« Pas avant notre mariage ! » – a déclaré la fiancée à son futur époux

Je viens de sortir du gymnase ce soir et jai découvert sept appels manqués de maman sur mon portable, écrit Élodie dans son journal. Presque aussitôt, jai vu le message : « Rappelle-moi vite ! ». Il était presque onze heures, mais je nai pas hésité à lappeler. Maman est dun naturel inquiet, capable de veiller toute la nuit pour un rien. Quand je suis enfin rentrée, elle ma accueillie avec des larmes dans les yeux, me disant que quelque chose de grave venait de se produire, quil était possible que le mariage de ma sœur soit annulé.

Ma sœur, Camille, a vingt-trois ans. Elle est designer, jeune et ambitieuse, diplômée depuis un an à peine, et déjà en poste dans une boîte parisienne. Elle a commencé par travailler à mi-temps pendant ses études, puis, dès quelle a obtenu son diplôme, elle a été embauchée là où elle avait fait son stage. Sa vie personnelle semblait modèle, jusquà ce jour.

Depuis un peu plus dun an, Camille fréquente Antoine. Lui, il a vingt-six ans, vit seul à Lyon, travaille et économise pour acheter son propre appartement. On le trouvait toujours charmant et respectueux.

Camille et Antoine ont annoncé la date de leur mariage à la mairie. Il ne restait que quelques semaines avant la cérémonie.

« Quelquun a contacté Camille sur Facebook ! » poursuit Élodie dans son récit. « Tu ne me connais pas, mais moi je te connais et il vaudrait mieux que tu découvres la vérité avant la noce ». Camille ma dit avoir consulté le profil de cette femme, à peu près quarante ans, donc elle doutait que ce soit vraiment important.

Mais la mystérieuse inconnue na pas lâché laffaire, lui envoyant des messages depuis plusieurs comptes. Finalement, elles ont convenu dun rendez-vous dans une brasserie près du bureau de Camille. Assise, nerveuse, Camille attendait, quand une femme enceinte est entrée. Elle était très étonnée de la voir sapprocher.

« Tu es Camille ? Je mappelle Bérénice, je vois Antoine depuis plus dun an, et jattends un petit garçon dans quatre mois. »

Évidemment, ma sœur na pas cru une seconde à son histoire. Cétait absurde ! Elle et Antoine se fréquentaient depuis plus dun an, et ils allaient bientôt se marier. Bérénice na pas cherché à se disputer ou à fournir des preuves, elle est partie aussitôt. En sortant, elle lui a dit : « Tu as mon numéro, tu peux me joindre si tu veux en savoir plus, ou tu peux en parler à Antoine. »

Quest-ce quAntoine a raconté ? Eh bien, les ennuis ont commencé là. Camille avait décidé, par principes, de ne rien faire de plus avant le mariage. Ils se promenaient, sembrassaient et se tenaient la main, mais elle navait aucune expérience intime.

Antoine, lui, était déjà plus expérimenté. Il a toléré la situation pendant un temps, mais a fini par choisir une relation sans engagement pour satisfaire ses besoins. Il a rencontré Bérénice par hasard, lui expliquant dès le départ quil ne voulait rien de sérieux. Au début, Bérénice acceptait elle venait de divorcer, avait déjà un enfant, touchait une pension et travaillait. Cet arrangement lui convenait, connaissant la différence dâge entre eux.

Antoine a expliqué que, lorsque lenfant naîtrait, il ferait un test de paternité et, sil était père, il aiderait financièrement. Il a reproché à Camille que cétait sa faute : selon lui, il était un jeune homme en pleine santé, et ses principes « dun autre siècle » ne faisaient quaggraver la situation.

À présent, Antoine supplie Camille de ne pas le quitter, assurant quil laime et que Bérénice nétait quune solution temporaire, que si Camille avait été « plus futée », Bérénice naurait jamais existé pour lui.

Antoine assure quil aidera si lenfant est de lui, mais na pas lintention dentretenir une relation avec Bérénice. Elle a choisi de garder lenfant, refusant largent proposé pour une interruption de grossesse. La décision la regarde désormais.

Alors, que penser ? Antoine est-il coupable ou non ? Nest-ce que son impulsion masculine qui a pris le dessus, éprouvant les limites dun homme jeune privé dintimité ? Ou bien Camille devrait-elle fuir un fiancé capable dinfidélité, et labsence de rapports ne pourrait jamais servir de justification à la trahison ?

