Un Plaisir Coûteux
Camille, encore ? Ce nest pas possible ! Je bosse juste pour ton chat, à la fin !
Le chat que Camille tentait désespérément de glisser dans sa caisse de transport se tortilla, réussit à sextirper de ses bras et fila se cacher dans un coin du couloir, en miaulant dun air plaintif. Vu sa mine, ce chat, à qui Camille avait donné il y a bien longtemps le très noble prénom de Hugo, semblait prêt à vendre chèrement sa peau, que ce soit à cause des vétérinaires ou du compagnon de Camille, Éric.
Cela faisait déjà dix ans que Camille partageait sa vie avec Hugo, surnommé gentiment « LouLou ». Personne ne savait vraiment quel âge avait ce chat. Camille lavait ramené de la rue alors quil nétait déjà plus un chaton, mais encore plein de vigueur. La vétérinaire du coin avait dit à la mère de Camille quil sagissait dun jeune adulte, robuste.
Cest là, à la clinique vétérinaire du boulevard Saint-Michel, que Laurence, la mère de Camille, débarqua à toute vitesse avec sa fille et le chat emmailloté dans une vieille couverture pour bébé.
Il faut le sauver !
Où avez-vous trouvé cette petite bête ? demanda la jeune vétérinaire en fronçant le nez. On dirait un chat des rues
Peu importe doù il vient ! Cest mon chat ! Aidez-le, ça se voit quil souffre ! Pourquoi traînez-vous ? Mes euros seraient-ils moins bons que ceux des gens qui viennent avec des chats de race ?
Laurence, ce jour-là, était si déterminée que la vétérinaire décida prudemment de ne pas la contredire. Elle avait raison.
Laurence Dufour était une femme dune grande ténacité. Il le fallait bien ! Essayez donc délever seule un enfant sans aucun soutien, tout en soccupant de deux personnes âgées, et ce, avec le salaire dune éducatrice en crèche ! On apprend vite à se défendre dans la vie.
Dire que Laurence savait se faire respecter serait un euphémisme. Mais, sous cette carapace, elle était une femme dune douceur et dune bonté rares. Elle adorait les enfants, les chats, et même parfois certains chiens, malgré la peur qui la tenait depuis toute petite.
Personne néchappait à sa fermeté : ni les voisines du quartier, ni les parents des enfants de sa section, ni les inconnus qui simaginaient parfois que cette femme menue et seule pourrait se laisser faire.
Mais Laurence avait un don unique : elle ne criait jamais, trouvait toujours largument exact, déclenchait un déclic insoupçonné chez ses interlocuteurs. Souvent, après avoir tenté de lui démontrer quelle avait tort, ceux-ci devenaient subitement confidants, se plaignaient de leurs soucis. Laurence écoutait, hochait la tête et patientait. Inévitablement, après un moment, les gens la remerciaient, sexcusaient et repartaient.
Doù lui venait ce naturel pour consoler ? Nul ne savait. Laurence savait écouter, simplement, plutôt que ségosiller pour être entendue.
Mais ce don, qui la sauvait dans la rue, laissait perplexe dans lintimité. Impossible à utiliser avec ses proches.
Son mari, par exemple, lavait quittée une semaine après leur mariage. Sa mère ne manquait jamais de plaisanter là-dessus : il était resté bien longtemps…
Cétait douloureux. Laurence admit intérieurement quil y avait du vrai dans lironie maternelle. Avec elle, on ne bâtissait pas une famille solide et lépoux, en partant, avait lâché, narquois :
Femme, toi ? Cest comme si je devenais danseur étoile !
Évidemment, Laurence sen était trouvée bouleversée.
Mais, quelques mois plus tard, elle découvrit quelle attendait un enfant et sapaisa. Femme, vraiment ! Qui dautre que les femmes portent la vie ?
Larrivée de sa fille fut un événement plus attendu quun réveillon ou un anniversaire. La vie de Laurence manquait doccasions de fête ; la naissance de Camille en fut une, inoubliable.
Surprise cependant : la mère de Laurence refusa catégoriquement de la soutenir dans ce choix.
