J’ai été élevée par ma grand-mère, mais aujourd’hui mes parents ont décidé que je dois leur verser une pension alimentaire.

Ma famille et moi, on habite tous aux quatre coins de la France, dispersés comme des croissants après le petit-déjeuner. Voilà plus de vingt ans que je ne les ai pas vus, pas une raclette partagée, pas un coup de fête des voisins. Eux, ils mènent une vie d’artistes et chantent dans un chœur bref, la bohème, toujours en vadrouille entre Avignon et Lille.

À mes cinq ans, jai commencé à vivre avec ma grand-mère, Yvonne, parce quelle pensait quun enfant lui simplifierait la vie (la naïveté des adultes !). Quelques mois plus tard, elle sest retrouvée à devoir déménager chez ses cousines à Angers pour organiser tout ça.

Au début, papa et maman venaient rendre visite deux, parfois trois fois par an, mais la fréquence a fondu comme neige au soleil. À force, j’ai fini par les oublier dans le décor. Le contact sest perdu, comme une carte postale jamais reçue. Et puis, une fois étudiante en odontologie à Bordeaux, je me suis mariée dès la troisième année, avec Antoine, lamour de ma vie lui aussi féru de dents.

Aujourdhui, nous dirigeons ensemble notre propre clinique dentaire à Nantes et, franchement, les euros ne manquent pas. Il y a un an, voilà que mes parents ressortent du vieux tiroir, me cherchant partout, même à la clinique ils navaient même plus mon numéro. Nos conversations ressemblaient à une ancienne pièce de théâtre : eux, se plaignant de leur vie, moi, en public attentif, leur rappelant que cest eux qui ont choisi de confier leur fille à sa grand-mère.

Parfois, ils glissaient à mamie Yvonne quelques centimes, mais sinon, nous vivions presque exclusivement sur sa retraite, à peine assez pour un week-end à la mer. Elle me la bien dit, et moi, jai appris à faire attention, à ne pas trop rêver, à économiser comme une vraie Parisienne. Au lycée, jétais plutôt brillante ; pour me payer mes vêtements et un croissant de temps en temps, je travaillais de nuit comme aide-soignante à lhôpital.

Aujourdhui, jai ma vie, ils ont la leur, chacun sur sa route comme disait le philosophe français. Mais quand papa et maman ont compris que je ne comptais pas les aider, ils ont menacé de demander une pension alimentaire. Là, je vous avoue, leur attitude ma refroidie pour de bon. Si, avant, jhésitais à leur tendre la main ou à envoyer un petit virement, à présent je nai plus envie de les connaître du tout.

Alors, vous en pensez quoi ? Est-ce que jai raison, ou devrais-je finalement venir en aide à mes parents ?