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« Pas avant notre mariage ! » – a déclaré la fiancée à son futur époux
Épouse et beau-père Karine prétend seulement vouloir faire connaissance avec les parents de Vadim. Pourquoi s’en soucierait-elle, franchement ? Ce n’est pas avec eux qu’elle compte vivre, et du père de Vadim, un homme apparemment aisé, elle n’attend rien d’autre que des soucis et des soupçons. Mais jouer la comédie jusqu’au bout, puisqu’elle s’est décidée à se marier, c’est la règle du jeu. Karine a choisi une tenue simple, histoire d’être perçue comme une fille douce et sans histoire. Rencontrer les parents de son fiancé, c’est toujours un événement piégé, mais face à des parents intelligents, c’est carrément un test grandeur nature. Vadim pensait qu’il lui fallait des encouragements : — Ne t’en fais pas, Karine, surtout ne stresse pas. Papa est taciturne, mais conciliant. Ils ne te diront rien d’horrible, tu verras. Et ils t’aimeront. Papa est un peu étrange, mais maman est la reine des soirées, — promettait-il devant la porte familiale. Karine esquissa un sourire, repoussant une mèche sur l’épaule. Père taciturne, mère extravertie. Charmant mélange. Elle en rit intérieurement. La maison ne l’impressionna pas. Elle en avait visité d’autres, plus luxueuses encore. Ils furent aussitôt accueillis. Karine n’était guère nerveuse. Pourquoi se faire du mauvais sang ? Ce sont des gens normaux. Nina, la mère, d’après Vadim, est femme au foyer depuis toujours, profite de quelques voyages entre copines, rien d’extravagant. Le père, Valéry, est plutôt silencieux et peu jovial. Son prénom pourtant sonnait étrangement à ses oreilles… Ils les accueillirent… Et Karine s’arrêta net, incapable d’entrer. C’était la fin… La future belle-mère lui était inconnue, mais le futur beau-père, elle le reconnut en une fraction de seconde… Ils s’étaient déjà croisés. Trois ans plus tôt. Rarement, mais pour s’arranger mutuellement. Dans des bars, des hôtels, des restaurants. Bien entendu, ni l’épouse de Valéry ni son fils n’étaient au courant. Voilà où ils en étaient. Valéry la reconnut aussi. Dans ses yeux, un éclat difficile à déchiffrer : surprise, sidération, ou quelque chose de plus sombre, des calculs peut-être, mais il ne laissa rien paraître. Vadim, ravi, présenta Karine à ses parents, sans rien soupçonner. — Maman, papa, je vous présente Karine. Ma fiancée. J’aurais voulu vous la présenter plus tôt, mais elle est très timide. Aïe… Valéry tendit la main. Sa poignée de main était ferme, presque dure. — Enchanté, Karine, — dit-il, avec une nuance imperceptible… Peut-être de la colère. Ou un avertissement. Ou… Karine se demandait comment elle se tirerait d’affaire, redoutant l’instant où Valéry dévoilerait son passé. — Moi de même, Valéry, — répondit-elle en jouant le jeu, tâchant de ne pas se trahir. Elle serra la main, sentant le pic d’adrénaline. Allait-il parler… Mais… rien. Valéry, forçant un semblant de sourire, lui tira une chaise à table. Sans plus. Karine comprit soudain : il ne parlerait jamais. S’il la trahissait, il se trahirait lui-même auprès de sa femme. Une fois la pression retombée, l’ambiance devint cordiale. Nina évoquait des anecdotes d’enfance de Vadim, tandis que Valéry semblait s’intéresser à Karine, posant des questions sur sa carrière. Quelle ironie, il en savait déjà bien plus qu’il n’y paraissait. Sa finesse la frôlait sans l’atteindre. Il osa même quelques traits d’humour auxquels Karine, surprise, rit malgré elle. Mais ses blagues contenaient de subtils sous-entendus, compréhensibles d’eux deux seuls. Par exemple, croisant le regard de Karine, il lança : — Vous me rappelez une ancienne… collègue. Une femme très maligne, elle avait toujours le don d’entrer dans les bonnes grâces. De tout le monde. Karine rebondit sans ciller : — Chacun son talent, Valéry. Vadim, tout à sa passion, contemplait Karine avec admiration, insensible aux non-dits. Il l’aimait sincèrement. C’était sans doute l’essentiel. Et le plus triste, pour lui. Plus tard, la conversation dériva sur les