Pourquoi tinfliger ça, Laurence ? Cest un fardeau ! Tu es jeune, jolie, tu pourrais avoir un avenir devant toi. Mais si tu accouches, tu nauras plus que des pâtes à manger ! Un enfant, cest un plaisir bien trop cher pour toi. Tu le comprendras plus tard.
On na pas vécu comme ça, nous ?
Justement ! Tu vois ce que ça donne ?
Laurence, ébranlée, voulait obéir à sa mère, comme toujours, mais cette fois-là, quelque chose en elle résista à ce raisonnement fataliste.
Penser à se priver de son enfant langoissait. Elle ne pouvait concevoir déteindre, en elle, cette lumière nouvelle. La décision lui revenait, mais elle ne se laissait pas influencer, protégeant son enfant et, au fond, elle-même.
Cest la grand-mère de Laurence qui trancha la question. Arrivant de sa campagne bretonne, son éternel foulard de cérémonie sur la tête, elle déclara :
Accouche, ma petite ! Je taiderai !
Mamie, et grand-père alors ? Il ne sen sortira pas tout seul au village !
Oh, ne tinquiète pas, Laurence ! Il tient bon, ton grand-père ! Sil faiblit, on lamènera ici.
Le joli paquet brodé que la grand-mère posa sur la table contenait le fameux torchon du dimanche que Laurence avait si patiemment brodé pour lanniversaire de sa grand-mère. À lintérieur, des billets, une somme que Laurence navait jamais vue, ni touchée, avant ou après.
Grand-père a vendu la maison de famille. Ils veulent faire passer une route dans le village : les terrains valent de lor maintenant. Avec nos économies, ça te fait assez pour un petit appartement. Au reste, tu te débrouilles, ma grande.
Mamie, je ne peux pas accepter…
Mais si, Laurence ! Pas pour toi, pour la petite. Qui dautre sen occupera, sinon sa mère ?
C’était la goutte d’eau qui fit déborder le vase entre Laurence et sa propre mère.
Ah, comme cest commode… Quand javais besoin daide, il ny avait jamais rien, et maintenant, voilà que tu débarques et tu offres tout sur un plateau ? Vraiment, rien à dire…
La grand-mère mit alors gentiment Laurence à la porte, et eut une longue conversation ferme avec sa fille.
Mais rien ny fit. La mère de Laurence ne comprit jamais pourquoi tant de chance et de soutien tombaient du ciel sur sa fille, qui, à ses yeux, nen était pas digne. Ce n’est pas que Laurence ait fauté : elle avait juste eu un bébé avec son mari. Où était le scandale ? Comme disait grand-mère : « Dans un attelage, on ne peut pas attendre quun seul cheval tire pendant que lautre se promène ! »
Lappartement fut acquis, et Laurence admira une fois de plus lénergie, la prudence et lexpérience de sa grand-mère. Elle réussit à négocier une magnifique réduction avec lagent immobilier.
Tu me regardes drôlement, ma chérie ? Crois-tu quon grandit à arpenter les marchés sans apprendre deux ou trois astuces ? Vendre à bon prix est plus difficile que de biner le potager, tu sais !
Cétait une belle trouvaille : un quatre pièces, certes ancien, à rénover, mais rien dinsurmontable. Une équipe de maçons portugais, dirigée par un chef sérieux et supervisée par la grand-mère, fit des miracles en deux mois. La première fois que Laurence franchit la porte, montant sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller le nourrisson, elle fondit en larmes.
Allez, ne pleure pas ! Il faut fêter ça ! lança la grand-mère en lui tendant un torchon flambant neuf.
Camille naquit un peu avant terme, mais était en pleine forme, toute douce. Rien détonnant : Laurence, échaudée par léducation trop dure de sa propre mère, décida de ne jamais sy résoudre pour sa fille.
Ta grand-mère, elle soccupe de toi, elle ta offert lappartement ! Et moi, je ne compte pas ? On ne me laisse même pas approcher ma petite-fille !