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J’ai été élevée par ma grand-mère, mais aujourd’hui mes parents ont décidé que je dois leur verser une pension alimentaire.
La vie ne fait que commencer La veille au soir, Julie s’est mise d’accord avec sa copine Chloé pour démarrer la journée par un jogging matinal. Pourtant, c’était les grandes vacances à la fac, et difficile de se motiver à se lever tôt, mais il fallait bien se mettre au sport un jour. — Chloé, ne dors pas trop tard, je sais que tu es une vraie marmotte qui adore traîner au lit jusqu’à midi ! lui lança Julie la veille, tandis que Chloé promit solennellement : — Julie, je te jure, cette fois je ne raterai pas le réveil, quand il le faut, je deviens super sérieuse, tu me connais ! s’amusa-t-elle de sa propre réputation, dont Julie était la première à douter. Julie fit preuve de volonté, se leva avant même que sa mère soit partie au travail : celle-ci finissait son café tout en maugréant. — Maman, tu parles toute seule ? s’étonna la fille. — Regarde-moi ça, j’ai mis mon nouveau chemisier et paf : une tache de café, soupira la mère. — Et c’est moi qui ne fais pas attention à mes affaires ? Tu aurais pu boire ton café en tee-shirt, répliqua Julie. — Je suis pressée, il va falloir que je me change. Allez, ne remue pas le couteau dans la plaie. Et qu’est-ce que tu fais debout si tôt ? continua la mère en changeant de blouse. — Avec Chloé, on s’est motivées pour aller courir au parc, répondit sérieusement Julie. — Tu parles, rigola la mère, Chloé doit encore dormir à poings fermés, j’en suis certaine. Au fait, ça fait combien de temps que tu n’es pas allée voir Mamie ? — Maman, je lui ai téléphoné hier, on s’appelle tous les jours. — Eh bien, aujourd’hui j’aimerais que tu passes la voir. Elle m’a dit que sa tension faisait des siennes. Passe lui prendre ses médicaments à la pharmacie, achète-lui des croissants et de la confiture de fraises. Elle a 64 ans tout de même. Tu as le temps, tu es en vacances. Bon, j’y vais ! lança sa mère en quittant l’appartement. — D’accord, je vais aller voir Mamie. On se croirait dans le Petit Chaperon rouge, sauf que Maman ne m’a pas fait de tarte, sourit Julie. Ah, mince, et la course alors ? Elle appela Chloé, qui répondit d’une voix ensommeillée : — Allô… Oh mince Julie, j’ai dormi trop longtemps ! Tu es déjà au parc ? Désolée, je me réveille… — Ce n’est pas grave, finalement j’ai mission Mamie ce matin. On annulera le jogging. Je dois prendre mon petit dej, puis passer au magasin et à la pharmacie, mamie habite à l’autre bout de la ville. — Ok, alors je vais dormir un peu plus longtemps ! se réjouit Chloé en raccrochant. — Ma mère avait raison, rit Julie. Une vraie marmotte, cette Chloé. Enfin bon, j’aurais pu rester au lit aussi… Au bout d’une heure, Julie sortit de chez elle avec son sac à dos, de l’argent, la liste des médicaments et même un parapluie : le ciel était maussade. Elle mit une heure pour rejoindre la grand-mère, à l’autre bout de Paris. Midi approchait. Julie sonna. Sa grand-mère, Marie-Simone, ouvrit rapidement la porte, Julie en resta bouche bée, croyant s’être trompée d’appartement. — Mais Mamie, quelle métamorphose ! Julie n’en croyait pas ses yeux. C’est vraiment toi ? — Oui, c’est bien moi, Julie, j’ai rajeuni, tu trouves pas ? Elle tourna sur elle-même. — Mamie, ta nouvelle coupe est sensationnelle ! Et cette couleur argentée, c’est élégant, et ce vernis à ongles ! Euh, j’ose plus t’appeler Mamie ! rit Julie. — Si ça te plaît, tant mieux ! Ta maman disait que j’avais des problèmes de tension, tu m’apportes les médicaments, des croissants et de la confiture ? — Oui, mais à ce rythme, ce sont les croissants qui vont faire monter ta tension ! dit plaisamment Julie. Mamie, dis-moi, tu n’es pas tombée amoureuse, par hasard ? Tu sembles radieuse. Maman m’a envoyée te voir, elle était inquiète… — Merci, Julie, tu dois avoir plein de choses à faire, tu restes un peu ? Julie fut étonnée. D’habitude, Mamie la gardait tout l’après-midi, mais aujourd’hui, on aurait dit qu’elle souhaitait qu’elle parte. — On prend un thé ? — Julie, je vais être juste niveau temps. Prends tes croissants et ta confiture, tiens, je t’ai