En prenant mon enfant dans les bras, j’ai immédiatement ressenti qu’il n’était pas le mien. Puis, mes doutes n’ont fait que s’intensifier.

Quand j’étais enfant, j’avais un rêve immense et éclatant, qui occupait toutes mes pensées. Je rêvais de devenir père. Lorsque mon épouse est tombée enceinte, j’attendais avec impatience le moment où je pourrais enfin serrer mon enfant dans mes bras. Au début des contractions, nous nous sommes rendus à lhôpital à Paris. Cest là, dans une chambre aux murs pâles, que notre fils est venu au monde. Ma joie était sans limites. En fin daprès-midi, la sage-femme nous a apporté le petit. Il était minuscule, avec un nez délicat et de grands yeux gris. Nous sommes restés seuls. Je lai longuement regardé. Jai essayé de lemmailloter, ce qui ma bien pris dix minutes. Cétait la première fois que je tenais un nouveau-né et la crainte de lui faire mal me paralysait.

Je tirais doucement sur les coins du lange, découvrant ses petits pieds. Pour une raison étrange, je limaginais autrement. Il dormait paisiblement. Jai caressé ses jambes, ses bras, son ventre tout rond. Jai fermé les yeux et lai serré contre mon torse, inspirant son odeur si pure. Ce parfum unique, si particulier : celui de mon fils. Mais soudain, une sensation étrange ma envahi, et ma sérénité sest envolée. Des pensées inconfortables sont apparues, le doute sest immiscé. Ce bébé navait pas lodeur que jimaginais. Jai eu limpression de porter lenfant de quelquun dautre.

Un instant, jai voulu le déposer, quitter la chambre dhôpital et ne jamais revenir. Mais comment aurais-je pu abandonner un petit être sans défense, qui avait tant besoin de moi, de ma protection ? Cela faisait deux ans que jattendais de pouvoir prendre mon fils dans mes bras.

Le service paraissait froid et impersonnel. Jai appelé une aide-soignante, tentant en vain de le ré-emmailloter. Il fallait le nourrir, mais je ne savais pas my prendre. Il refusait le biberon. Il a ouvert les yeux et ma regardé, sans réussir à fixer son regard ; jai eu la sensation quil cherchait à me reconnaître. Quand jai appuyé doucement son petit corps contre mon épaule, sa minuscule main sest posée sur moi, douce et chaude. Toutes mes inquiétudes se sont évanouies. Mon fils dormait paisiblement blotti dans mes bras. Mon rêve sétait réalisé : je suis devenu père. Ce jour-là, jai compris quil nexiste pas de recette pour être parent, si ce nest daimer de tout son cœur, peu importe les doutes du début.

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En prenant mon enfant dans les bras, j’ai immédiatement ressenti qu’il n’était pas le mien. Puis, mes doutes n’ont fait que s’intensifier.
Pourquoi piétiner mon amour ?