Maman, tu peux venir, mais ne crie pas, daccord ? Camille a peur des cris.
Peur ? À son âge ! Cest un bébé, elle ne comprend rien à tout ça !
Maman, tu ne parles pas, tu cries…
Sa mère restait sourde à ses paroles.
On verra quand ta fille te parlera comme ça !
Elle ne le fera pas, répliqua Laurence, cette fois sans larme.
Mais bien sûr ! Tout dépend de léducation ! Je tai trop gâtée, voilà ! Maintenant tu nas plus besoin de moi !
Merci, maman. Maintenant, je sais quoi ne pas faire. Merci de méviter lerreur.
La mère fulminait, mais Laurence, elle, nécoutait plus.
« Je ne serai pas la même mère », se jura-t-elle.
Facile à dire…
Laurence nétait jamais sûre delle, mais elle sappliqua à trouver une juste manière déduquer Camille. Sa fille, loin dêtre capricieuse, savait ce quelle voulait et lexprimait fermement, même petite.
Maman, je peux avoir un bonbon ?
Après le déjeuner, Camille !
Même pas un tout petit ?
Non, ma chérie.
Daccord alors. Mais, après, jen aurai deux si je mange bien ?
Laurence riait, tout en respectant laccord. Le petit caractère de Camille se forgeait ainsi, à travers des compromis et du respect. Elle comprit vite que le scandale ne menait à rien et parvenait à adoucir même la grand-mère :
Mamie, tu ne te fâches pas, hein ? Ce nest pas joli de faire la boude. Viens là, naie pas de rides…
Pourquoi ? et la grand-mère, le souffle coupé, se laissait faire pendant que Camille, perchée sur ses genoux, caressait son front pour « gommer » les soucis.
Avec le temps, la vie se calma dans la famille.
Laurence travaillait, les grands-parents soccupant de Camille, tout le monde trouvait sa place. Les choses se compliquèrent quand la grand-mère tomba malade. Les médecins refusaient de se prononcer, mais Laurence comprenait bien la gravité.
Mamie, et si on tentait Paris ?
Mais pourquoi, ma chérie ? Jai vécu, je ne crains rien. Cest vous que je vais regretter, surtout ton grand-père, il a lair tout chose. Ne le laissez pas !
Allons, tu dis nimporte quoi !
Cest vrai Bon, laisse, ma toute belle !
Cest à ce moment-là que Camille fit son apparition à la maison avec un chat.
Le jour où LouLou entra dans la vie de Laurence, elle crut perdre sa fille. Camille, sortie de lécole, nétait pas rentrée. Son grand-père, toujours vigilant, la manqua de peu sur le trottoir.
Où aurait-elle pu disparaître sur ces deux cents mètres menant à la maison ? Mystère absolu.
Elle fut recherchée par tout le voisinage et retrouvée par elle-même, en larmes, au moment où Laurence allait appeler la police. Dans ses bras, un minuscule chat, mal en point.
Tu nas rien ? demanda Laurence en lenveloppant de la même couverture que la première fois.
Non, maman, mais lui, il a mal ! Pas moi !
Laurence battit le pavé en direction de la clinique vétérinaire. Une fois soigné, le chat, que des ouvriers avaient arraché aux crocs des chiens du quartier devant lécole, ne souffrait que de quelques morsures.
Prenez-en soin, hein ! Faites-lui ses vaccins dès quil ira mieux. Vous dites quil est à vous, mais il na même pas de carnet !
Laurence hocha la tête, mais pâlit en voyant la facture.
Pour ce prix, jaurais pu acheter deux chats de race, marmonna-t-elle.
À la maison, vidant son portefeuille, elle fit ses comptes. Il manquait tout pour finir le mois : médicaments pour la grand-mère, pour le chat, et le cadeau danniversaire de Camille. Laurence, qui avait peu eu de cadeaux étant enfant, voulait offrir à sa fille un vrai anniversaire.
Maman, je peux te demander quelque chose ?
Oui, mon trésor ?
