À la faculté militaire, c’était une femme docteure qui enseignait.

À la faculté de médecine, il y avait une professeure pas comme les autres : la doctoresse Dubois. Toute sa vie, elle avait œuvré à lhôpital pour enfants de Lyon, soignant jeunes et moins jeunes avec un dévouement qui fait frémir les statistiques de la Sécurité sociale. Et puis, un jour, elle raconta une chose inattendue. Figurez-vous que ses propres enfants avaient attrapé à peu près toutes les maladies infectieuses possibles, alors quelle-même, médecin jusquau bout des ongles, suivait toutes les précautions dusage. Alix et Éloïse ses bambines pleines dénergie semblaient jouer à collectionner les virus comme dautres ramassent les coquillages sur la plage.

Bien entendu, la doctoresse Dubois ne rigolait pas avec lhygiène : dès le seuil franchi, hop, sous la douche, changement de blouse et lavage de mains digne dun chef étoilé préparant un soufflé. Mais, allez savoir pourquoi, ses fillettes tombaient malades exactement des mêmes trucs quelle venait de soigner pendant la journée. Les cas les plus costauds chez les patients ? Ni une ni deux, ses chéries les attrapaient dans la foulée. Les vitamines ? Peau de chagrin. Les cures de soleil et le jogging dominical dans le Parc de la Tête dOr ? Idem. À force, la maman-médecin sombrait dans la perplexité et la lassitude.

Un jour, après une journée vraiment harassante un cas très compliqué, un truc à vous faire renoncer aux baguettes à vie la doctoresse nosait plus rentrer à la maison, pressentant déjà le thermomètre dans la bouche de ses petits anges. Saisie dune inspiration folle (ou dun besoin de popcorn), elle fit escale au cinéma du quartier pour voir un film daventure, quelque chose avec des courses-poursuites et une dose dIndiana Jones à la sauce française. Après la séance, partagée entre un délicieux sentiment de culpabilité maternelle et un petit ravissement davoir bravé la routine, elle rentra chez elle. Miracle ! Les filles sautaient partout, bien portantes.

Motivée par ce succès digne du palmarès du Festival de Cannes, elle tenta la semaine suivante un goûter entre copines chez Margaux : thé, petits sablés et anecdotes qui fusent plus vite quun TGV. Même effet, même résultat : aucun rhume à signaler dans la maisonnée.

Cest alors que la doctoresse Dubois prit une habitude tout à fait française : ne jamais foncer directement à la maison après le boulot, même débordée, même lessivée. Au lieu de ça, elle traversait le square Dumas, humant les pivoines, admirant le jeu de la fontaine, discutant parfois avec la vieille dame à caniche qui tenait la chronique locale. Un petit détour, un instant suspendu. Et depuis ce jour, ses enfants restèrent en pleine forme.

La leçon tiraillée de tout ça ? Ce nest pas seulement une histoire de microbes, se dit-elle en souriant. Cest aussi ce quon rapporte à la maison dans la tête et dans le cœur : lambiance, le bagage émotionnel, tout ce joyeux bazar invisible. Et force est de constater quune balade au parc, un film plein de rebondissements ou un éclat de rire autour dune tartelette citron ça protège aussi efficacement quun masque FFP2.

Morale de lhistoire à la Dubois : avant de courir retrouver les vôtres après une tuile ou une journée pourrie, changez-vous les idées, faites un crochet par quelque chose de plaisant. On ne sait pas encore comment ça marche, mais ça marche, cest certain. Et puis, franchement, un petit tour chez Indiana Jones ou un passage au square ça ne fait de mal à personne, bien au contraire !

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