voyages. Valéry, insistant, demanda : — Moi, j’aime les coins isolés. Où l’on peut réfléchir au calme, avec un bon livre. Et vous, Karine, où vous plaisez-vous ? Petite tentative. — J’aime l’ambiance, la vie, le bruit, — répondit Karine, sans se laisser piéger, — Même si parfois, trop tendre l’oreille peut coûter cher. Il sembla que, furtivement, Nina perçut quelque chose. Un froncement de sourcil effacé, vite oublié. Valéry savait que Karine n’était pas du genre à rechercher la tranquillité. Et il savait pourquoi. Quand la soirée toucha à sa fin, Valéry, embrassant Vadim, lança : — Prends soin d’elle, mon fils. Elle… est spéciale. Un compliment ou une pique ? Seule Karine le comprit. Le climat tomba d’un coup : “Spéciale”. Quel mot… *** La nuit venue, Karine ne trouva pas le sommeil. Réfléchissant à cette rencontre imprévue et à ses conséquences, elle soupçonnait que Valéry, comme elle, était éveillé. Lui, troublé de la revoir là ; elle, par la conversation à venir. En réalité, par tout. Elle sortit en silence, vêtue d’un short et d’un sweat d’intérieur, et descendit, faisant exprès de faire un peu de bruit dans les escaliers et s’installant sur la véranda, sûre que Valéry la verrait. Il arriva rapidement. — Insomnie ? — demanda-t-il en arrivant derrière elle. — Impossible de dormir, — rétorqua Karine. Un léger vent, son parfum qui la frôla. Il l’observa longuement. — Que veux-tu à mon fils, Karine ? Je sais de quoi tu es capable, combien d’hommes comme moi tu as fréquentés. Tu n’en voulais toujours qu’à l’argent. Tu ne l’as jamais caché, tu en annonçais même la couleur. Pourquoi Vadim ? Puisqu’il ne voulait pas évoquer leur passé, Karine non plus ne jouerait pas la gentille fille. Elle siffla : — Je l’aime, Valéry. Pourquoi pas ? Il n’en crut rien. — L’aimer, toi ? Tu plaisantes. Je sais quelle sorte d’oiseau tu es, Karine. Je raconterai tout à Vadim. Ce que tu faisais, qui tu es vraiment. Tu penses qu’il t’épousera après ça ? Karine s’approcha, à portée de bras, pencha la tête, l’étudia. Comme si elle ne l’avait pas déjà assez vu ! — Raconte, Valéry. Mais dans ce cas, ta femme connaîtra aussi notre petit secret. — Ce n’est pas… — Pas du chantage, juste la réciprocité. Si tu montres à tous comment tu m’as connue, il sera impossible de cacher ce que tu faisais. Fais-moi confiance, je compléterai ton récit. — Ce n’est pas pareil… — Ah bon ? C’est ce que tu diras à ta femme aussi ? Valéry se figea. Tentative de l’intimider : ratée. Il venait de comprendre. Il était coincé. Ils étaient liés dans la même galère. — Qu’as-tu l’intention de lui raconter, au juste ? — Pas qu’à elle. À tout le monde. À Vadim aussi. Je raconterai quel mari modèle tu fais, combien d’heures sup tu passais soi-disant au boulot… Tout. Je n’aurai plus rien à perdre. Tu veux sauver ton fils de moi ? Vas-y. Choix cornélien. Décourager son fils d’épouser Karine, c’est signer pour son propre divorce. — Tu n’oserais pas. — Moi, non ? Et toi, si ? — Karine ironisa, comme si lui oserait, mais pas elle, — Peut-être pas, à moins que tu n’ouvres la boîte de Pandore sur ma soi-disant vénalité, alors que de ton côté, tu as une bombe qui pourrait te coûter ton mariage ? N’oublie pas, Nina est très attachée à la fidélité. Une nuit d’ivresse, il s’était confessé à Karine : il trompait sa femme, elle, si fidèle, si honnête. Nina lui refuserait tout pardon. Il devait faire attention. Il savait que Karine ne bluffait pas. — D’accord, je ne dirai rien. Et toi aussi, tais-toi. Oublions ce passé. Voilà pourquoi Karine ne s’inquiétait pas. Il serait le plus perdant des deux. — Comme tu voudras, Valéry. Le lendemain, ils quittèrent la maison familiale. Sous le regard assassin de son futur beau-père, Karine fit ses adieux à sa belle-mère, qui l’appelait déjà « ma fille ». Valéry en eut un tic nerveux. Il ne pouvait pas mettre Vadim en garde contre la manipulation de Karine sans se trahir. Perdre Nina, c’était aussi perdre la moitié de sa fortune. Et son fils lui en voudrait à mort… Plus tard, Karine et Vadim séjournèrent deux semaines chez ses parents. Vacances