Pas de cadeau. Laisse-moi juste le chat, daccord ? Il sera mon cadeau…
Laurence la serra contre elle. Le chat, déjà installé à ses pieds, tentait vainement de rester dans sa boîte, mais repartait toujours la rejoindre pour se coucher, la truffe contre sa pantoufle, ronronnant à faire vibrer le vieux frigo.
Il va sans dire que Laurence accepta. LouLou resta.
Ce chat des rues, balafré, sacclimata vite à la chaleur du foyer. Il ne fit jamais dhistoires, devint le compagnon des grands-parents et surtout, lombre de Camille.
Et, de façon étrange, il changea la vie de ceux qui lavaient recueilli.
Un jour, payant une énième facture vétérinaire, Laurence eut un déclic. Elle en avait assez de survivre avec un maigre salaire et deux retraites. Elle démissionna et, sur recommandation dune amie, devint nounou chez une famille aisée. Sa réputation se fit très vite : les familles se transmettaient son contact comme un joyau, et salaire après salaire, sa vie changea.
Le soir, Laurence caressait toujours loreille guérie de LouLou.
Merci LouLou. Sans toi
Le chat lui effleurait la main de sa patte, surveillant Camille du coin de lœil. Sil appréciait sa maîtresse, cest bien à Camille quil avait réservé sa fidélité : il ne la quittait jamais, sauf quand la grand-mère lappelait dans sa chambre.
Il était là pendant les devoirs, assis sur la table, la patte posée sur le cahier.
Il était là quand Camille sinstallait discrètement devant la porte du grand-père, la larme à lœil, au moment du départ de la grand-mère, puis du grand-père quelques mois après.
Il était là le jour où Laurence rencontra, à sa grande surprise, un homme bon quelle finit par épouser. Cet homme révéla chez elle des ressources insoupçonnées, et conquit jusquà sa belle-mère quil emmena chaque week-end sur son auto jusquà la maison de campagne.
Cest mon gendre qui memmène ! annonçait fièrement Laurence mère à ses voisines, plateau de semis à la main.
Camille, maintenant étudiante, garda son indépendance et son appartement denfance. Cest là quelle emmena son compagnon.
Waouh, Camille, cest un vrai palais ici !
Oui, enfin
Mais, cest quoi, ça ?
Un tas ronchonnant jaillit de la chambre et se jeta sur Éric, le compagnon, qui tenta desquiver tant bien que mal LouLou.
Emmène-le dici ! sécria-t-il, apeuré.
Camille mit un terme à la scène, mais LouLou et Éric ne se supportèrent jamais.
Éric montrait son malaise envers LouLou de toutes les façons possibles, parfois sans que Camille ne sen aperçoive. Au bout dun an, ils se marièrent, mais rapidement, des tensions surgirent.
Cest quoi ça, ton soi-disant pot-au-feu ? On dirait de la flotte ! Tu ne sais pas cuisiner, tu nes pas une vraie femme !
Pour la cuisine, Éric était injuste ; Camille avait appris avec sa grand-mère et savait parfaitement faire mijoter un pot-au-feu. Mais il fallait bien trouver à redire jusquau jour où LouLou tomba malade.
Quest-ce quil a encore ? sétouffa Éric devant la facture du vétérinaire. Tu es folle ! Moi-même, je ne coûte pas aussi cher ! Ce chat nest quune boule de poils !
Cest LouLou, il fait partie de la famille, Éric.
De la tienne, alors ! Jen veux pas chez moi, cest clair ?
Tu te rends compte de ce que tu dis ?
Très bien. Que ça ne se reproduise pas sinon je le mets dehors, cest fini !
Ce matin-là, Camille, qui venait dapprendre quelle était enceinte, préféra se taire, décidant dattendre un moment de calme pour en discuter.
Mais LouLou, devenu un chat âgé, fit une rechute, et Camille dut lemmener de nouveau chez le vétérinaire. Cest là quÉric la surprit.
Toujours tout feu tout flamme pour sa santé, Éric surveillait son alimentation, courait tous les matins et ne cessait de faire la leçon à Camille.