préparé des petites crêpes aussi. Voilà, tu prends tout ça comme une ration de survie ! plaisanta Marie-Simone. — D’accord Mamie, alors je rentre, fit Julie, mais elle pensait : tout ça n’est pas net… Mamie doit avoir un amoureux, c’est certain ! En descendant l’escalier, Julie réfléchit intensément. — Je vais enquêter là-dessus. Ce n’est pas normal que Mamie me mette à la porte ! Il doit y avoir un papy là-dessous… ou alors une sortie avec ses copines, elles vont souvent au théâtre, au cinéma, parfois au café. Elle me l’a déjà raconté. Dehors, Julie se posta derrière les garages de l’immeuble et observa. Bientôt, Marie-Simone sortit en tailleur flambant neuf et prit la direction du parc… — Mamie s’est fait toute belle… Où va-t-elle ? Julie la suivit prudemment jusqu’au parc, où un monsieur aux cheveux argentés l’attendait avec un bouquet de fleurs. Marie-Simone reçut les fleurs, un baiser sur la joue et le lui rendit. — Incroyable ! Mamie amoureuse, et moi qui croyais qu’à leur âge, l’amour n’existait plus ! Et le voilà qui lui prend la main… Julie, cachée derrière un buisson de lilas, pensa qu’ils allaient rebrousser chemin, mais non. — Ils vont vers la terrasse du café ! se dit-elle. C’est alors qu’elle remarqua un jeune homme filmer la scène au téléphone. — Hé ! Toi, là ! Pourquoi tu filmes ma grand-mère, tu n’as pas le droit ! Le jeune homme, surpris, mit un instant à répondre puis déclara : — Journaliste… Peut-être que je veux écrire un article sur l’amour chez les seniors. Julie soupira, agacée : — De l’amour, là ? Laisse-moi rire… Aujourd’hui, il y a tellement d’arnaqueurs qui en veulent au logement de nos chères mamies, tu ne trouves pas ? — Tu es sérieuse ? s’étonna-t-il. — Sérieuse à 100 %. Et pourquoi ma grand-mère, d’ailleurs ? Je te l’interdis, c’est privé ! Ce “prétendant” veut peut-être lui piquer son appartement ! Le garçon sembla vexé. — Si tu veux savoir, ce prétendant-là habite un trois-pièces dans le centre de Paris. J’habite chez mon grand-père en ce moment, mes parents refont leur appartement. — C’est ton grand-père ? — Oui, Eustache. Je le trouve bien changé ces derniers temps : il se rase tous les deux jours, a acheté un jean neuf, m’a même demandé de choisir un parfum ! J’ai tout de suite compris qu’il se tramait quelque chose. On ne sait jamais, si c’était une croqueuse d’héritage qui veut lui piquer son appartement… Il faut veiller au grain. — Donc, le monsieur avec ma mamie, c’est ton grand-père ? Moi, c’est Julie. Et toi ? — Arthur, répondit-il en souriant. Au fond, je propose qu’on les laisse tranquilles, non ? Je ne suis pas contre. — Moi non plus. Qu’ils profitent ! Et Mamie, alors… — Au fait, Julie, on se connaît à peine mais si on allait au cinéma ensemble ? Il y a un nouveau thriller à l’affiche. — Bonne idée ! acquiesça Julie. Trois mois plus tard, Marie-Simone appela sa fille : — Dis, la petite Julie est à la maison ? — Oui, pourquoi ? — J’ai une grande nouvelle à vous annoncer. Mon ami Eustache m’a demandée en mariage, et j’ai dit oui ! Vous êtes invitées à la cérémonie ! — Mamie ! cria Julie. Je te félicite, mais à votre âge, à quoi bon se marier ? Vous n’allez pas faire d’enfants ! — Julie, on vit selon la loi ! Dans notre génération, c’est comme ça. Pas comme vous, les jeunes, qui vivez deux semaines ensemble puis vous séparez… Avec Eustache, c’est du sérieux. — Maman, Julie a raison… Pourquoi se marier, vivez simplement ensemble ! intervint la fille. — Ma chérie, le meilleur âge pour se marier, c’est celui où on tombe amoureux… L’amour n’a pas d’âge, c’est bien connu ! Et à mon âge, qui sait, la vie ne fait peut-être que commencer, s’amusa Marie-Simone. Si l’amour frappe à la porte, il faut foncer à la mairie ! — Bon, alors félicitations ! On va préparer la fête, dit la fille. — Et tu sais que Julie sort avec Arthur, le petit-fils d’Eustache ? demanda la grand-mère. — Je sais ! Elle m’en a parlé, elle a l’air enchantée ! N’est-ce pas, Julie ? — Oui, Mamie, j’adore Arthur, il est super… comme ton Eustache ! éclata de rire Julie. Quelques jours plus tard, toute la famille célébrait les noces de Marie-Simone et d’Eustache dans un petit café plein de charme. Le bonheur était au rendez-vous.