de rêve, dit-on. Valéry évitait Karine, prétextant des affaires urgentes. Mais un jour, resté seul, la curiosité le rongea. Il fouilla le sac de Karine, cherchant une faille. Son regard tomba sur un test de grossesse. Deux barres nettes. — Je croyais que le drame c’était le mariage de mon fils… Non, ça, c’est le vrai drame ! — Il remit le test dans le sac, mais n’eut pas le temps de le refermer. Karine l’avait déjà surpris. — Fouiller dans les affaires d’autrui, c’est vilain, — ironisa-t-elle, mais la nouvelle ne semblait pas si grave à ses yeux. Valéry, piqué au vif : — Tu es enceinte de Vadim ? Karine s’approcha calmement, récupéra le sac, puis, le regardant dans les yeux, déclara : — Vous venez de gâcher la surprise, Valéry. Valéry fulminait. Cette fois, c’était fichu, Karine n’allait jamais lâcher son fils. Et s’il révélait la vérité, il coulerait tout le monde. Impossible de parler, trop risqué, même si c’était insupportable de voir son fils se jeter dans la gueule du loup. *** Neuf mois plus tard… puis encore six mois. Vadim et Karine élèvent Alice. Valéry évitait de leur rendre visite. Il ne reconnaissait pas sa petite-fille. Karine l’effrayait, avec son indifférence à l’égard de Vadim et son passé trouble. Et puis, encore une fois… Nina partait rendre visite à Vadim et Karine. — Tu viens, Valéry ? — Non, j’ai mal à la tête. — Encore ? Ça devient inquiétant. — Non, juste fatigué. Vas-y sans moi. Valéry sortait l’excuse de la migraine, du rhume, de la jambe boiteuse. Il avala même deux cachets pour se donner une contenance. Impossible d’affronter Karine, ou de supporter sa présence. Mais tout révéler restait impensable. La soirée traîna, pleine de pensées sombres. Il dormit. Lut. Mais s’aperçut soudain que Nina tardait. Onze heures, toujours absente. Elle ne répondait pas au téléphone. Il appela Vadim. — Fiston, tout va bien ? Nina est encore chez vous ? Elle n’est pas rentrée. — Papa, t’es le dernier à qui je veux parler là. Et il raccrocha… Valéry s’apprêtait à foncer chez son fils lorsqu’il entendit une voiture. Celle de Karine. À la voir, il manqua tourner de l’œil. — Qu’est-ce que tu fais là ? Qu’est-il arrivé ? Karine gardait un étonnant flegme. Elle se servit un verre de vin, but, s’installa. — C’est la débandade. — Quelle débandade ? — La nôtre, la tienne et la mienne. Vadim est tombé sur le site d’un café où il voulait réserver une soirée pour notre anniversaire. Il y est tombé sur des photos datant de quatre ans, de la fameuse soirée à l’« Oasis ». Tu te souviens ? Vadim voulait réserver, il a fouillé… et là, bam, nos photos. Le photographe a tout publié ! Maintenant, Vadim est fou furieux. Ta Nina veut divorcer. Quant à moi, comme tu le souhaitais, je vais sûrement divorcer de ton fils. Valéry la fixa. Des souvenirs en avalanche. Ce site, cette soirée… Il s’était dit qu’aucun bien n’en sortirait. Il avait pourtant prévenu qu’on ne les photographie pas… Mais qui aurait cru à pareille coincidence ! Il s’effondra à côté d’elle, assis sur le sol. — Pourquoi es-tu venue ici ? — Je voulais juste fuir la pagaille, — sourit Karine, — La maison est sens dessus dessous. Alice est avec la nounou. Un verre de vin ? Elle lui tendit sa propre bouteille. Ils partagèrent le silence. Les cigales, seul trait d’union entre eux. — Tout est de ta faute, — lâcha Valéry. Karine hocha la tête, le regard dans le vide. — Je sais. — Tu es insupportable. — Je sais bien. — Tu n’as même pas pitié de Vadim. — Un peu. Mais plus de moi-même. — Tu n’aimes que toi. — Je n’en disconviens pas. Il attrapa soudain son menton, la força à le regarder. — Tu sais que je ne t’ai jamais aimée, — souffla-t-il. — J’en suis persuadée. *** Le lendemain matin, quand Nina rentra pour se réconcilier, prête à tout lui pardonner même si cela coûtait la moitié de ses nerfs, elle trouva Karine et Valéry endormis ensemble. — Qui est là ? — dit Karine en se levant. — Moi, — répondit Nina, assistant impuissante à l’effondrement de sa vie. Karine, l’apercevant, esquissa simplement un sourire. Valéry, lui, ne rejoignit pas sa femme.