Cest lui ou moi ! semporta-t-il, balançant sa chaussure contre le mur. Je ne vais pas dilapider mon argent pour un vieux chat ! Dehors !
Je partirai avec lui alors !
Quand tu veux ! Vous me fatiguez tous les deux !
À cet instant, quelque chose se brisa. Camille, qui rêvait dune famille unie, comprit que ce nétait plus possible.
Elle ne rappela pas à Éric que lappartement lui appartenait. Elle se contenta de récupérer les clés dÉric et ouvrit la porte.
Jattends un enfant. Je nai pas besoin de stress, ni de disputes. LouLou la compris, pas toi. Pars, maintenant. Reviens quand tu seras calmé. Mais vivre ensemble… ce nest plus possible. Si tu peux te débarrasser dun chat malade si facilement, quadviendra-t-il de moi ou de notre enfant ? Mes sentiments ne tintéressent pas. Je crois que jai compris. Merci pour les bons moments, mais il y en a trop de mauvais à présent. Cest fini. Laisse tes affaires, tu reviendras les chercher. Là, LouLou va chez le vétérinaire. Il souffre, jen suis responsable. Cest comme ça, cest juste…
Éric ne protesta pas. Il jeta dans son sac ses affaires et claqua la porte.
Camille devina quil navait même pas entendu quelle était enceinte. Il était obnubilé par le chat.
Elle posa la caisse de transport, attendit que LouLou sy glisse tout seul, caressa son vieux museau.
Prêt ? Allons-y ! On commence par prendre soin de ta santé.
LouLou guérit. Certes, il vieillit, et Camille dut désormais régulièrement ressortir la caisse de transport, mais il restait le compagnon préféré de la petite Justine qui naquit quelques mois plus tard. Pour sa petite fille, LouLou tolérait tout, absolument tout.
Jamais, Camille naurait eu meilleure nounou pour endormir Justine. Le vieux chat veillait sur le sommeil de lenfant, la patte posée sur la joue de la fillette. Justine ressemblait tant à Laurence que Camille eut un instant lenvie de lui donner le même prénom, mais sa mère la dissuada.
Choisis avec Éric, cest aussi sa fille. Vous ne vivrez pas ensemble, mais ce miracle, il vous unit. Tu as fait beaucoup pour préserver une bonne entente, il est temps de faire plus, même si cest difficile : pour Justine, ça en vaut la peine.
Camille suivit le conseil maternel, à la grande surprise dÉric.
Tiens donc, tu deviens raisonnable ?
On grandit, tu sais. Quen dis-tu ?
Merci, Camille.
Pourquoi ?
Tu as mis les intérêts de notre fille au-dessus de ton orgueil. Je vais mimpliquer, promis.
Éric tint parole.
Justine vécut entre deux foyers, sans comprendre pourquoi, mais entourée damour. Deux lits, deux doudous, une mamie Laurence et une mamie Sylvie, la mère dÉric. Mais cétait un amour unique et inépuisable qui unissait cette famille éclatée, et Justine comprit très tôt que si tous laimaient et voulaient son bonheur, ils nétaient pas si étrangers les uns aux autres.
Et lors quelle le faisait comprendre aux adultes, elle les réunissait, effaçant les vieilles querelles, tout comme Camille lavait fait dans son enfance.
Seul le vieux chat savait tout de cette fillette. Mais il ne le révélerait jamais, non parce quil ne savait pas parler, mais parce quil nen navait pas besoin.
Car tout était limpide : une maman-chat aimante nélèvera jamais que des chatons tout aussi affectueux.
Chez Justine, lamour, il ny avait jamais eu de pénurie. Et, un jour, elle aussi donnerait la vie, se pencherait sur le berceau de son enfant, lui caresserait la joue comme le faisaient sa mère et sa grand-mère avant elle, et lui murmurerait :
Bonjour, mon petit trésor. Je tai tant attendu…
Et la vie continuerait, forte des leçons apprises : que ce qui coûte cher, ce ne sont pas les plaisirs, mais le bonheur quon construit autour de soi, avec amour, courage et bienveillance.







