Moi-même, je viens dun orphelinat. Mes parents étaient partis trop tôt, je navais aucune famille pour maccueillir, alors on ma placée dans une institution à Lyon. Quand jai atteint mes dix-huit ans, je suis partie aussitôt, trouvant du travail sans tarder. Je navais pas de francs pour poursuivre des études, mais jai toujours été une fille travailleuse. Jamais une tâche ne ma effrayée.
Cest à cette époque que jai rencontré Étienne. Entre nous, lamour est né sans bruit, et très vite, nous avons partagé le même logis. Nos jours étaient paisibles, sans disputes, et lon se prêtait main forte à la moindre difficulté.
Pourtant, jamais il na souhaité mépouser. Moi, jen rêvais ardemment : une véritable famille, chose que je navais jamais eue. Quatre années sétaient écoulées ainsi, puis un matin, jai appris que jattendais un enfant. À peine Étienne la-t-il su quil sest évanoui dans la nature, ne laissant quun simple mot. Il confessait quil ne voulait pas denfant, pas maintenant, et ses parents menverraient de largent pour que je me débarrasse de ce bébé.
Oui, la somme est bien arrivée, en francs, mais dans mon cœur, je savais que jamais je ne pourrais ôter la vie à mon enfant. Même dans la difficulté, je travaillerais, je tenterais de surmonter tout cela.
Un jour, alors que mon ventre commençait à sarrondir, ma voisine, Madame Dubois, me croisa et sexclama :
Je te lavais bien dit, je tavais prévenue quon ne vit pas avec un homme sans mariage ! Quest-ce que tu vas faire maintenant, dis-moi ? Mère célibataire, voilà où tu en es…
Ses mots, répétés plusieurs fois, me blessèrent cruellement.
Ce fut une période éprouvante : la grossesse me força à redoubler defforts, davantage encore quauparavant. La seule consolation, cest que le patron comprenait ma situation ; il eut même la gentillesse de maccorder quelques billets bleus de plus. À ma grande surprise, laide est venue aussi dinconnus.
Un après-midi, la sonnette a retenti. Sur le seuil se trouvait une femme avec un cabas. Ma voisine avait parlé de ma détresse à tout le quartier et sollicité la bonté de chacun. Des mères de famille sont venues déposer des vêtements, des jouets, mille petites choses, pour que lenfant ne manque de rien. Puis un vieux monsieur, celui qui balayait la cour chaque matin, ma mis en main quelques pièces : il voulait soutenir mon enfant et moi.
Jamais je naurais cru recevoir pareille générosité des inconnus, alors que jétais si vulnérable. Grâce à Dieu, même ma propriétaire, Madame Lefèvre, ma proposé un loyer plus doux. Avec laide du quartier, jai pu donner naissance et élever mon enfant sans manquer de lessentiel. Mon fils fut en quelque sorte le fils de la maison entière.
Bien des années après, Étienne a cherché à revoir son fils. Lui non plus na pas fondé de foyer. Ses parents demandent aujourdhui à connaître leur petit-fils. Je me demande encore, en songeant à tout cela, sil est sage de leur ouvrir la porte…







