, est né. Quand Alexandre sen allait pour de longues tournées, Armand et moi revenions parfois à la petite résidence pour un temps.

Les jours passent, les attentes sallongent, mais Isabelle et Henri sont toujours là, aimant et aidant notre petit Armand. Je nai plus besoin de chercher meilleure nounou; ils sont les meilleurs.

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Le fils de mon ex-mari issu de son second mariage est gravement malade et mon ex m’a demandé une aide financière. J’ai refusé !